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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 08:16

Une vraie réussite,
et Py c’est tout


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Alors qu’il participe à l’actualité théâtrale du moment avec « Adagio, le secret et la mort », c’est pour sa création jeune public que le Théâtre de la Croix-Rousse accueille du 30 mars au 2 avril 2011 Olivier Py, actuel directeur de l’Odéon, pour la mise en scène de « la Vraie Fiancée », adaptée des « Contes » des frères Grimm.

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« la Vraie Fiancée »

C’est un cadre de lumière, véritable maillage d’éclairages qui constitue la très séduisante scénographie de cette pièce. Au centre, nous découvrons une fanfare de personnages jouant tant bien que mal accordéon, trompette et autre clarinette, renouant ainsi avec le théâtre forain. Une imposante boîte en bois leur sert d’échafaudage. Cet ingénieux dispositif ne cesse, à la manière d’un origami, de se transformer tout au long de la pièce. En devenant tour à tour maison, castelet, paravent, cet élément constitue le point central autour duquel s’agitent fiancée, palefrenier, prince et autre marâtre…

La Vraie Fiancée raconte l’histoire d’une jeune fille maltraitée par sa belle-mère l’obligeant sans cesse à accomplir des tâches aussi impossibles que de vider l’eau d’un lac avec une cuillère percée, par exemple. Ici, le personnage de la princesse, élément clef de nombreux contes, est aux antipodes de la jeune première, dépoussiérant ainsi l’image d’Épinal de la belle et douce jeune fille muette et potiche. Bien au contraire, cette dernière est opiniâtre, revendicative et revancharde face à un prince infidèle et peu charismatique.

Bien que cette mise en scène soit destinée au jeune public, Olivier Py réussit à séduire adultes et enfants en proposant une pièce pertinente, originale, qui est drôle sans être niaise, décalée sans être bête. On pense notamment à la truculente et infernale belle-mère, brillamment incarnée par Samuel Churin. De même, les personnages de farce, tels que le palefrenier vêtu à la manière d’un groom ou le jardinier arborant un faux nez, réinvestissent les codes du clown sans pour autant sombrer dans les clichés de certaines créations destinées au jeune public.

L’ingéniosité d’Olivier Py

Cette ingéniosité permet de faire oublier la présence de quelques lieux communs dans certaines des questions constitutives du fameux « jardin des pourquoi ». Quelques bons sentiments affleurent également ici et là, comme lorsque le prince choisit de faire don de son argent aux enfants pauvres exploités dans la fabrication de jouets pour enfants riches.

Par ailleurs, les mésaventures de cette vraie fiancée sont rythmées par de nombreux passages musicaux ou chantés, qui confèrent à l’ensemble un vrai dynamisme à l’instar de la mise en abyme, véritable second souffle de l’intrigue. En effet, l’inclusion d’une pièce de théâtre dans l’histoire donne lieu à une seconde grille de lecture, davantage à destination du public adulte qui se réjouit des propos énoncés par cette joyeuse troupe de comédiens d’un « théâtre du désespoir » faussement populaire. Ainsi, c’est grâce au théâtre que le prince sort de l’amnésie provoquée par l’Eau de l’oubli. De même, en intégrant le personnage de la poupée de cire, Olivier Py n’hésite pas à intégrer d’autres clins d’œil en référence aux Contes d’Hoffmann d’Offenbach.

Seul bémol de cette pièce : une maîtrise très approximative du chant ou des instruments par les comédiens. Cette Vraie Fiancée n’en demeure pas moins une authentique réussite, qui considère déjà les jeunes spectateurs comme des individus exigeants, pleinement dotés de sens critique et de second degré. 

Élise Ternat


La Vraie Fiancée, d’Olivier Py

D’après les Contes des frères Grimm

Adaptation et mise en scène : Olivier Py

Texte publié aux éditions Actes Sud-Papiers, collection « Heyoka jeunesse »

Avec : Céline Cheenne, Samuel Churin, Sylvie Magand, Thomas Matalou, Antoine Philippot, Benjamin Ritter

Lumières : Bertrand Killy

Musique : Stéphane Leach

Décors : Pierre-André Weitz

Costumes et maquillages : Pierre-André Weitz

Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69317 Lyon cedex 04

Réservations : 04 72 07 49 49

resa@croix-rousse.com

www.lacroixrousse.com

Le 30 mars 2011 à 15 heures et 20 heures, les 31 mars, 1er et 2 avril 2011 à 20 heures

Durée : 1 h 30

24 € | 20 € | 16 € | 13 € | 12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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