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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 22:34

Callas par le petit bout

de la lorgnette


Par Vincent Morch

Les Trois Coups.com


Après « Le P’tit Trésor » en 2007 et « Grossesse nerveuse » en 2010, Jean-Yves Rogale délaisse la comédie pour aborder avec « la Véritable Histoire de Maria Callas » le registre dramatique. Mais il s’empare ici moins du destin de la célèbre diva que de celui de Sophia Cecilia Kalos, jeune fille new-yorkaise myope, ronde et complexée qui, pour sa gloire et pour son malheur, était douée d’une voix exceptionnelle. Un choix, au final, décevant : la pièce se révèle plus proche de la presse « people » que de la tragédie grecque.

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« la Véritable Histoire de Maria Callas » | © Thierry Beauvir

Du New York de sa jeunesse au Paris qui la verra s’éteindre dans des circonstances jamais élucidées, vous saurez tout de la vie tumultueuse, scandaleuse, pleine de strass, d’argent, de trahison et de malheur de la plus célèbre cantatrice du xxe siècle. Vous saurez tout, grâce à une (trop) longue scène d’exposition, de ses relations épouvantables avec sa mère, pauvre et délaissée, qui, ayant détecté les capacités vocales hors normes de sa fille, entreprit de les mettre en valeur avec une poigne de fer. Vous saurez tout de sa frustration de n’avoir jamais pu avoir d’enfant de son premier mari et imprésario, Giovanni Battista Meneghini, un industriel de la brique amoureux d’opéra. Vous saurez tout de sa relation passionnée et destructrice avec le richissime Aristote Onassis, collectionneur invétéré de femmes célèbres – son seul et unique amour.

Vous saurez tout… à moins que vous ne le sachiez déjà. La vie de Maria Callas a été en effet tellement exposée dans la presse, par ses proches (sa mère, son mari) ou par ses propres soins, que l’on n’y trouve guère de zones d’ombre. Elle était tout autant connue pour sa voix hors du commun que par les scandales qui émaillèrent sa carrière. Sa liaison avec Onassis était de notoriété publique. Bref, si l’adjectif « véritable » se fonde sur une opposition vie publique connue-vie privée inconnue, et déterminait cette dernière, il me semble assez impropre. Au point que, dans un paradoxal renversement de perspective, la pièce est si silencieuse sur l’artiste, la diva, l’interprète géniale, qu’on a le sentiment de manquer l’essentiel de sa vie.

Les références aux dieux, aux Parques et à la tragédie grecque qui émaillent le texte m’ont semblé, par conséquent, assez discutables. En effet, il n’y avait pas sur scène une héroïne qui luttait de toutes ses forces contre la fatalité divine, mais une femme humaine, trop humaine, prisonnière du désir des autres et empêtrée dans ses choix malheureux. L’Olympe ne pouvait conférer de noblesse à ce qui relevait d’une des passions les plus communes des humains : l’illusion que la gloire peut désaltérer la soif d’amour.

Dubitatif

Si, sur le fond, la Véritable Histoire de Maria Callas m’a laissé dubitatif, elle m’a plus convaincu sur la forme. Ainsi, grâce à un système de panneaux coulissants en plastique fumé, transparent sous de fortes lumières, des ambiances aussi diverses qu’un appartement new-yorkais ou que le pont d’un yacht sont-elles bien restituées. Les autres changements de décor se résument aux déplacements d’une coiffeuse d’un côté à l’autre de la scène qui, même s’ils sont effectués avec grâce par la jeune danseuse Julia Froget, se révèlent un peu répétitifs.

L’interprétation est, dans l’ensemble, d’un très bon niveau, même si elle se retrouve prisonnière du caractère un peu trop caricatural des personnages. Peu de subtilité dans les traits psychologiques d’Évangelia, la mère de Maria (Andréa Ferréol), autoritaire, abusive, égoïste, ni dans ceux de son premier mari (Raymond Acquaviva), qui passe son temps à compter les billets que son talent lui rapporte… Mais on se prend à détester la première et à sentir, malgré tout, une forme de tendresse pour le second qui, à sa manière, a vraiment aimé Maria.

Le dédoublement du rôle de Maria Callas entre Lola Dewaere pour sa jeunesse et Sophie Carrier pour son âge mur est efficace. J’ai trouvé très bonne l’idée que la première reste sur la scène pour tenir le rôle de conscience de la seconde. Je ne voudrais pas non plus terminer sans évoquer l’excellente interprétation d’Onassis par Pierre Santini (même s’il fait parfois plus rock star qu’homme d’affaires milliardaire) et la prestation époustouflante de Cécile Pallas en Jackie Kennedy, froide et calculatrice à faire frémir.

Et puis, il y a la musique, les airs, sublimes, de Maria Callas, utilisés à merveille. Cet étalage de misère et de médiocrité qu’est la Véritable Histoire… pourrait faire pleurer de rage et de désespoir, mais sa voix, en des instants de grâce divine, excuse tout, rachète tout. Et, si l’on a bien les larmes aux yeux, dans le tableau final, c’est que l’on est touché au plus profond de soi par ces échos de l’Absolu. Je ne sais pas si, comme l’avait écrit Dostoïevski, la beauté sauvera le monde. En revanche, à mes yeux, elle a sauvé cette pièce. 

Vincent Morch


La Véritable Histoire de Maria Callas, de Jean-Yves Rogale

Mise en scène : Raymond Acquaviva

Assistant à la mise en scène : Pascal Mercier

Avec : Andréa Ferréol, Pierre Santini, Sophie Carrier, Lola Dewaere, Raymond Acquaviva, Cécile Pallas, Julia Froget

Scénographie : Jean-Michel Adam

Créateur lumières : Jacques Rouveyrollis

Concepteur sonore : Raphaël Lemonnier

Créatrice costumes : Rowena Forrest

Costumière : Françoise Martel

Théâtre Déjazet • 41, boulevard du Temple • 75003 Paris

Réservations : 01 48 87 52 55

http://www.dejazet.com/

À partir du 22 janvier 2013, du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 15 heures, relâche les lundis

49 € | 39 € | 29 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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