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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 19:26

« Traviata », l’œuvre au noir


Par Praskova Praskovaa

Les Trois Coups.com


C’est une version sombre et prémonitoire du drame verdien que nous offre Jean-Paul Scarpitta, metteur en scène nomade. Il nous livre sa version « brechtienne » de « la Traviata ». Emprunte d’une aristocratie viscontienne en clair-obscur, cette dame aux camélias-là, se visionne en noir et blanc, dans les tréfonds de notre conscience…

traviata marc-ginotPour cette dernière production de la saison, la salle de l’Opéra-Comédie est comble. On constate une fois de plus que le grand répertoire fait toujours recette. Dès les premières mesures, et comme une fin annoncée, on assiste à l’évolution sinueuse de la mort qui hante déjà le plateau. Peu de lumières dans cette tombe en forme de palais vide, si ce n’est ses dix lustres de verroterie luxueuse, rompant la monotonie de l’espace par des hauteurs diverses. Pas de flonflons, ni de toilettes lumineuses et extravagantes. Dans ce lieu, les convives vêtus de noir sont collés au mur du fond comme un chœur à l’antique commentant l’action. Les coiffes étranges des femmes font d’elles des fantoches aux ombres envahissantes, où se dandine un travesti, clin d’œil à la débauche de la nuit. Les invités menaçants, unanimes dans leurs gestuelles et leur élocution, portent une masse vocale dynamique ample, dans un équilibre harmonieux reliant les voix masculines et féminines entre elles ; ce qui n’est pas forcément le cas pour le reste de la distribution.

Monica Tarone dans le rôle de Violetta Valéry est convaincante. Sa prestation technique et musicale se bonifie au fil des pages grâce à l’aide précieuse d’Alain Altinoglu, chef lyrique par excellence. À l’approche de la mort, elle se révèle même poignante tragédienne, et ce, bien que son organe paraisse à l’heure actuelle un peu juste pour ce rôle écrasant. N’était-ce pas un peu tôt pour cette Marie, Fille de régiment, six mois avant ? Alfredo, chanté par Marius Brenciu bien que doté d’un timbre élégant, reste froid, sans expressivité, avec des aigus arrachés. Ce duo-là ne fait pas la paire. Le Giorgio Germont de Stefano Antonucci est d’une belle qualité sonore. Puissant, rauque, il enveloppe son personnage d’une attitude glaciale. Cherchant des couleurs enjôleuses pendant le duo avec Violetta, il partage avec nous des moments intenses de complicité artistique. Le reste de la distribution est homogène. On citera la Flora percutante de Marianne Crebassa, une voix à suivre…

À la baguette, Alain Altinoglu dynamise son monde et accorde toute son attention aux chanteurs. Dans une battue enlevée, vibrante, il fait irradier l’œuvre, ronfler la musique et lui redonne ce caractère brillant, italianisant qu’elle perd un peu avec cette mise en scène fantomatique et dépouillée. Le contraste des deux est une vraie réussite sur le plan dramatique. Sans emphase, Altinoglu s’adapte à la distribution plus ou moins légère dont il dispose. Totalement inspiré lors du prélude du IIIe acte, il galvanise notre émotion en nous offrant une prière rédemptrice, d’où émerge la vision auréolée d’une Violetta virginale flottant dans une cascade de mousseline. L’héroïne étincelante se relève de son linceul transfigurée par l’amour, par la vie, la conscience collective culpabilisée attendant la mort à sa place ! 

Praskova Praskovaa


La Traviata, de Giuseppe Verdi

Opéra en trois actes, livret de Francesco Maria Piave

Créé à Venise, au teatro La Fenice, le 6 mars 1853

Direction musicale : Alain Altinoglu

Conception et mise en scène : Jean-Paul Scarpitta

Chef de chœurs : Noëlle Geny

Distribution :

– Violetta Valery : Monica Tarone

– Alfredo Germont : Marius Brenciu

– Giorgio Germont : Stefano Antonucci

– Flora Bervois : Marianne Crebassa

– Annina : Christine Solhosse

– Gastone de Letorières : Franck Bard

– le baron Douphol : Jean-Marie Frémeau

– le marquis d’Obigny : Thomas Dolié

– le docteur Grenvil : René Schirrer

– Giuseppe : Nikola Todorovitch

Danseurs : Julie Compans, Karine Pantaleo, Clémence Camus, Matthias Droulers, Fabien Delcausse, Nuno Roque, Pia Vinson

Orchestre national de Montpellier - Languedoc-Roussillon

Chœurs et chœurs supplémentaires de l’Opéra national de Montpellier - Languedoc-Roussillon

Décors : Albaka, peinture sous la direction de Selim Saïah, par Dominique Saïah et Marguerite Scrive

Création costumes : Atelier Caracco, Claudine Lachaud et l’atelier de l’Opéra national de Montpellier

Coiffes et perruques : Atelier modiste Gregoria Reccio

Lustres par Jean-François Grand

Lumières : Urs Schônebaum

Photos : © Marc Ginot

Opéra-Comédie • place de la Comédie • 34967 Montpellier

Réservations : 04 67 601 999

http://www.opera-montpellier.com

Le 30 mai, les 2, 4, et 6 juin 2010 à 20 heures

Durée : 2 h 15

18 € | 60 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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