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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 12:41

Contes des mille et une guerres


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Farid Paya poursuit avec « la Tragédie de Siâvosh » son exploration du « Livre des rois ». En dépit de quelques longueurs et fausses notes, cette adaptation convainc par sa sobriété et ses partis pris. Une réflexion riche sur la démence des puissants et la fragilité de la paix.

tragedie-de-siavosh-300 agathe-poupeney Difficile de résumer la riche intrigue de la Tragédie de Siâvosh. Farid Paya a condensé et adapté une matière bien luxuriante ! Ainsi, la geste de Siâvosh qui nous est contée apparaît comme le motif d’une trame beaucoup plus large : l’histoire a commencé avant la naissance du prince et s’ouvre sur celle de sa descendance. L’existence du héros abonde elle-même en péripéties qui dépassent l’entendement et la vraisemblance : un complot digne d’une Phèdre, des infanticides, des combats, des félonies. Pas de répit, donc, pour Siâvosh non plus que pour le spectateur. Le conte a même dans ses invraisemblances une forme de candeur. C’est un des charmes de la pièce. Le jeu et la mise en scène ont une fraîcheur indéniable.

Mais si les épreuves sont diverses, si Siâvosh change de conditions comme de pays, il existe pourtant un fil directeur, rouge. Car toujours les mages prophétisent la guerre, toujours les rois adonnés à leurs vices l’ordonnent, et les victimes tombent. Toute la vie de Siâvosh peut alors se lire comme un vain combat contre cette hydre aux multiples visages. C’est pourquoi une certaine noirceur se dégage d’un spectacle où pourtant la couleur abonde tant dans les costumes que dans les beaux jeux de lumière. Ce n’est sans doute pas un hasard si, à la toute fin, l’épouse de Siâvosh s’insurge contre la folie guerrière des hommes, si le conteur chante la douleur des victimes. Les guerriers ont apporté la tragédie, les victimes en tirent la leçon.

La leçon est claire

On aurait ainsi tendance à lire la Tragédie de Siâvosh comme une sorte d’institution des princes. De fait, dans la mise en scène de la compagnie du Lierre, les codes de jeu distinguent les mauvais gouvernants et les bons. Les puissants méchants sont des archétypes, des épouvantails. Leurs sous-fifres apparaissent comme des pantins burlesques, en particulier grâce au travestissement. Quant aux bons conseillers et au prince, ils sont incarnés avec plus de naturel. La leçon est claire, et ce choix de direction opère plutôt bien en dépit de quelques outrances qui semblent liées à la recherche de l’effet comique. On regrette, notamment, que le mage si bien campé au début du conte change sa ligne de jeu.

En fait, la plus grande qualité du spectacle réside dans une mise en scène qui sait laisser la place à l’imagination du spectateur. Pas de décor ou presque, ce sont les placements et les répliques qui nous font voyager et suivre l’intrigue. Les marches d’un palais suffisent à évoquer le pouvoir, la scène offre son espace dépouillé aux joutes physiques et verbales, tandis que les jeux de lumière dessinent des espaces et des ambiances. Les placements et mouvements sont chorégraphiés et signifiants. Les scènes ont des allures de tableaux. Enfin, Farid Paya est entouré d’une troupe dynamique et engagée, dont les membres endossent les défroques de personnages différents avec aisance (on se passerait même très bien des perruques et postiches qui indiquent les changements). Leurs voix, celle de Vincent Bernard en particulier, nous entraînent sur les chemins du conte… et l’on s’y laisse conduire avec plaisir. 

Laura Plas


La Tragédie de Siâvosh, de Farid Paya, d’après Ferdowsi

Compagnie du Lierre

01 45 86 55 83

Site : www.compagniedulierre.com

Courriel : info@compagniedulierre.com

Mise en scène : Farid Paya

Avec : Vincent Bernard, Cédric Burgle, Guillaume Caubel, Marion Denys, Sylvain Drouet, Jean‑Mathieu Hulin, Thibaut Pinson, David Weiss

Musique : Bill Mahder

Scénographie : Évelyne Guillin et Farid Paya

Costumes : Évelyne Guillin

Fabrication des costumes : José Gomez

Lumières : Jean Grison

Graphisme : Karen Sheckler-Wilson

Maquillages : Michelle Bernet

Technique : Luc Khiari

Assistant : Joseph Di Mora

Théâtre de l’Épée-de-Bois • la Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Métro : ligne 1, arrêt Château-de-Vincennes, puis bus 112, arrêt Cartoucherie

Réservations : 01 48 08 39 74

Site du théâtre : www.epeedebois.com

Du 5 au 29 juin 2014, le jeudi à 20 h 30, le samedi à 16 heures, le dimanche à 15 h 30

Durée : 2 heures

18 € | 14 € | 12 € | 10 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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