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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Ma sorcière bien aimée
Le petit théâtre Rouge du Lucernaire présente une adorable version de « la Sorcière du placard aux balais ». On y remonte le temps vers un Paris désuet. On découvre un monde à part, où s’élève un arbre à macaronis et peuplé de personnages hauts en couleur. Tout un programme poétique et souvent comique, joliment dessiné par les marionnettes des Asticoteurs.
Tous ceux qui ont lu les Contes de la rue Broca tout comme les Contes
de la rue Mouffetard ont conservé une place particulière dans leur cœur d’adultes pour les sorcières qui s’y nichent. Ils se souviennent aussi sans doute de Monsieur Pierre
et de ses amis Bachir et Nadia, des petits poissons magiques et de la petite souris. Pour les autres, il y a, fort heureusement, une session de rattrapage. Il suffit de prendre par la main ses
parents ou ses enfants pour voir le travail des Asticoteurs.
Mais rappelons d’abord l’intrigue. Elle est simple, comme souvent celle des contes. Elle l’est d’autant plus que ce qui intéresse Pierre Gripari, ce sont surtout les personnages et leurs relations. Donc, Monsieur Pierre, riche d’un billet de 500 francs, se rend chez le notaire pour acheter une maison. Il en acquiert une qui possède certes un living-room et un pipi-room, mais aussi une sorcière dissimulée dans le placard aux balais. Elle surgit si on lui fredonne la nuit l’horripilant refrain : « Sorcière, sorcière, prends garde à ton derrière ». Difficile de résister à la tentation de chanter une telle incantation… D’ailleurs, un soir de bombance, Monsieur Pierre y succombe. Et patatras, voilà que la sorcière menace de l’embarquer s’il ne surmonte pas une épreuve. Il faudra alors au naïf Monsieur Pierre toute l’ingéniosité de ses amis pour trouver un vœu impossible à réaliser par sa squatteuse et s’en libérer.
À lire ce bref résumé, on devine peut-être que porter à la scène le conte n’est pas évident. Les lieux sont multiples, comme les temps de l’action. Ajoutons que figurer un surgeon d’arbre à macaronis qui se met soudain à pousser pour devenir un arbre, ou encore des poissons et une souris qui conversent est une gageure. En outre, le conte possède une dimension merveilleuse : on assiste à des apparitions et à des métamorphoses. Enfin, il y a peut-être un défi plus difficile encore à relever : celui de ne pas trahir le conte, de présenter un univers aussi riche que celui de l’imaginaire des lecteurs. Or les choix des Asticoteurs sont convaincants sur tous ces points délicats.
À la taille des enfants
Il y a d’abord le choix de la marionnette qui permet une incarnation particulière, à la fois proche de l’illustration enfantine et stylisée. Un acteur aurait peut-être brisé le sortilège des mots par une présence trop réelle, proche du quotidien ; la marionnette, elle, situe tout de suite le propos dans la fiction. Elle est, de plus, à la taille des enfants, plus facile à apprivoiser sans doute du regard. Enfin, chacune des marionnettes est belle. Les costumes et surtout les visages sont un plaisir pour les yeux. Et c’est aussi important d’éduquer l’œil des enfants à la poésie de la scène.
Ensuite, ces marionnettes surgissent dans un décor dépouillé, où quelques accessoires et éléments judicieusement choisis sont suffisamment évocateurs. Par exemple, une marionnettiste déplace une boîte à lettres et en fait surgir une touffe de poils qui aboie, ou une marionnette, et ce sont les deux voisins de Bachir qui tout à coup prennent vie sous nos yeux. De manière plus générale, Les Asticoteurs font du noir (condition de disparition du marionnettiste) un parti pris. Le noir, c’est une peur enfantine, c’est ce qui permet le surgissement magique des êtres et des objets, c’est ce qui autorise toute une série de jolies trouvailles de mises en scène : jeu d’ombres vertes du placard, travail sur un écran translucide, projection d’un décor magnifique.
Un Paris de rêve
Car c’est dans un Paris désuet, stylisé, que nous entraîne cette version du conte, un Paris où se côtoient un Monsieur Pierre, comme sorti de la naphtaline, un notaire à fraise et entouré de rouleaux d’écriture, un Bachir à turban, dont la nationalité reste volontairement problématique, mais dont la générosité est universelle. On est d’autant plus entraîné dans ce Paris de rêve que la musique du spectacle crée une vraie ambiance. Joyeuse, sautillante, familière, un peu musette, elle est une réussite. C’est donc un spectacle fin et adapté aux enfants que proposent Les Asticoteurs, un spectacle qui de surcroît se finit par un moment court mais précieux de rencontre entre les marionnettes et les enfants. Alors, tentez à votre tour de chantonner « Sorcière, sorcière, montre nous ton… » ¶
Laura Plas
Les Trois Coups
La Sorcière du placard aux balais, de Pierre Gripari
Grasset jeunesse, coll. « Lampe de poche »
Compagnie Woyz’Art-Les Asticoteurs • 7, rue de Viltard • 77760 Nanteau sur-Essonne
01 60 71 30 29
Site de la compagnie : www.lesasticoteurs.fr
Courriel de la compagnie : lesasticoteurs@sfr.fr
Mise en scène : Les Asticoteurs
Avec : Alexandra Malcouronne, Valérie Gille, Thierry Desvignes
Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris
Site du théâtre : www.lucernaire.fr
Réservations : 01 45 44 57 34
Du 9 avril au 15 juin 2011 à 15 heures, les mercredi et samedi, et du mardi au samedi pendant les vacances scolaires
Durée : 50 minutes (dès 4 ans)
Tarifs pleins : 15 € (adulte) | 10 € (enfant)
Tarifs réduits : 10 € (adulte)| 6 € (enfant)
Scolaires : 6 € (primaire) | 10 € (élèves de collège et lycée) ; une gratuité pour chaque accompagnateur accompagnant douze enfants
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