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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 21:07

La beauté du geste


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


La Cie La Lune et l’Océan signe une très belle adaptation théâtrale de « la Solitude du coureur de fond ». L’association de la vidéo, du jeu et de la musique y est en effet remarquable et permet de retrouver la force, et l’honnêteté de la nouvelle d’Alan Sillitoe.

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« la Solitude du coureur de fond » | © Vincent Lyky

La Solitude du coureur de fond raconte un acte insensé et magnifique. Colin Smith se retrouve en maison de redressement pour vol. Cependant, en vertu de ses talents d’athlète, il obtient le droit de sortir tous les jours pour courir. S’il gagne la course des établissements de redressement, on lui promet la réinsertion. Mais, justement, s’il gagne, il donnera raison au système pénitentiaire qui prétend redresser ses pensionnaires.

Le long monologue d’Alan Sillitoe nous montre ainsi comment on peut faire un autre choix que celui d’être un gagnant, comment, au rythme d’une foulée, se construit peu à peu une conscience. Or, non seulement la Cie La Lune et l’Océan nous permet d’écouter ce beau propos discordant, mais encore, s’appuyant sur la fine traduction de François Gallix, elle nous fait entendre la voix d’Alan Sillitoe, son phrasé musical.

La belle voix de Patrick Mons

De fait, le texte est travaillé par l’équipe comme une partition. Patrick Mons, qui incarne Colin, fait entendre son souffle, et nous embarque sans possibilité d’escales dans le texte. De sa belle voix, il nous fait percevoir les nuances : pause, souffle, échos musicaux. Il prononce les mots dans le rythme de la foulée, et les mêle aux notes d’un musicien de jazz : Art Pepper. Tantôt la musique jouée sur scène par le saxophoniste Ésaïe Cid ponctue le texte et joue avec lui, tantôt c’est le comédien qui vient comme improviser sur le thème donné par l’instrument. La complicité des deux interprètes est palpable, et les choix sont pertinents.

De la même manière, l’emploi de la vidéo convainc. Cette technique permet de déployer le fil du chemin que suit Colin quand il court. Monts, allées, escaliers apparaissent en noir et blanc sur le rideau de fond de scène. Le plateau, lui, s’irise de formes comme pour faire sentir les aspérités du sol. On n’est donc pas dans un espace naturaliste mais mental. L’image défile, comme la pensée court. Souvent, on a aussi l’impression de se trouver dans un de ces films noirs où la lumière joue un si grand rôle. La référence sérieuse ou humoristique est d’ailleurs évidente dans le traitement du personnage policier qui vient coffrer Colin.

Alan Sillitoe disait travailler avec son intelligence et ses tripes. Il y a de cela dans le spectacle, comme le fait remarquer François Gallix. On sort éveillé par la pertinence des remarques de Colin sur la télévision, la misère et le système, convaincu par les choix de mise en scène. On est secoué par la performance physique de Patrick Mons. La compagnie, d’une profonde humilité, cherche encore comment mettre en lumière le texte d’Alan Sillitoe, mais il nous semble qu’elle a déjà de quoi être fière. 

Laura Plas


La Solitude du coureur de fond, d’Alan Sillitoe

Traduction François Gallix, éditions du Seuil, 1999

Cie La Lune et l’Océan

Courriel de la compagnie : contact@lalunelocean.com

Mise en scène : Patrick Mons

Avec : Ésaïe Cid et Patrick Mons

Vidéo : David Cid

Lumière : Yann Lebras

Son : Guillaume Billaux

Musique : Art Pepper

Confluences • 190, boulevard de Charonne • 75020 Paris

Réservations : 01 42 74 17 87

Site du théâtre : www.confluences.net

Le mercredi 19 et le jeudi 20 décembre 2012 à 20 h 30

Durée : 1 h 20

13 €

Le spectacle sera présent au Off d’Avignon en juillet 2013.

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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