Partager l'article ! « La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute », de Pierre Desproges (critique de Marie-Christine Harant), Théâtre Jacques ...
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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Le prodigieux tandem Gonon-Desproges
Après Molière, Racine, Hugo, Feydeau, Desproges entre à la Comédie-Française. « Étonnant, non ? » Peut-être pour vous qui n’avez pas vu « La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute » jouée par Christian Gonon, sociétaire de l’illustre maison. On vous le dit : le tandem Gonon-Desproges est tout simplement prodigieux. « Merci, mon Dieu ! »
Ce qui ne devait être qu’une rencontre éphémère dans le cadre des cartes blanches aux comédiens du Français est devenu grâce à Christian Gonon un spectacle qu’on se recommande de bouche à oreille de Dunkerque à Lattes. La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute, de Pierre Desproges, joue même les prolongations au Vieux Colombier. Étonnant non ? Pas vraiment, car l’humoriste vaincu par une saleté de crabe qui l’a emporté trop prématurément était une sacrée plume. Amateur de mots qu’il assaisonnait à l’acide, parfois au vitriol, il n’avait pas son pareil pour donner l’estocade après vous avoir baladé dans les méandres suaves d’une envolée lyrique souvent philosophique, parfois théologique. Aussi bien dans les Chroniques de la haine ordinaire, dont est en grande partie tiré le spectacle, que dans la Minute nécessaire M. Cyclopède, son humour noir cynique et dévastateur faisait mouche grâce à son sens aigu de la formule aussi pertinente qu’impertinente et inattendue.
D’aucuns pensent qu’il est déstabilisant d’entendre Desproges dans la bouche d’un autre. Grossière erreur. Christian Gonon a compris le parti qu’il pouvait tirer de ces textes sans jouer à cloner l’auteur. Seul en scène, le comédien a choisi la sobriété pour ne pas surligner les effets. Et tant pis si on ne comprend pas toutes les allusions, toutes les références aux héros des années 1980 : Poupou, Roblot, Zidi et autres Charlots. L’essentiel passe la rampe et provoque le rire, parfois jaune, du public toutes classes sociales et toutes générations confondues.
« La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute »
Alain Lenglet et Marc Fayet dirigent le sociétaire dans cette partition sans fausses notes. Ensemble, les artistes ont recréé l’univers desprogien avec quelques accessoires judicieusement choisis : le son du métronome qui rythme le temps et une bouteille de Figeac 71 que déguste le comédien à petites gorgées. L’humoriste était, en effet, un fin connaisseur et sa cave, fameuse. Lui qui aimait les femmes était capable de rompre avec celle qui coupait d’eau son bordeaux. Le comédien ne s’autorise le jeu que dans les dialogues, mimant les personnages avec jubilation. Particulièrement savoureux, le duo entre le Petit Prince et la Vénus de Milo ou celui entre Ondine et sa mère (échappé de la pièce éponyme de Giraudoux). En tout cas, l’acteur reste toujours juste. On a admiré cette manière de s’émerveiller par chaque trouvaille de l’auteur, qu’il ponctue d’un « Étonnant non ? » malicieux.
Avec La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute, Christian Gonon hisse Pierre Desproges au niveau des grands auteurs. Un pied de nez au culturellement correct et aux comiques formatés par la télévision que n’aurait certainement pas renié l’humoriste. Lui qui était libre de rire de tout, mais pas avec tout le monde. « Étonnant, non ? » Prodigieux, oui. ¶
Marie-Christine Harant
Les Trois Coups
La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute, de Pierre Desproges
Comédie-Française • place Colette • 75001 Paris
0 825 10 16 80
Mise en scène : Alain Lenglet, Marc Fayet
Assistante à la mise en scène : Aude Gogny-Goubert
Avec : Christian Gonon
Théâtre Jacques-Cœur • mas d’Encivade • 1050, avenue Léonard-de-Vinci • 34970 Lattes
Réservations : 04 99 52 95 00
Le 30 avril 2010 à 21 heures
Durée : 1 h 15
24 € | 14 €
Tournée :
Du 7 au 17 mai 2010, Théâtre du Vieux-Colombier, Paris
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