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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 12:07

Le bourdon élégant


Par Delphine Padovani

Les Trois Coups.com


Invité pour une semaine « carte blanche » au domaine d’O, Jean Lambert‑Wild présente « la Sagesse des abeilles » : une séquence poétique envoûtante où la voix de Michel Onfray se mêle au bourdonnement des insectes. À voir, entendre et méditer.

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« la Sagesse des abeilles » | © Tristan Jeanne-Valès

C’est pour Jean Lambert-Wild – c’est-à-dire dans l’optique d’une création scénique – que Michel Onfray écrit la Sagesse des abeilles. Plus qu’un morceau de philosophie, il s’agit d’un long poème aéré, souvent sobre et percutant. Partant du décès de son père, du silence et de la blancheur de l’hiver, l’auteur propose une variation sur l’humain, les abeilles et le cosmos, qui se referme telle une boucle sur l’évocation de sa propre mort dans un hiver à venir.

Il ne faut nullement s’attendre à une conférence et, bien au contraire, se préparer à une expérience spectaculaire. C’est donc à l’appui des artifices du théâtre que nous sommes conviés à réfléchir sur la condition humaine et sur l’enseignement que nous pourrions tirer des abeilles. Par ce biais, tout ce qui paraît monolithique dans la pensée énoncée par Michel Onfray est immédiatement justifié par la proposition scénique, volontairement imposante et emphatique. Quand les idées sont diluées par trop de répétitions ou quand elles sont assénées sous forme d’aphorismes lapidaires, elles ont ici un charme suranné. Une saveur anachronique qui s’accorde parfaitement au cérémonial orchestré par l’équipe artistique.

La voix chaude et grave du philosophe nous enveloppe dès le début de la représentation. Elle s’accompagne d’un chœur de chuchotements, qui répète ponctuellement certaines phrases, certains mots. Le tout est diffusé en voix off, au son d’une musique électro-acoustique combinant des percussions vibrantes et de multiples effets de bourdonnement. Toutes les sources sonores sont absentes du plateau, mais très prégnantes dans notre souvenir du spectacle. Incapable d’identifier leur provenance, on leur accorde volontiers un caractère magique, si cher à Jean Lambert-Wild.

De l’infiniment petit à l’infiniment grand

Le trouble créé par l’invisibilité des sources sonores est d’autant plus grand que la scène – d’abord baignée dans l’obscurité – est seulement peuplée d’images vidéo, d’intensités lumineuses et d’insectes, encapsulés dans un mannequin translucide. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, et réciproquement, notre regard oscille entre les abeilles butineuses qui volent à l’intérieur de la grande marionnette et la voûte céleste projetée sur le cyclorama du fond de scène. À d’autres moments, l’éclairage à contre‑jour donne à voir la silhouette surdimensionnée du mannequin comme s’il s’agissait d’un être supérieur. Peut‑être le « surhumain » cité plusieurs fois dans le texte ? De ciel étoilé, le fond de scène se transforme en essaim, filmé en plan très rapproché où l’on devine le grouillement des abeilles.

Dans ce balancement entre microcosme et macrocosme, l’homme assure un relais sans jamais pénétrer dans l’espace scénique. Réduit à une voix, il fait œuvre d’humilité et nous invite à contempler l’harmonie du monde naturel.

« Le monde est un théâtre », aurait dit Démocrite *. La Sagesse des abeilles, dont le sous-titre est Première leçon de Démocrite, offre une très belle interprétation de cette sentence, habituellement employée pour dénoncer le cabotinage de l’humanité. En focalisant notre attention sur le grand ordre universel, ce spectacle subtil donne la part belle à une autre conception de la métaphore du théâtre du monde, entendu comme lieu de représentation d’une nature magistrale. 

Delphine Padovani


* L’aphorisme complet attribué à Démocrite étant : « Le monde est un théâtre, la vie une comédie : tu entres, tu vois, tu sors. » On le trouve dans l’ouvrage de Jean‑Paul Dumont sur les Présocratiques, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1988, p. 873.


La Sagesse des abeilles, de Michel Onfray

La Sagesse des abeilles. Première leçon de Démocrite, Galilée, 2012.

Comédie de Caen, C.D.N. de Normandie • 32, rue des Cordes • 14000 Caen

02 31 46 27 27

Site : www.comediedecaen.com

Courriel : accueil@comediedecaen.fr

Direction : Jean Lambert-Wild et Lorenzo Malaguerra

Voix : Michel Onfray

Chœur : Sam Ashley, Jacqueline Humbert, David Moss, Stéphane Pelliccia, Ania Ternier

Musique : Jean-Luc Therminarias

Percussions : Jean-François Oliver

Lumières : Renaud Lagier

Images : François Royet

Costumes : Annick Serret

Direction technique : Claire Seguin

Régisseur abeilles : François Ménet

Son : Christophe Farion

Interface sonore : Léopold Frey, Luccio Stiz

Régie vidéo : Frédéric Maire

Scénographie : Jean Lambert-Wild

Assistant à la scénographie : Thierry Varenne

Élaboration de la Bamboche : Enrique Gomez et Patrick Demière

Décor construit par les ateliers de la Comédie de Caen sous la direction de Benoît Gondouin

Domaine d’O • 178, rue de la Carrièrasse • 34090 Montpellier

Site du théâtre : www.domaine-do-34.eu

Courriel de réservation : billetterie@domaine-do-34.eu

Réservations : 0 800 200 165

Du 23 au 25 octobre 2012 à 19 heures

Durée : 1 heure

15 € | 11 € | 8 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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