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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 21:56

Un peu de piment
dans cette « Ronde » ?


Par Vincent Morch

Les Trois Coups.com


Marion Bierry poursuit sa fidèle et fructueuse collaboration avec le Théâtre de Poche en proposant une mise en scène de « la Ronde », où suggestions et sous-entendus sont explicités joyeusement. Mais cette valse des désirs aussi impérieux qu’éphémères, où chacun joue la comédie de l’amour pour mieux en venir au sexe, y perd étonnamment son aura de scandale.

De la prostituée au comte, en passant par la femme de chambre, la grisette, le poète et le couple bourgeois, la Ronde entraîne dans une danse folle toutes les classes de la Vienne des années 1900. Dans ce grand charivari carnavalesque, les distances sociales s’abolissent, les bienséances se suspendent. Mais la comédie continue bel et bien : aux simagrées sociales se substituent simplement les grimaces de l’amour. Les discours se font enjôleurs, les serments se bousculent aux lèvres. Ils ne sont là que pour obtenir le coït. Quant au désir lui-même, si prompt à se trouver de nouvelles idoles, a-t-il lui aussi la moindre substance ? Il n’a pour roi que l’instant amnésique.

Si donc la Ronde est la comédie du désir, c’est-à-dire la mise en scène de toute comédie qu’inspire le désir ou qu’est le désir lui-même, on peut se demander si prendre cette pièce au premier degré ne la prive pas de ce qui a fait son succès, et qui fait peut-être son sens : le scandale. Dans cette Vienne où Freud bâtissait ses théories psychanalytiques, l’idée se faisait de plus en plus claire que le désir pouvait être ambigu, qu’il n’était ni simple ni naturel.

Les scènes polissonnes

Il ne peut être, dans cette perspective, magnifié sans distance et sans ironie. Cette remise en cause de l’une des divinités de notre époque, toute relative soit-elle, aurait pu avoir plus d’impact que les nudités et les scènes polissonnes de la pièce. On y lorgne vers un boulevard très léger, alors qu’autre chose de plus dérangeant aurait pu se jouer.

ronde lot

« la Ronde », d’Arthur Schnitzler | © Lot

Cette réserve sur le fond formulée, si l’on prend cette mise en scène comme elle se présente elle-même, c’est-à-dire comme un hymne à la « frivolité », au « jeu », à « l’ivresse », la réussite est absolument indéniable. Un dispositif scénique ingénieux, constitué de panneaux coulissants, permet de moduler l’espace de la scène exiguë et d’aménager des effets comiques réussis. L’intervention d’un narrateur (joué par Alexandre Martin) vient très efficacement « planter le décor » avant chaque saynète.

Éric Verdin

Si le jeu des acteurs est dans l’ensemble très bon, Éric Verdin excelle dans le rôle du mari bourgeois, et interprète le personnage de la comédienne à la perfection. Sandrine Molaro étincelle dans son rôle de femme mariée. Tous deux réussissent le tour de force de composer des personnages qui jouent, sans eux-mêmes jouer faux. Des intermèdes chantés en allemand confèrent au tout la tonalité d’une opérette bon enfant, et permettent à Vincent Heden de faire montre de sa technique vocale impeccable.

Superficielle, drôle et piquante, cette mise en scène de la Ronde ne fait donc pas de grandes promesses, mais tient parfaitement tout ce qu’elle annonce. Efficacité de la mise en scène, talent des comédiens, thème accrocheur lui prédisent sans doute un beau succès. 

Vincent Morch


La Ronde, d’Arthur Schnitzler

Adaptation et mise en scène : Marion Bierry

Assistant à la mise en scène : Denis Lemaitre

Avec : Vincent Heden, Alexandre Martin, Sandrine Molaro, Serge Noël, Marie Réache, Aline Salajan, Éric Verdin

Costumes : Virginie Houdinière

Décors : Nicolas Sire

Lumières : André Diot

Théâtre de Poche-Montparnasse • 75, boulevard du Montparnasse • 75006 Paris

Réservations : 01 45 48 92 97

À partir du 11 décembre 2009, du mardi au samedi à 21 heures, matinées le samedi à 18 heures et le dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 30

36 € | 28 € | 22 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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