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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 22:42

Amour, humour et mélodie, toujours


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Plus de quatre-vingts ans après sa création, l’œuvre de Cole Porter ressurgit à Rennes. Une octogénaire pleine de légèreté (celle des bulles), de vivacité et de charme.

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Cole Porter | © D. R.

En 1928, Cole Porter séjournait à Paris, comme il aimait à le faire chaque année depuis quelque temps. C’est alors qu’un night-club de luxe, sur les Champs-Élysées, La Revue des ambassadeurs, lui passa commande d’une revue qui porterait tout simplement le nom des lieux. L’œuvre connut un immense succès du mois de mai à l’automne 1928 puis disparut un peu mystérieusement. On la crut même perdue !

L’historien du théâtre musical Christophe Mirambeau a retrouvé par hasard chez un éditeur la partition (piano et chant) de cette œuvre oubliée. C’est à partir de ce matériau qu’il a reconstitué toute la revue : ses quatorze chansons mais aussi les dialogues de transition. Du beau travail. C’est cette pièce ressuscitée dont les Rennais ont eu la primeur pour quatre représentations.

Pour l’occasion, l’espace scénique de l’Opéra de Rennes a été astucieusement réaménagé. Au niveau du public, à la place habituelle de la fosse, un espace évoque la vaste piste de danse dont était doté le club des Champs-Élysées : le chœur y évoluera souvent. Une table luxueusement dressée et un vaste canapé rappellent le caractère chic du lieu. Au centre, un escalier majestueux mène à la scène dont le côté jardin est occupé par un piano. L’Orchestre symphonique de Bretagne et son chef du jour, Larry Blank, sont installés dans les cintres.

Beaucoup d’esprit associé à une science mélodique rare

La Revue des ambassadeurs est une œuvre pleinement adaptée à cette période de fête. C’est une suite de courts morceaux tantôt langoureux, tantôt vifs et dansants, sans prétention, mais faisant preuve de beaucoup d’esprit, associé à une science mélodique rare. On s’y moque gentiment d’une France de convention en faisant sembler d’exalter une Amérique idéalisée. L’humour peut s’y faire franchement gaillard comme dans ces deux vers de Find Me A Primitive Man (superbe interprétation de Lisa Vroman) : « J’ai besoin d’un bel animal / Pour en faire mon chauffage central » ! C’est cet humour quasi rabelaisien qu’on retrouve également dans Si vous aimez les poitrines : un superbe numéro de travesti dans lequel Valéry Rodriguez brûle les planches.

L’Orchestre symphonique de Bretagne, ici dirigé avec élégance par Larry Blank, un chef habitué de Broadway et de Los Angeles, a une nouvelle fois montré que le swing ne lui était pas étranger. Il faut s’en féliciter pour la suite de la saison. Les quatre chanteurs principaux n’ont pas à rougir de leur prestation. Si Katherine Strohmaïer manque parfois de puissance, elle a un visage très expressif et une voix qui se prête bien aux ballades. Doug La Brecque pourrait être plus à l’aise dans ses mouvements, mais il possède une solide voix lyrique qui sait susciter l’émotion. David Engel semble tout droit sorti d’un film américain, on s’attendrait à le voir mastiquer son chewing-gum avant de tourner une publicité pour une marque connue de cigarettes américaines. Si ce n’est pas Fred Astaire, il danse honorablement comme on le voit dans Dance Lesson et Baby Let’s Dance. C’est un bon comédien, par exemple dans Pilot Me. Il est surtout doté d’une superbe voix de crooner qui fait merveille, entre autres, dans Looking at You. Il fait la paire, si l’on peut dire, avec Lisa Vroman, très à l’aise dans tous les styles, le burlesque, on l’a déjà vu, mais aussi la ballade comme dans You and Me ou dans un hommage à Gershwin avec Larry Blank au piano. Son talent éclate dans Alpine Rose, un pastiche de romance dans lequel se placent quelques acrobaties vocales.

Et nous n’aurons garde d’oublier Valéry Rodriguez dont nous avons déjà parlé et à qui l’on doit la mise en espace du spectacle. C’est le Monsieur Loyal du spectacle. Un Monsieur Loyal qui ne se contente pas d’être un excellent guide dans cet ouvrage chanté quasi exclusivement en anglais. Son talent de comédien lui permet d’apporter une nouvelle touche d’humour et d’esprit au spectacle.

L’année 2013 se termine donc et l’année 2014 commence sous le signe de la gaieté légère à l’Opéra de Rennes. Une nouvelle fois, Alain Surrans, son directeur, a su renouveler la tradition pour la plus grande joie d’un public fidèle à ces spectacles de fin d’année. C’est une autre façon d’œuvrer à la conquête de nouveaux publics pour des spectacles peut-être plus exigeants. 

Jean-François Picaut


La Revue des ambassadeurs, de Cole Porter

Lyrics et numéros originaux, version restaurée

Recréation mondiale

Orchestration de Larry Blank

Version semi-staged, chantée en anglais

Direction musicale : Larry Blank

Conception et direction artistique : Christophe Mirambeau

Mise en espace : Valéry Rodriguez

Chanteurs : Lisa Vroman, Katherine Strohmaïer, David Engel, Doug La Brecque, Valéry Rodriguez

Orchestre symphonique de Bretagne

Chœur de l’Opéra de Rennes (directeur : Gildas Pungier)

Opéra de Rennes • place de l’Hôtel-de-Ville • B.P. 3126 • 35031 Rennes cedex

http://www.opera-rennes.fr/

Téléphone : 02 23 62 28 28

Dimanche 29 décembre 2013 à 16 heures (autres représentations : mardi 31 décembre 2013 à 020 heures, mercredi 1er janvier 2014 à 16 heures et vendredi 3 janvier 2014 à 20 heures

Durée : 2 h 10 avec entracte

De 50 € à 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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