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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 18:10

Belle berceuse triste pour l’enfant qui ne reviendra pas


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


La compagnie du Sorbier présente « la Pluie » de Daniel Keene au Studio-Théâtre de Charenton, une pièce courte mais un beau texte, simple et pudique sur ceux qui montaient dans des trains pour ne jamais en revenir. Un spectacle ciselé comme une boîte à musique qui égrène une musique mélancolique, mais douce aussi.

pluie-300-afficheLa Pluie est un texte court. Le spectacle ne dure d’ailleurs pas plus de 40 minutes. De fait, il ne s’agit pas d’expliquer, pas de raconter l’Histoire avec son grand « H ». L’histoire, nous devons, au contraire, la deviner entre les lignes. C’est bien plus fort ainsi, et cela crée un espace de questionnements pour les enfants. Et puis, de toute façon, comment raconter une seule histoire quand on voudrait n’oublier personne, comment raconter des histoires interrompues ?

Daniel Keene ne renonce pourtant pas. On dirait même que la Pluie appartient au genre de théâtre-récit. Tout passe par la narration, la parole d’une conteuse. Cette conteuse est une vieille femme, campée avec talent par Marie-Noële Bordeaux. Personnage étrange aux rides bleues, chineuse et gardienne des souvenirs, elle fait ressurgir par la magie des mots tout un temps. En ce temps-là, le personnage de Keene était jeune et battait la campagne. En ce temps-là, des files interminables de gens lui confiaient des objets avant de monter dans des trains dont les rails ne menaient nulle part.

Évocation-invocation aux disparus

Dans une longue pèlerine de mendiante et d’aède, avec ses gestes mesurés et précis, la comédienne ressemble à une magicienne. Mais attention, ici, la magie n’est pas divertissement. Car les objets qui surgissent des grandes poches de son manteau rappellent ceux qui les ont confiés. Ils jouent donc le rôle de symboles, au sens étymologique. La magie est alors évocation-invocation aux disparus. À écouter les énumérations que la vieille fait des objets qui se sont accumulés dans toutes les pièces de sa demeure, on songe d’ailleurs inévitablement à ces pièces qui, à Auschwitz, sont emplies de lunettes, de chaussures. On comprend ainsi l’étrange solitude du personnage. Comment aurait-elle pu rencontrer Adam, cette Ève entourée de disparus, assiégée par ces ombres qui la relèguent dans la cour de sa maison ?

De la mise en scène subtile de Colette Froidefont se dégage néanmoins une grande douceur. Chaque mot se détache, grâce à elle, dans un beau silence, de ces silences où on peut entendre le bruit des projecteurs. Chaque mot est orchestré et entre en écho avec la musique des objets surgis. Une boîte à musique en forme de maison, un bâton de pluie, des billes heurtées, et l’on a l’impression d’écouter un Kaddish pour l’enfant qui ne reviendra pas.

Ce beau travail musical est porté par Marie-Noële Bordeaux. Très présente, mais toujours juste, celle-ci captive en effet le spectateur tout en donnant corps à la vieille de Keene. Il n’est alors besoin de rien de plus. Un tableau noir d’antan et quelques objets, un rai de lumière. La Pluie, dans son écrin de silence, parvient ainsi à nous faire entendre avec beaucoup de pudeur la voix des absents. 

Laura Plas


La Pluie, de Daniel Keene

Traduction de Séverine Magois

In Pièces courtes, éditions Théâtrales

Théâtre du Sorbier • 5, rue Marcel-Michel • 24120 Terrasson-Villedieu

05 53 51 23 24

Mise en scène  : Colette Froidefont

Avec : Marie-Noële Bordeaux

Studio-Théâtre de Charenton • 86, rue de Paris • 94220 Charenton

http://studiotheatrecharenton.org/

Réservations : 01 43 96 21 05

Représentations pour les scolaires : mardi 6 et 13 décembre 2011, jeudi 8 et 15 décembre 2011 à 10 heures et 14 h 30

Représentation tout public : vendredi 16 décembre 2011 à 19 h 30

Représentations associées à celles de En ce temps là, l’amour : vendredi 9 et samedi 10 décembre 2011 à 20 heures et le dimanche 11 décembre 2011 à 15 heures

Durée : 40 min

8 € | 13€  (pour les représentations présentant la Pluie et En ce temps-là, l’amour)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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