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Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 20:16

Au paradis des bruits

 

Sur la scène de La Rose des vents de Villeneuve-d’Ascq, le collectif lillois La Pieuvre tape un bœuf furieusement déjanté. Cela fait beaucoup de bruit, mais pas pour rien.

 

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« la Pieuvre »

© Cyril Turla

 

Les lumières s’éteignent et la salle se tait. Sur scène, pas un chat. Deux minutes passent. Puis trois. Le suspense dure. C’est alors qu’une vingtaine de musiciens débarque, l’air détendu. On se croirait dans la fosse d’un opéra, sauf que les queues-de-pie ont été remplacées par des T-shirts. Chacun s’installe sur sa chaise, débouche son tuba ou cherche le la sur son synthétiseur. Premiers accords, première surprise. L’orchestre se lance dans une ola instrumentale, typique des gradins du stade de France. Déviation de trompette sur la gauche, et les autres suivent, comme une horde de surfeurs glissant dans le creux de la vague. Grisant.

 

La Pieuvre joue brillamment avec les basiques. Les mélodies (si on peut les appeler ainsi) sont épurées à l’extrême et s’appuient sur deux ou trois notes. Tout ce que vous détestiez lorsque vous étiez gamin et forcé de prendre des cours de piano est la matière première du collectif : on a l’heureuse impression que les musiciens bâtissent une symphonie sur des gammes. L’objectif : pousser la note à son paroxysme, dans ses derniers retranchements. En la répétant à perdre haleine. Mais rien de rasoir là-dedans. D’autant que des jeux de scène loufoques viennent rompre la litanie : deux musiciens se lèvent subitement, attrapent des mégaphones et pénètrent au sein du public pour pasticher une manifestation syndicale. Il fallait y penser.

 

Machine à bruit et bruits de machine

L’écueil, c’était de tomber dans la cacophonie qui mutile les tympans. Cela se joue à un cheveu, mais les artistes parviennent à l’éviter. Cette prise de risques rend la pièce d’autant plus belle. La Pieuvre ressemble à s’y méprendre à un laboratoire sonore, où l’on teste les bruits avant de les breveter. Les sons sortent des caisses de résonance comme des diables de leur boîte. Il suffit de s’imaginer dans une horlogerie où les coucous se mettraient à donner l’heure tous en même temps. Passant du rock à l’électro en un clin d’œil, les musiciens sont sans limites : ils improvisent même un morceau culotté en frottant leurs mains sur des ballons de baudruche. Sans parler des gargarismes qu’ils émettent à l’unisson, après quelques gorgées d’eau.

 

On éprouve de la sympathie pour les musiciens. Ils y mettent tout leur cœur, mouillent leurs habits de sueur. On sent qu’ils prennent un plaisir fou lorsqu’on les voit balancer la tête d’avant en arrière pour battre le rythme. Ce qui germe, c’est une production collective, chaotique, mais réglée comme du papier à musique par le chef d’orchestre, Olivier Benoit. Ce dernier gère de main de maître toute sa troupe, au moyen de gestes minimalistes et presque chorégraphiques. Au point qu’il croise les bras quand il constate que la mécanique est bien huilée. Une production collective, donc, qui ne gomme en rien les individualités.

 

Tout n’est que crescendos et arrêts soudains, rythmes saccadés et hétéroclites. On passe d’une musique sombre et stridente à des sonorités charnues, proches des bandas basques. L’apport des chœurs est indéniable : tantôt célestes, tantôt égosillées, les voix se mêlent tant qu’on ne parvient plus à distinguer qui chante. On saluera notamment l’énergie explosive des batteurs. « La Pieuvre » porte bien son nom. Tentaculaire, elle nous embarque dans une spirale infernale. Dont on sort ravi. Mais sonné. 

 

Camille Bourleaud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Pieuvre, de Muzzix

Association Muzzix • 42, rue Kuhlmann • 59000 Lille

03 20 35 01 72

Site : www.muzzix.info

Courriel : contact@muzzix.info

Direction et composition : Olivier Benoit

Avec : Antoine Rousseau (basse), Barbara Dang (claviers), Claude Colpaert (trombone), Christian Pruvost (trompette), Christophe Motury (trompette), David Bausseron (guitare), Ivann Cruz (guitare), Jean-Baptiste Rubin (saxophones), Lune Grazilly (voix), Martin Granger (synthétiseur), Martin Hackett (flûte et mélodica), Maxime Morel (tuba), Nicolas Chachignot (batterie), Patrick Guionnet (voix), Peter Orins (batterie), Philippe Lenglet (guitare), Pierre Cretel (contrebasse), Sakina Abdou (saxophone alto), Samuel Carpentier (trombone), Stéphane Lévèque (basse), Vincent Debaets (saxophone baryton), Yanik Miossec (clarinette)

La Rose des vents • boulevard Van-Gogh • 59563 Villeneuve-d’Ascq

Site du théâtre : www.larose.fr

Réservations : 03 20 61 96 96

Le mardi 15 novembre à 20 heures

Durée : 1 h 30

20 € | 16 € | 5 €

Publié dans : FRANCE-ÉTRANGER 1998-2012 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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