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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Bouleversante Sophie Vaude, à fleur
de peau de chagrin
Intime de Raymond Guérin, Jean-François Matignon reprend sa mise en scène de « la Peau dure », créée en 2004. Magistrale, Sophie Vaude porte avec force ce spectacle bouleversant.
La Compagnie Fraction ouvre ses portes. Rendez-vous est fixé au 23 de la place des Carmes, devant une maison austère, lieu de la représentation. Seule une quinzaine de personnes est conviée à écouter les confessions de Clara, Jacquotte et Louison Coustu, trois figures de la condition féminine, dans l’immédiat après-guerre, trois personnalités dissemblables unies dans la souffrance. Trois « victimes de la pauvreté et de l’égoïsme des mâles ». Clara la bonne est emprisonnée, parce qu’elle est soupçonnée d’avoir avorté ; Jacquotte la tuberculeuse subit la violence de son mari, épuisée par ses grossesses ; Louison, parvenue socialement, souffre des infidélités de son amant, du manque d’amour.
Jean-François Matignon, metteur en scène du désarroi, des souffrants, du mal, travaille sur Raymond Guérin depuis 1997, depuis qu’il a monté la Tête vide et la Joie du cœur. Sensible à la plume de ce Bordelais de la trempe lucide et noire des Céline ou des Guilloux, Jean-François Matignon ménage des clairs-obscurs, des silences, des absences, autant de signes de la part maudite qui habite l’homme.
« la Peau dure »
Pessimiste lucide, Raymond Guérin écrit à l’encre de la misère et du désespoir. Sa syntaxe fluide et minutieuse, son style épuré sans emphase ni pathos, touchent droit et juste, émeuvent sans détours ni circonvolutions. Sophie Vaude s’empare de cette efficacité et la sublime dans une interprétation impeccable, sans un instant de gravité excessive, de pose, sans effets déplacés. Pourtant, les trois rôles de femme qu’elle incarne, endossant un nouveau personnage chaque fois dans une performance d’acteur épatante, suscitent la même émotion, mélange inquiétant d’empathie et de dégoût.
D’une pièce à l’autre, dans un salon obscur et inquiétant d’abord, puis dans une cuisine froide à la peinture écaillée, dans un jardin enfin, Sophie Vaude nous emporte à sa suite. Les lumières délicates et la musique discrète, à peine audible, venue des étages supérieurs ou d’une pièce adjacente, rehaussent un jeu habité, magistral, en nuances fines, au service d’un texte bouleversant. ¶
Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
La Peau dure, de Raymond Guérin
Compagnie Fraction
Mise en scène : Jean-François Matignon
Avec : Sophie Vaude
Le 23, place des Carmes • 84000 Avignon
Réservations : 04 32 74 06 77
Du 9 au 21 juillet 2010 à 18 heures, relâche le 14 juillet 2010
Durée : 1 h 15
15 € | 10 €
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