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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 13:18

Andrés Marín, le poète


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Andrés Marín revient à Nîmes pour le 21e Festival de flamenco avec son dernier spectacle primé à la Biennale de Séville 2010 : « la Pasión según se mire ». Virtuose et humble, le danseur aux ailes déployées s’ancre dans le sol des traditions et s’en libère par une taquine dérision. Pour servir la passion : la danse, la musique, le chant. Avec différents regards portés aussi par la grâce de ses complices : José de la Tomasa, Lole Montoya et la danseuse Concha Vargas.

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« la Pasión según se mire » | © X D.R.

Le spectacle débute comme une adoration. Dans la splendeur rouge de la robe de Lole Montoya, Andrés Marín est en posture de prière. Corps tendu comme un arc, cambrure poussée à l’extrême, comme à l’accoutumée, tel un oiseau stylisé. On croirait une figure égyptienne, paumes ouvertes, découpée de profil. Porté par la limpidité sonore d’un xylophone, sur un plateau plongé dans la pénombre, Marín entre ensuite, deux petites lampes à la main. Comme avec deux lanternes, il dessine un mouvement de balancier tantôt de lignes lumineuses, tantôt de points éblouissants. Le corps d’Andrés Marín est une épure de lignes, une condensation de la forme. C’est un trait, un tracé maintenant, sous une constante tension, une grande puissance énergétique. Que son geste soit soudainement arrêté dans une pause prolongée ou en proie à un revirement saisissant, son corps dansant est tout de nerfs et de muscles en harmonie.

Après un magnifique chant a capella, dont la fureur plus tard est adoucie par la ponctuation plus nostalgique du xylophone, Andrés Marín laisse libre cours à sa virtuosité. Entre séries de footworks fulgurants et « arrêts sur image », il nous offre des instants poétiques. Parce que Andrés Marín, il faut le dire, c’est de la poésie pure. Outre le brio, il a des gestes caractéristiques : un glissé de la demi-jambe vers l’arrière, un effleurement du sol qui laisse à l’oreille la réalisation du geste déjà passé. Ses paumes offertes, le maintien du poignet, ses mains étonnamment posées sur sa taille et bien d’autres caractéristiques encore dessinent comme une signature.

Il est un temps dans le spectacle où la ligne stylisée du corps de Marín rencontre la rondeur de la danseuse Concha Vargas. Deux corps à l’opposé mais la même passion. C’est un duo dansé, tout en séduction, avec déchaînement de la danseuse. Sous le regard complice et aimant d’Andrés Marín, Concha Vargas laisse éclater un caractère sans frein dans une danse aux accents nettement plus traditionnels et festifs. Au regard de son dernier spectacle, Andrés Marín laisse la part belle à chacun, et l’on sent l’humilité permanente de l’artiste devant la tradition et l’héritage.

Coiffé d’un long chapeau pointu

Et le spectacle prend un tour nouveau. Un écran vient clore la scène, laissant vacant une partie du plateau à l’avant. Apparaît, soutenue par une partition contemporaine à la clarinette, une volée d’oiseaux noirs stylisés. Andrés Marín, à l’autre bout, est un oiseau lui-même. On dirait ici un manifeste, un art poétique. Tantôt la tradition, tantôt l’épure du geste. Le danseur accompagne son spectacle d’un discours sur son art. Les derniers tableaux le signifient encore. La scène revêt des airs étranges : deux plateaux sur roulettes surmontés d’une multitude de cierges sont apportées en arrière-plan. L’orchestre plus hétéroclite – percussions, clarinette, tuba, guitare – entonne une musique moins familière au flamenco. Mais c’est surtout Andrés Marín, tout de blanc vêtu et coiffé d’un long chapeau pointu, qui introduit le décalage. Sous des airs parodiques – sans l’irrespect de la caricature –, il reprend les mêmes gestes et mouvements avec un je-ne-sais-quoi qui les relie à la tradition et les en sépare. Moment sacrilège et étrange. Pour autant, l’écart n’est rien sans la connaissance du patrimonio, et c’est avec une enclume portée à bout de bras, alourdissant le pas, que sort de scène Andrés Marín. 

Fatima Miloudi


La Pasión según se mire, d’Andrés Marín

Mise en scène : Pilar Albarracin

Danse : Andrés Marín

Artistes invités :

– Chant : Lole Montoya, José de la Tomasa

– Danse : Concha Vargas

Musiciens :

– Chant : José Valencia, José Angel Carmona

– Guitare : Salvador Gutiérrez, David Marín

– Marimba, percussions : Daniel Medina

– Clarinette : Javier Delgado

– Tuba : José Miguel Sanz

– Laud arabe : Yorgos Karalis

Texte : Jean-François Carcelen

Création lumières : Ada Bonadei (VanCram)

Son, régie : Rafael Pipio, Balbi Parra

Production exécutive : Daniela Lazary, Emilia Gallo

Production : Andres Marín Flamenco Abierto, A.A.D.F. junta de Andalucia

Distribution : Arte y Movimiento Producciones

www.artemovimiento.es

Théâtre de Nîmes • 1, place de la Calade • B.P. 1463 • 30017 Nîmes cedex 1

Réservations : 04 66 36 65 10

http://www.theatredenimes.com/

Vendredi 14 janvier 2011 à 20 heures

Durée : 1 h 20

29 € | 27 € | 14 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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