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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 14:11

Promesse non tenue

 

Voici dix ans, mourait à São Paulo Alfredo Dias Gomes. Est-ce une raison pour célébrer cet anniversaire en enterrant son œuvre ? Sa pièce maîtresse est en effet créée au Théâtre de Ménilmontant par une brochette de seize comédiens dont l’amateurisme laisse pantois.

 

O Pagador de promessas (« le Payeur de promesses »), écrit en 1960, fut très vite popularisé par l’adaptation au cinéma d’Anselmo Duarte qui lui valut plusieurs prix en 1962, dont la Palme d’or à Cannes, et d’être nommé aux oscars l’année suivante. L’action se situe au Brésil. La trame narrative est simple, voire simpliste. Jef, un paysan un peu naïf, arrive avec sa femme Rosa à la porte de l’église de Santa-Barbara. Pour répondre à un vœu, il a traîné depuis chez lui une croix qu’il veut déposer aux pieds de la sainte. À sa demande, n’a-t-elle pas sauvé son plus cher ami, Nicolas, un âne qui ne le quitte jamais et lui vaut son surnom ?

 

L’affaire paraît simple, mais va basculer rapidement dans le drame. Le curé Olavo soupçonne derrière cette piété populaire la réminiscence d’un culte traditionnel revêtu de catholicisme, le fameux candomblé *. Le maquereau Bonitão, bien qu’entretenu par la pulpeuse et jalouse Marli, s’éprend de Rosa. La presse monte en épingle l’évènement et y lit le combat politique pour la réforme agraire et le démantèlement des latifundia. Tout le Brésil des années 1960 est restitué derrière l’anecdote. L’histoire devient une parabole de l’innocence des humbles broyée par les puissants, qu’ils soient religieux, politiques, militaires ou médiatiques.

 

Ce sujet s’annonçait passionnant tout autant qu’instructif, mais l’adaptation d’Idalina Borges s’enlise dans l’amateurisme. Elle n’a pas su donner d’unité à cette accumulation d’intrigues et de personnages : malgré quelques trouvailles scénographiques (comme le final), le résultat est confus et brouillon, et manque de subtilité et de sobriété.

 

Si le personnage de Jef est avec bonheur investi par Belek, passant de l’exaltation naïve à l’abattement, si Aurélie Laza donne beaucoup d’énergie au personnage de Marli, le reste de la troupe joue timidement, sans rendre convaincants les caractères, sans jouer du jeu de chacun pour créer une alchimie. Leur présence sur scène est erratique : tantôt les comédiens se pressent contre le décor en fond de plateau, tantôt ils s’ébrouent dans le désordre d’un jeu excessivement démonstratif. La « palme » revient à Michael Jakubowicz : il campe un père Olavo aux airs de séminariste trop sage, à qui une sorte d’épilepsie théâtrale fait faire par moments de grands moulinets de bras, alors qu’il traverse en tous sens la scène. Jakubowicz confond colère et vocifération, jeu et gesticulation.

 

Cette Parole donnée ne manque pas d’enthousiasme, mais la fougue de ses jeunes interprètes leur tient souvent lieu de talent. Elle donne à l’amateurisme sa pire définition. 

 

Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


* Culte à prédominance d’éléments africains, comparable au vaudou et pratiqué au Brésil ; lieu, espace où il se célèbre.


La Parole donnée, d’Alfredo Dias Gomes

Mise en scène : Idalina Borges

Avec : Valentin Barniske (Dédé la Plume), Belek (Jef à l’âne), Idalina Borges (la Doudou), Laurent Delbes (l’Évêque), Hervé Dumoulin (le Policier), Charlotte Gallet (Rosa), Edwin Garcia (Bonitão), Antoine De Giulli (l’Agent), Paolo Handelheni (le Photographe, Me Coca), Michael Jakubowicz (le Père Olavo), Aurélie Laza (Marli), Patrice Martre (le Reporter), Aline Revillion (la Bigote), Florent Robin (le Commissaire), Vincent Rotman (l’Espagnol), Laurent Sanchez (le Sacristain)

Affiche : Antoine Billard

Théâtre de Ménilmontant • salle Le Labo • 15, rue du Retrait • 75020 Paris

Réservations : 01 46 36 98 60

Du 21 au 24 octobre 2009 à 20 h 30, et le dimanche 25 octobre 2009 à 16 heures

Durée : 1 h 10

19 € | 14 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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