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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 21:04

Un joyau de comédie


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Avec de fidèles comparses de la compagnie du Matamore, Serge Lipszyc met en scène « la Nuit des rois ». Une nuit folle et fougueuse où souffle l’esprit de Shakespeare et où brillent des étoiles de théâtre : les comédiens.

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« la Nuit des rois » | © Anne Rabaron

On appelle « nuit des rois » la douzième et dernière nuit des fêtes de Noël. Durant cette nuit particulière, tout semble permis : la mascarade comme le travestissement. Quand commence la comédie de Shakespeare, son héroïne, la jeune Viola, échoue d’ailleurs dans un monde de songes : l’Illyrie. Sur cette terre, une servante ose contrefaire l’écriture de sa maîtresse, l’homme grave est taxé de fou, mais le vrai fou prend la soutane pour énoncer de biens étranges sentences.

C’est là évidemment que Viola endosse les vêtements de son frère et se met à jouer le jeu de l’amour et du mensonge. En définitive, le vin et le désir font chavirer la raison et chassent la mélancolie dans la pièce. C’est d’ailleurs sans doute cette douce folie, cette ambiance carnavalesque qui ont séduit Serge Lipszyc, qui s’octroie le rôle du truculent et paillard Sir Toby, comme taillé pour lui.

Mais la pièce, comme Arlequin serviteur de deux maîtres que la compagnie du Matamore a joué tant de fois, est surtout un joyau de comédie et une célébration du théâtre. Olivia parle de son rôle, Viola lui affirme : « Je ne suis pas ce que je joue ». Le monde n’est qu’une vaste scène où chacun se joue de lui et des autres. Par ailleurs, la pièce offre des rôles de composition ainsi que des personnages tout en nuances : l’un pourra jouer une femme travestie en homme, l’autre un grincheux transfiguré en drôle aux bas jaunes. Belle partition pour des comédiens.

Jouer à jouer

Ces derniers semblent ici s’amuser de cette gageure. En effet, non seulement des hommes jouent, dans la tradition élisabéthaine, des femmes, mais ici des femmes leur rendent la pareille en incarnant des personnages masculins. Quel carnaval ! On en perdrait parfois presque le fil ! Par ailleurs, les interprètes jouent plusieurs rôles, et la mise en scène exhibe leurs changements. Par exemple, Jean-Marc Culiersi, extraordinaire Maria, se retrouve, une fois effeuillée par Sir Toby, en Antonio, le compagnon d’infortune de Sébastien (rôle un peu plus terne). Usant des multiples ressources de la scène, les lumières et les jeux depuis la coulisse mettent ainsi en scène une poignée de comédiens chevronnés qui font face à tous les emplois.

On a déjà parlé de Jean-Marc Culiersi, mais rares sont les comédiens qui ne s’imposent pas. On signalera ainsi l’interprétation tout en nuances de Sylvain Méallet, charmante Viola, la composition de Bruno Cadillon qui incarne une Olivia très « grande dame » et pétrie de contradictions. Mais Lionel Muzin n’est pas en reste. Il campe de fait un fou poétique dont les chants captivent. Quant à Gérard Chabanier, il sait insuffler au personnage de Malvolio cette humanité touchante et ridicule qui en fait une dupe si pitoyable.

Embarquez !

Ode au théâtre, cette Nuit des rois, l’est également par une scénographie aussi simple qu’ingénieuse. Un rien suffit à faire surgir des lieux divers : la demeure du comte Orsino, celle d’Olivia ou la grève. Sandrine Lamblin se réapproprie d’une certaine manière le système des mansions * : les personnages ont un lieu bien à eux, sorte de radeau où ils dérivent, mais leurs espaces finissent par se contaminer comme les solitudes se brisent. En outre, planches et voiles évoquent le théâtre tout en figurant la carcasse du navire de Viola et Sébastien. Dans ses cales, le navire porte autant de lieux qu’en conçoit notre imagination. Cette épave ménage enfin des passages, des cachettes d’où l’on peut épier, des oubliettes où reléguer les mauvaises gens.

Sur cette nef, les personnages se lancent à la découverte de l’être aimé et d’eux-mêmes. Ils abordent aux terres inconnues de leurs troubles avec un plaisir si évident que, en dépit de quelques outrances (shakespeariennes ?), il en est contagieux. 

Laura Plas


* Mansion : dans le théâtre médiéval, chacun des lieux juxtaposés d’un décor, où se déroulent plusieurs scènes.


La Nuit des rois, de William Shakespeare

Traduction : Jean-Michel Desprats, éditions Théâtrales

Compagnie du Matamore • 56 bis, boulevard Carnot • 78110 Le Vésinet

01 43 08 63 69

Site : www.la-compagnie-du-matamore.fr

Courriel : compagnie-du-matamore@orange.fr

Mise en scène : Serge Lipszyc

Avec : Bruno Cadillon, Gérard Chabanier, Juliane Corre, Jean‑Marc Culiersi, Valérie Durin, Serge Lipszyc, Sylvain Méallet, Lionel Muzin, Henri Payet

Scénographie : Sandrine Lamblin

Costumes : Anne Rabaron

Lumières : Jean-Louis Martineau

Théâtre de l’Épée-de-Bois • la Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Site du théâtre : www.epeedebois.com

Réservations : 01 48 08 39 74

Du 10 mai au 9 juin 2013, du mardi au vendredi à 21 heures, le samedi à 19 heures, le dimanche à 16 heures

Durée : 2 heures

18 € | 14 € | 12 € | 10 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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