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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 15:14

 En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012

 

Quand la vie et l’art
sont tragiques


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


« La Mouette » de Tchekhov a été annoncée, à l’époque, comme une comédie et pourtant, quelle pièce tragique ! « La Nostalgie de l’avenir », qui en est une libre adaptation, en accroît peut‑être encore le caractère sombre.

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« la Nostalgie de l’avenir » | © Serge Gutwirth

Selon son adaptatrice et metteuse en scène Myriam Saduis, qui est également psychanalyste, « la Nostalgie de l’avenir est une version de chambre de la Mouette ». Le titre, à l’allure d’oxymore, est emprunté à un texte d’Antoine Vitez dont Myriam Saduis utilise la traduction. Ici, les personnages sont réduits à six au lieu de treize et le personnage du frère d’Irina, Piotr, devient une sœur, Petra. Surtout, la Nostalgie de l’avenir commence là où finissait la Mouette, le suicide de Constantin. La pièce devient alors une recherche d’explication, et les scènes se succèdent au gré de la mémoire et des souvenirs qu’elle fait surgir. Ces séquences sont interrompues ou accompagnées par des noirs, des intermèdes musicaux ou vidéo. L’action est transposée à notre époque, comme en témoigne l’ordinateur de Constantin, omniprésent, outil de travail pour lui et vecteur de la mémoire pour les autres.

Le resserrement du texte a pour effet de centrer principalement la Nostalgie de l’avenir sur une histoire familiale (psychanalyse oblige ?), avec au premier plan la relation de Constantin à sa mère Arkadina et inversement, puis le passé et le présent conflictuels de Petra et de sa sœur. Pour autant, les interrogations sur l’art demeurent : faut‑il devenir actrice même aux dépens de sa vie personnelle ? (Nina), comment trouver sa voie littéraire ? (Constantin), vivre pleinement ou vivre pour écrire ? (Boris Trigorine). Le spectateur, comme les personnages, oscille au gré des réminiscences dans cette tentative pour reconstituer le puzzle à l’issue fatale.

L’aspect clinique de l’introspection

La scénographie d’Anne Buguet installe la pièce dans un décor dépouillé bien adapté aux conditions de représentation dans le Off d’Avignon : aucun mobilier sur la scène sinon un tapis fait de sable coloré, apparemment. Les trois murs sont des panneaux translucides qui laissent parfois deviner les déplacements des personnages en dehors de la scène et reçoivent les projections. Les entrées et sorties s’opèrent entre ces panneaux. Ce décor froid, noir, blanc et gris à l’exception du tapis jaune, accentue l’aspect clinique de l’introspection qui nous est exposée. L’accompagnement musical et sonore contribue à l’effet dramatique général.

Dans une distribution remarquable de finesse et de justesse, deux femmes nous semblent se distinguer. C’est d’abord Aline Mahaux qui campe une Nina primesautière et calculatrice, déchirée entre sa volonté d’émancipation, de réussite et un amour difficile, voire impossible, contradiction qui la conduit au bord d’une sorte de folie. C’est ensuite Florence Hebbelinck, pitoyable et haïssable Arkadina, monstre d’égoïsme et, par intermittences, mère aimante, toujours hantée par son image, son statut et la hantise du vieillissement.

La Nostalgie de l’avenir est plus qu’une relecture de la Mouette, c’est une pièce qu’on peut voir pour elle‑même, qui nous parle de nous et d’aujourd’hui, qui sait nous faire partager son interrogation sur l’art et vibrer avec des personnages toujours actuels. 

Jean-François Picaut


La Nostalgie de l’avenir, d’après la Mouette d’Anton Tchekov

Adaptation, mise en scène : Myriam Saduis

Traduction : Antoine Vitez

Avec : Florence Hebbelynck, Aline Mahaux, Tessa Volkine, Soufian el‑Boubsi, Fabrice Dupuy, Pierre Verplancken

Scénographie : Anne Buguet

Théâtre des Doms • 1 bis, rue des Escaliers‑Sainte‑Anne • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 07 99

Du 7 au 28 juillet 2012 à 11 heures

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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