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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 11:30

Comment une petite vieille
se moqua de la mort


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Comme un vieil album déniché dans un grenier, « la Naissance du Carnaval » dégage un charme désuet. Un joli spectacle à voir surtout pour ses images.

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« la Naissance du carnaval » | © D.R.

Soir de tempête. La vieille Philippine est la dernière à déserter les quais avec son panier de crevettes. Mal lui en a pris ! Elle attrape la mort… au sens propre ! Devinez qui vient dîner ce soir-là ? la Camarde ! Soyez prêts à prendre la main de votre plus petit rejeton à ce moment-là. Et voici que comme le bûcheron de La Fontaine *, la vieille femme rechigne à tirer sa révérence. Plutôt s’amuser, rire, bouleverser l’ordre du monde que mourir. Elle obtient un délai et invente un stratagème pour faire perdre la tête à sa méchante invitée.

Voici pour l’histoire. On dira qu’elle permet à nos têtes bouclées d’affronter leurs peurs… ou tout au moins de botter en touche. En effet, le récit euphémisant évite de nous révéler quand Philippine finit tout de même par mourir, et nous berce de l’illusion que nous pouvons nous jouer un temps de la mort. On précisera surtout que l’intrigue a une importance toute relative. Son déroulement est vraiment d’une simplicité biblique : « premier jour », « deuxième jour ». C’est la Genèse mais cul par-dessus tête (principe du carnaval) puisque la mort en prend pour son grade, que les pauvres ont autant de pouvoir que les riches, que les hommes portent des jupes.

C’est plutôt la manière dont l’histoire nous est contée qui fait en définitive son charme. On y sent un goût de la langue évident. Les sonorités jouent entre elles : « tandis que crépitent les crevettes dans la casseroles ». On découvre le vocabulaire de métiers disparus comme des coquillages sur la plage. Ce sont des termes surannés dignes de lettres enrubannées. Ces reliques verbales cadrent bien d’ailleurs avec l’esthétique du spectacle. En effet, une série de tableaux vieillots se succèdent et les personnages font penser à des santons. Leurs teintes sont passées et douces (marron, bleu pâle, nuances nombreuses de gris)… jusqu’à ce qu’explosent les couleurs du carnaval.

Une valise-monde

Comme les marionnettes et figurines de carton ont une certaine rigidité (elles sont peu articulées), on a souvent l’impression de tourner avec l’interprète les pages d’un livre en relief, ou de jouer avec une splendide valise-monde. C’est ici le principal intérêt du spectacle. Les grands et les petits attendent de fait avec impatience de découvrir les trésors que recèle la grande valise qui constitue à peu près le seul dispositif de la pièce… Pas de jeux de lumière ou presque, peu de musique (même si elle est bien choisie), mais on bénéficie de la surprise de cette nouvelle boîte de Pandore (d’où sortent des biens) qui semble sans fond.

On retrouve ici en fait l’esthétique de Boucle d’or, une étrange affaire (succès au Lucernaire) que l’interprète, Isabelle Hazaël, avait mis en scène. Les deux œuvres ont les mêmes évidentes qualités, la même énergie dans l’interprétation. Elles connaissent les même limites aussi de la narration qui font qu’au cours du spectacle quelques enfants ont décroché et se sont allongés pour voguer sur la mer de leurs propres rêves. La Naissance du carnaval offre donc au cœur de Paris une excursion sympathique dans un autre temps et sur d’autres rives… au cas où vous ne partiriez pas en vacances. 

Laura Plas


* Dans la fable « la Mort et le Bûcheron », un bûcheron qui a souffert toute sa vie de son fardeau refuse de renoncer à sa souffrance pour suivre la mort.


La Naissance du carnaval, de Nicolas Ducron

Cie L’Hyperbole à trois poils • 10, rue du Général-de-Gaulle • 69000 Lyon

04 90 27 14 31

Texte, mise en scène et musiques : Nicolas Ducron

Avec : Isabelle Hazaël

Valise, marionnettes et masques : Martha Roméro

Lumières : François Vallée

L’Atelier de la Bonne-Graine • 16, passage de la Bonne-Graine • 75011 Paris

Site du théâtre : http://www.atelierbonnegraine.fr/

Métro : arrêt Ledru Rollin (ligne 8), arrêt Bastille (lignes 1, 5, 8)

Du 2 février au 2 mars 2014, mercredi à 14 h 30, samedi et dimanche à 15 heures, du 15 février au 2 mars à 17 heures

Durée : 45 minutes

9,50 € | 8,50 €

À partir de 5 ans

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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