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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 16:01

Monologue noir


Par Johanne Boots

Les Trois Coups.com


C’est un exercice périlleux que tente Bertrand Marcos avec sa mise en scène de « la Mort de Marguerite Duras » d’Eduardo Pavlovsky, présentée à La Manufacture des abbesses jusqu’au 24 avril : celui d’un monologue noir à la beauté certaine, mais dont le propos manque de hardiesse et de nouveauté.

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« la Mort de Marguerite Duras » | © Bertrand Marcos

Marguerite Duras avait décrit dans l’un de ses textes la mort d’une mouche et la tristesse que celle-ci lui inspirait. Des années après, Eduardo Pavlovsky a pris ce quasi-non-évènement et la beauté littéraire qu’il engendra comme point de départ d’un monologue, la Mort de Marguerite Duras, créé à Buenos Aires en 2000, et présenté en ce moment à La Manufacture des abbesses dans une mise en scène de Bertrand Marcos. Un homme de dos, face à un mur gris dans lequel il semble se fondre, commente la lente agonie d’une mouche isolée, qu’il baptise du nom du grand écrivain français : à la fois un clin d’œil au texte évoqué ci-dessus, mais aussi un écho, dit-il, à la légendaire solitude de Duras. À 3 h 18, la mouche meurt, et l’homme se retourne pour livrer au public une foule de souvenirs plus ou moins en rapport avec la mort, sa violence et sa banalité, la mélancolie qu’elle inspire.

Notons ici la violence poétique de la langue d’Eduardo Pavlovsky, dramaturge argentin prolifique, trop peu présent sur les scènes françaises. Notons aussi la très juste traduction de Françoise Thanas, qui donne à entendre toute la musique et la sauvagerie de ce texte. Surtout, notons la performance de l’acteur Jean-Paul Sermadiras : son souffle, sa présence, son énergie donnent vie à cette parole torturée et aux souvenirs sombres quelle égrène. Debout au milieu de stèles dressées comme autant de pierres tombales, signes de l’omniprésence de la mort, l’homme raconte son enfance déchirée entre deux parents qui s’affrontent, l’apprentissage de la boxe comme réponse et exutoire à la violence familiale, son implication dans les manigances des truands du quartier qui le payent pour tabasser Untel ou Unetelle.

Un spectacle très académique

Si la langue émeut, le propos, lui, lasse rapidement. En cause, notamment, la lourdeur bien-pensante des situations racontées. Il en est ainsi, par exemple, de cette conscience morale qui se rappelle bientôt au jeune boxeur des rues, sous la forme d’une femme enceinte le suppliant de la frapper seulement au visage, en épargnant son ventre. Ou encore de ce professeur d’art dramatique qui révèle au personnage, acteur en devenir, les visages pour toujours figés de sa joie et de sa peine.

La mise en scène épurée de Bertrand Marcos ne parvient pas à contrebalancer cette lourdeur, et le sérieux avec lequel il sert le texte de Pavlovsky tend même à en accentuer la vacuité égocentrique. On passe des blessures de l’enfance à un récit de la débâcle qu’est la vieillesse, autant de considérations qui se voudraient universelles, mais qui se révèlent tout au plus banales. Surtout, le spectacle reste très académique, avec cette présentation grave et solennelle des états d’âme d’un vieillard tourmenté. On ne peut nier, toutefois, la maîtrise du plateau dont fait preuve le jeune metteur en scène (22 ans), et qui laisse présager d’un bel avenir. 

Johanne Boots


La Mort de Marguerite Duras, d’Eduardo Pavlovsky

Éditions Théâtrales, Paris, 2001

Traduction : Françoise Thanas

La Compagnie du Pas-Sage • 5, avenue de Longchamp • 92210 Saint-Cloud

01 47 71 08 84

https://www.facebook.com/CompagnieDuPasSage

Courriel : compagniepassage@gmail.com

Mise en scène : Bertrand Marcos

Avec : Jean-Paul Sermadiras, et avec la voix d’Anouk Grinberg

Scénographie et lumières : Jean-Luc Chanonat

Bande-son : Pascale Salkin

Costumes : Karine Vintache

Manufacture des abbesses • 7, rue Véron • 75018 Paris

Métro : ligne 2 ou 12, arrêt Blanche ou Abbesses

Réservations : 01 42 33 42 03

Site du théâtre : www.manufacturedesabbesses.com

Du 3 mars au 24 avril 2013, du dimanche au mercredi à 21 heures

Durée : 1 heure

24 € | 13 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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