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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 08:50

Marlou Théâtre éclaire
nos vies


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Dans le cadre de « la Semaine du Marlou Théâtre » à L’Île-d’Yeu, la compagnie théâtrale en résidence à la citadelle présente « La lune a braqué sa chaloupe », spectacle déambulatoire sur une des plus belles plages vendéennes. Magique !

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« La lune a braqué sa chaloupe » | © Sarah Meneghello

La plage comme espace de jeu théâtral. Et pas n’importe laquelle : la plage des Sapins à L’Île-d’Yeu ! Quiconque a eu la chance de profiter de ce lieu idyllique connaît le goût du bonheur. Vagues de l’Atlantique qui lèchent la côte Est de L’Île-d’Yeu, odeurs mêlées de sable mouillé, d’air iodé et des pins qui surplombent la dune, lumières sublimes sur l’estran… Tout confère à la plénitude. Né de cette plage, La lune a braqué sa chaloupe lie la beauté du paysage aux expériences intimes que chaque membre de l’équipe entretient avec cet espace propice aux rêves.

Et le Marlou n’en manque pas de rêves ! En résidence à L’Île-d’Yeu depuis quatre ans, ses membres ont eu le temps de polir leur art et de mûrir leurs utopies. Ils cultivent un nécessaire esprit de rébellion contre la normalisation, les renoncements individuels, l’absence de solidarité : « Il y a l’envie de parler de notre bruyante société moderne… Celle qui “crisse” tout autour de nous, et tout à l’intérieur. L’humanité embarque à bord de notre chaloupe. Il y a là un équipage bigarré, une caravelle de gueules cassées. […]. Ça s’active, ça braille, ça s’aventure. Une chose est sûre, c’est que rien n’est garanti. Et c’est pour cela qu’on rit, qu’on rit de plus en plus fort. Parce que, heureusement, il y a la poésie. Et toujours, il y a l’envie de rallumer les étoiles… », nous expliquent-ils. Bien que créé sur l’île d’Yeu, ce spectacle peut tourner et s’adapter à d’autres plages.

Derrière nos peurs qui crissent

La pièce raconte le retour de Jonas dans la société moderne, ici appelée la Crissante. Après de longues années d’errance, ce vagabond revient chercher une femme, avec sa carriole pleine d’histoires. Il devient le conteur, notre guide, le passeur aux pays des humains plus fous les uns que les autres. Dans sa quête, Jonas se confronte à différents personnages : le Trouillard, « œil de bœuf en proie à ses peurs, barricadé du monde », la Dépressive qui rate tous ses suicides, l’Hyperactif, « superhéros des temps modernes, abonné au temps qui court ». La solitude des uns fait écho à celle des autres, pour dévoiler les ressorts de la Crissante, qui casse la tête du peuple, lequel arrête de penser pour oublier.

Sur la route, nous faisons donc la connaissance avec « la meute des frousses à l’orée des bois », mais on croise aussi le Mégalo, « esclavagiste du genre humain et accessoirement chef d’orchestre des phénomènes cycliques et naturels », ou l’Enfant, « sentinelle qui n’a pas froid aux yeux », lueur d’espoir dans cette nef de fous. De station en station, les spectateurs suivent volontiers Jonas, guide précieux qui aide à dompter les angoisses. Si les flippés hurlent à la mort, lui gueule sa rage de vivre. Il nous détourne des voies d’égarement, ouvre des portes. Les enfants, nombreux ce soir-là, lui collent aux basques, et tous, nous ouvrons nos écoutilles, les narines dilatées au vent, de la pinède jusqu’au rivage.

Une échelle tendue vers les étoiles

Et si on rêvait plutôt que d’attendre la fin du monde ? Si on vivait au lieu de se laisser mourir ? Les acteurs jouent entre les arbres, avec le sable et la mer, ils s’en donnent à cœur joie comme des gamins à qui on aurait autorisé tous les délires : dessins mystiques sur le sable, tyrolienne ingénieuse, lanternes magiques dans le ciel… Peu d’accessoires pourtant : une boîte aux lettres, un château de sable, une échelle, mais de nombreuses belles idées qu’il serait dommage de dévoiler ici. La mise en scène use de procédés cinématographiques, cadre, profite d’une clairière, d’un dénivelé, de la profondeur de champ. Quelle merveilleuse expérience de passer ces portes symboliques jusqu’à ce que la scène s’ouvre vers l’infini, avec le coucher de soleil en arrière-plan !

Bien que parfois obscur, le texte comporte des envolées lyriques qui ne sont pas pour déplaire. Surtout ici, dans ce cadre enchanteur. Le livreur de nuages, le remplisseur de mer, le sculpteur de rochers sont inoubliables. Certaines images, très poétiques, resteront gravées dans la mémoire, notamment le final. C’est maintenant la pénombre. Le temps de brancher les projecteurs de théâtre… pour pousser la chansonnette. D’ailleurs, la musique est très importante dans le spectacle. Le chanteur du tube hygiénique de l’été, alias Clément Boucan et ses Clémentines, sont formidables. Après la musique des mots, celle des voix. Il ne manque que des guirlandes tendues entre les astres.

« Il est grand temps de rallumer les étoiles », écrivait Guillaume Apollinaire. En faisant fuir nos peurs, le Marlou, lui, éclaire nos vies. Pour l’admettre, il suffit de voir les étincelles dans les yeux des spectateurs. 

Léna Martinelli


La Lune a braqué sa chaloupe, de Marion Delplancke, Malou Delplancke, Marie Nicole

Marlou Théâtre • 7, rue de la Citadelle • 85350 L’Île-d’Yeu

06 87 10 03 01

Site : http://marloutheatre.wix.com/yeu

Courriel : marloutheatre@gmail.com

Mise en scène : Marion Delplancke, Malou Delplancke, Marie Nicole

Avec : Marion Delplancke, Malou Delplancke, Marie Nicole

Scénographie : Anne-Gaëlle Champagne

Chansons et musique : Clément Bertrand

Plage des Sapins • 85350 L’Île-d’Yeu

Dans le cadre de « La Semaine du Marlou à L’Île-d’Yeu »

Réservations : 02 51 58 32 58

Site : www.ile-yeu.fr

Du 1er au 4 août 2014, à 20 h 30, relâche le samedi 2 août

Durée : 1 h 20

10 €

À partir de 7 ans

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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