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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 17:43

Relais et châteaux


Par Michel Dieuaide

Les Trois Coups.com


Parce qu’il a gardé un fort souvenir en tant que spectateur de « la Locandiera »montée par Jacques Lassalle à la Comédie-Française, et parce qu’il avait le désir depuis longtemps de travailler avec Dominique Blanc, le metteur en scène Marc Paquien a concocté une nouvelle version de la comédie de Carlo Goldoni, créée par son auteur à Venise en 1753.

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« la Locandiera » | © Pascal Victor

La représentation se déroule en un lieu unique. Un vaste mur peint flanqué d’une porte étroite, un parquet. Au fil des trois actes, l’action dramatique évolue dans une auberge florentine, que le déplacement de quelques meubles (sièges, tables et paravent) par les comédiens transforme en salle commune, chambre ou buanderie. Les costumes et accessoires servent aussi à indiquer que la comédie se passe au xviiie siècle. L’ensemble est assez chic pour que soit justifié que la clientèle se compose essentiellement d’aristocrates plus ou moins argentés. Mirandolina, maîtresse des lieux, en impose à tous par sa vivacité d’esprit et son sens des affaires.

Durant les vingt-quatre heures que dure l’intrigue, séjournent chez l’aubergiste trois nobles de rang différent (un chevalier, un marquis et un comte), deux comédiennes et deux valets. Au cœur des relations s’impose essentiellement à coups de mots la complexité des rapports amoureux hétérosexuels et des rivalités financières.

Mirandolina se veut libre à l’égard des hommes. Le Chevalier se définit comme un misogyne accompli. Le Marquis et le Comte, précieux et caricaturaux, incarnent de pâles séducteurs. Fabrizio, valet de l’auberge emprunté et colérique, attend qu’au final Mirandolina l’épouse comme elle l’a promis à son père. Les deux comédiennes, plus prostituées qu’artistes, rôdent autour des hommes pour améliorer leur ordinaire. Le valet du Chevalier, juvénile et enthousiaste, subjugué lui aussi par Mirandolina, apporte un peu de vie dans ce monde clos.

En résumé, cette comédie novatrice en son temps fait l’effet aujourd’hui d’une pièce de boulevard. Bons mots plus que situations dramatiques, jeu statique parfois ampoulé, dramaturgie pauvre, réduite à de la mise en espace. On cherche vainement pendant deux heures trente un point de vue, une prise de risque théâtral. Il faut tout le talent de Dominique  Blanc en Mirandolina et celui d’André Marcon en Chevalier, notamment dans le troisième acte, pour que ce bavardage ne sombre pas dans la plus grande platitude.

Maison de production

Une raison peut-être pour expliquer la déception engendrée par ce spectacle ? La Locandiera, bien que produite par la Cie des Petites-Heures, n’est pas le résultat du travail d’une compagnie. Ce que cherchent Les Petites Heures, qui se définissent elles-mêmes comme une « maison de production sollicitée par les plus grands théâtres de France, cherchant à s’associer à des évènements majeurs partout dans le monde », c’est à bien gérer une recette imparable de marketing artistique : une œuvre illustrissime, deux stars, un public conquis d’avance !

Résultat : un produit, pas une création. Dommage pour les comédiens, que consoleront les rires de spectateurs apparemment heureux de cette cuisine théâtrale sans épices. Pauvre Goldoni ! 

Michel Dieuaide


La Locandiera, de Carlo Goldoni

Traduction : Jean-Paul Manganaro

Mise en scène : Marc Paquien

Assistante à la mise en scène : Martine Spangaro

Avec :

– Dominique Blanc (Mirandolina)

– Anne Caillère (Dejanira)

– François de Brauer (le Marquis de Forlipopoli)

– Anne Durand (Ortensia)

– Gaël Kamilindi (Tonino)

– André Marcon (le Chevalier de Ripafratta)

– Pierre-Henri Puente (le Comte d’Albafiorita)

– Stanislas Stanic (Fabrizio)

Décor : Gérard Didier

Lumières : Dominique Bruguière

Costumes : Claire Risterucci

Perruques et maquillages : Cécile Kretschmar

Son : Xavier Jacquot

Chant : Anne Fisher

Accessoires : Georgie Gaudier

Assistante répétitrice : Pénélope Biessy

Assistante lumières : Cathy Pariselle

Assistantes décor : Émilie Jouve et Ophélie Mettais-Cartier

Régie générale : Pierre Gaillardot

Régie lumière : François Menou

Régie son : Patrice Fessel en alternance avec Pierre Chabaud

Régie maquillages et costumes : Nathy Polak

Construction du décor : La Manufacture-Alain Merlaud

Costumes hommes réalisés par Samy Douïb

Costumes femmes réalisés par Atelier Bas et hauts

Production Cie des Petites-Heures

http://compagniedespetitesheures.com/

cie.petites.heures@wanadoo.fr

Coproduction Théâtre de Carouge, Atelier de Genève, Théâtre de Caen, Scène nationale de Sète, La Coursive-La Rochelle, Théâtre des Sablons-Neuilly-sur-Seine, Comédie de Picardie-Amiens, Théâtre de Namur, Les Célestins-Lyon, Théâtre de Grasse

Avec la participation artistique de l’E.N.S.A.T.T-Lyon

Durée : 2 h 15 sans entracte

Tournée 2013 :

– Oyonnax, centre culturel Aragon, le 23 février

– Namur, Théâtre Royal, du 5 au 9 mars

– Istres, Théâtre de l’Olivier, le 12 mars

– Roanne, Théâtre, du 15 au 16 mars

– Villefontaine, Théâtre, du 19 au 21 mars

– Nîmes, Théâtre, du 25 au 27 mars

– Amiens, Comédie de Picardie, du 2 au 7 avril

– Saint-Étienne, La Comédie de Saint-Étienne, du 10 au 12 avril

– Caen, Théâtre, du 16 au 19 avril

– Noisy-le-Sec, Théâtre des Bergeries, le 21 avril

– Neuilly-sur-Seine, Théâtre des Sablons, du 23 au 25 avril

– Saint-Raphaël, Théâtre, le 30 avril

– Évreux/Vernon, Théâtre, le 4 mai

– Lyon, Les Célestins, du 7 au 19 mai

– Grasse, Théâtre, du 21 au 22 mai

– Nice, C.D.N., du 24 au 26 mai

– Saint-Maximin, La Croisée des arts, le 28 mai

– Toulon, Théâtre Liberté, du 30 au 31 mai

– Thonon, maison des Arts, le 4 juin

– Privas, Théâtre, le 7 juin

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

emmanuelle serrano 03/11/2013 11:18

Faut-il pour qu'une pièce de théâtre soit reconnue par un critique qu'il y ait à chaque fois une "prise de risque" ? A n'en pas douter, une version prise de tête avec des acteurs qui se roulent par
terre en éructant leur texte version Cour des Papes ferait un effet désastreux à n'en pas douter sur ce texte tellement...italien et universel néanmoins.

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