S’étaient-ils donné rendez-vous dans deux ans ? En tout cas, le collectif L’Avantage du doute retrouve le
Théâtre de la Bastille pour sa nouvelle création : « la Légende de Bornéo », un montage ludique sur le travail.
« la Légende de Bornéo » | © Pierre Grobois
On a une impression de familiarité en allant voir
la Légende de Bornéo. Mêmes comparses que dans
Tout ce qui nous reste de la
révolution, c’est Simon. Même volonté (tout au moins affichée) de s’engager. Même partage des tâches ? On aurait alors Simon Bakkhouche dans le rôle du père, à part,
résolument. Les filles aux engueulades et, entre elles, le jeune type (Nadir Legrand) en sandwich. Des sœurs encore une fois (mais pas uniquement). Une exaltée, une matérialiste et un
personnage de farce… Même le thème, le travail, semble découler de la réflexion menée sur l’héritage de 1968 dans le précédent spectacle.
Alors, récréative mais peu créative, cette
Légende de Bornéo ? En fait, il y aurait plutôt continuité entre les spectacles que pure reproduction. Ouf ! Et puis parler
du travail d’aujourd’hui, c’est de toute façon parler du travail autrement qu’en 1968. Car fini le taylorisme, voici l’ère du toyotisme, du management et fier de l’être, du plein chômage… Cette
actualité est même brûlante : ce n’est pas un hasard si le théâtre, à la Bastille ou au T.G.P., s’en empare.
Un puzzle impossible à reconstituer
Et le collectif possède sa manière toute particulière de prendre le sujet. Pas de vision, encore moins de thèse mais un kaléiodoscope de points de vue. Puzzle aux pièces manquantes, puzzle aux
pièces qui ne s’emboîtent pas les unes dans les autres. Alors, nous voici aux prises avec un couple travaillé par le boulot, avec un agent d’accueil du Pôle emploi, ou une dingue de Whitman.
Il ya des passages de lecture, et des passages de jeu, des moments de farce et des temps où le jeu semble plus naturel. Un prologue, un épilogue, des intermèdes. Et tout ça joue. Un peu
bordélique, peut-être mais délibérément. Ludique en tout cas : Simon Bakkhouche donne d’ailleurs la note en ouvrant le spectacle en bateleur, en ouvreur. Pour de vrai, pour de
faux ?
C’est encore une marque de fabrique que ce rapport incertain avec le réel. Simon parle de sa minable retraite de comédien. Judith Davis revendique sa liberté d’artiste. Les personnages
portent encore les noms de ceux qui les incarnent, et il paraît que le spectacle s’est échafaudé sur un matériau documentaire. Mais la fiction s’immisce à vue partout, de même que la distance
ironique avec le réel, avec le titre, avec le propos. Nous, on aurait bien aimé un discours plus incisif, plus critique encore. On croit peut-être davantage dans une possible narration
(contrairement à Benjamin ou Agamben cités dans le spectacle), ou dans la force du récit. Et d’ailleurs, on retiendra le récit que Simon fait d’un souvenir (fictif ?) de théâtre, celui qui
clôt le spectacle : simple et fort. Mais, comme le dit Simon, « faire un spectacle sur le travail, c’est compliqué ». On risque de faire rire, on risque de ne pas faire rire.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés
Et puis, il y a bien un propos sur le travail dans
la Légende de Bornéo, quelque chose qui transparaît derrière le bric-à-brac comique du spectacle et qui passe par le jeu. Le
travail est une maladie de la tête qui grignote le corps : somnambulisme sexuel, dyslexie corporelle, mots télécommandés qui sortent sans rapport avec un contexte. On a mal au travail, comme
on dit qu’on a mal à une partie du corps. Et cela, le théâtre le montre mieux que tout autre art. Et puis, de temps à autre, le sourire laisse place aux cris et le vernis se fendille sous les
immondices. Crise de nerfs familiale, où on insulte là où ça fait mal : « C’est facile d’ouvrir sa gueule quand on est dans le guignol », « Je suis pas un mendiant de l’État
comme toi ! ». Et là ça touche en plein dans le mille.
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Laura Plas
Les Trois Coups
www.lestroiscoups.com
La Légende de Bornéo, du collectif L’Avantage du doute
Cie L’Avantage du doute • 24, rue Simon-Bolivar • 75019 Paris
Mise en scène : L’Avantage du doute
Avec : Simon Bakhouche, Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas et Nadir Legrand
Théâtre de la Bastille • 76, rue de la Roquette • 75011 Paris
Site du théâtre :
www.theatre-bastille.com
Réservations : 01 43 57 42 14
Du 10 au 30 janvier 2012 à 19 h 30 (relâche les 14, 15, 16, 22, 23, 28 janvier 2012)
Durée : 1 h 20
24 € | 17 € | 14 € | 12 €
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