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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 18:10

Mourir à Venise et renaître

à Paris ?


Par Pedro-Octavio Diaz

Les Trois Coups.com


La dernière incursion italienne de la saison à l’Opéra de Paris voit le retour du couple Urmana-Alvarez dans un chef-d’œuvre bigarré et poignant. Après les manifestations du 1er mai, l’Opéra Bastille adopte le rouge et le noir des guerres sentimentales de la Venise de Véronèse.

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« la Gioconda » | © Opéra national de Paris / Andrea Messana

La Gioconda est un succès dès sa création au Teatro alla Scala de Milan en 1876. Ponchielli a composé sans le savoir un « tube » dans cet opéra : la célèbre « Danse des heures » du troisième acte, que Walt Disney immortalisa avec force pachydermes et autruches à tutu dans une scène du Fantasia de 1940. La Gioconda est le chef-d’œuvre d’Amilcare Ponchielli et constitue sans aucun doute le chaînon parfait entre l’opéra romantique et le vérisme. D’ailleurs, Ponchielli fut le professeur et mentor des grands maîtres du vérisme : Giacomo Puccini et Pietro Mascagni.

Pour cette Gioconda, Nicolas Joël, directeur de l’Opéra national, reprend la mise en scène de Barcelone et Madrid. Pier Luigi Pizzi, grand maître du tableau vivant, nous offre une Gioconda épurée et puissante. Il joue avec les contrastes de couleurs et de lieux. Des costumes chatoyants rappellent la palette du Tintoret, de Véronèse ou de Gentileschi brossant un décor où les ponts de Venise deviennent des escaliers majestueux de la ca’ d’Oro et les tombeaux de la Giudecca. Il déploie la noirceur de l’œuvre et la schizophrénie vénitienne entre le divertissement et la mort. Nous saluons notamment la très belle prestation des solistes de la célèbre « Danse des heures » : Letizia Giuliani et Angel Corella. Une très belle mise en scène en définitive.

Quelques moments magiques

La Gioconda est un rôle de grande cantatrice, Callas en fit le tout premier rôle de sa carrière. Rôle idéal, en principe, pour Violeta Urmana qui est une spécialiste du genre. La voix est parfaite techniquement, mais l’investissement émotionnel est absent. La chanteuse peine à réellement s’identifier avec cette femme populaire, terrienne, excessive. Elle ne fait que nous convaincre de ses prouesses techniques, mais coupe toute communication avec la salle. Cependant, quelques moments magiques ont largement contribué à confirmer le talent de Mme Urmana, notamment son « Ridarti il sol, la vita » et son air final, qui sont particulièrement réussis.

L’Enzo Grimaldo de Marcelo Alvarez est techniquement irréprochable, mais, n’en déplaise aux obsédés de la technique, aucune nuance ne se dégage de son interprétation. Il tombe dans tous les travers des « ténors à stade » : exagération gestuelle, manque de prosodie et maladresse ornementale. M. Alvarez est une caricature, il chante Enzo Grimaldo sans aucun véritable sens du personnage.

Dépassée par la partition

Luciana D’Intino en Laura est assez médiocre, et son mezzo ne trouve pas réellement sa place. Elle est totalement dépassée par la partition. Tout aussi fade, l’Alvise d’Orlin Anastassov ne profite pas de l’ampleur dramatique de son personnage.

Claudio Sgura incarne, lui, un Barnaba idéal avec un réel sens dramatique couplé d’une prosodie parfaite. Son timbre lui assure une caractérisation idéale pour ce rôle. Tout aussi bien, la Cieca de Maria José Montiel possède un grain de voix à la fois velouté dans les graves et brillant dans l’aigu. Dans le tout petit rôle de Zuane, Damien Pass est une véritable révélation tant dramatique que musicale.

Ce n’est pas suffisant

Les chœurs de l’Opéra de Paris, la maîtrise des Hauts-de-Seine et le chœur d’enfants de l’Opéra de Paris ne sont pas totalement à leur avantage dans des passages souvent chantés en coulisses.

Daniel Oren revient en force dans la fosse de Bastille à la tête de l’orchestre de l’Opéra de Paris. L’agitation du chef semble donner un souffle énergique à un orchestre souvent conservateur et lourd, mais ce n’est pas suffisant. M. Oren ne réussit pas à accorder l’orchestre et la scène. Ce qui pourrait être un coup de poing musical et dramatique devient donc un désaccord continu. 

Pedro-Octavio Diaz


La Gioconda, d’Amilcare Ponchielli

Drame en quatre actes, livret d’Arrigo Boito

Ouvrage chanté en italien, avec surtitres en français

Orchestre et chœur de l’Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris

Direction musicale : Daniel Oren

Chef de chœur : Patrick-Marie Aubert

Mise en scène, décors et costumes : Pier Luigi Pizzi

Avec : Violeta Urmana (la Gioconda), Marcelo Alvarez (Enzo Grimaldo), Luciana D’Intino (Laura), Orlin Anastassov (Alvise), Claudio Sgura (Barnaba), Maria José Montiel (la Cieca), Damien Pass (Zuane), Letizia Giuliani et Angel Corella (solistes danseurs)

Costumes de la Fondation des Arènes de Vérone

Lumières : Sergio Rossi

Chorégraphie : Gheorge Iancu

Coproduction Grand Théâtre du Liceu à Barcelone et Teatro Real de Madrid

Opéra Bastille • place de la Bastille • 75012 Paris

Réservations sur le site de l’Opéra de Paris : http://www.operadeparis.fr/

Du 2 mai au 31 mai 2013 à 19 h 30

Durée : 3 h 50 avec deux entractes

De 5 € à 180 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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