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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 19:28

La Compagnie Marius s’enlise


Par Marie-Christine Harant

Les Trois Coups.com


Quel plantage ! Quelle déception ! « La Force de l’habitude », de Thomas Bernhard, revue et corrigée par la Compagnie Marius est certainement la plus grande déception de la saison pour les spectateurs de la Scène nationale de Sète. Très attendus, les comédiens flamands sont passés à côté de la tragi-comédie de l’auteur autrichien.

Waas Gramser et Kris Van Trier ont l’habitude de jouer hors les murs dans des décors naturels, où ils plantent leur tribune en demi-lune et quelques accessoires. Ils ont créé ainsi un théâtre de tréteaux, minimaliste et populaire, le plus souvent accompagné d’un évènement social : partager un repas ou boire un verre ensemble. On se souvient de la Trilogie de Pagnol, présentée sur le môle Saint-Louis à Sète, avec vue sur la mer où volaient les mouettes. Un spectacle merveilleux, une réussite totale. Le bonheur de découvrir un univers. Manon et Jean de Florette, proposé l’année suivante dans les garrigues de la Gardiole entre Sète et Montpellier avaient conforté le public dans son engouement. Mais Pagnol n’est pas Thomas Bernhard : l’auteur français n’a ni la cruauté ni la férocité de l’Autrichien. Le jeu faussement bon enfant, qui caractérise la Compagnie Marius, ne s’accorde pas à la méchanceté de la Force de l’habitude.

force-de-lhabitude

« la Force de l’habitude »

La pièce montre les artistes d’un petit cirque, dirigé par le despote Garibaldi, répétant inlassablement la Truite de Schubert. Après vingt années de répétitions, ils n’ont pas réussi à interpréter le morceau jusqu’à la fin. C’est que, comme la truite, ils nagent à contre-courant. C’est aussi ce que font les comédiens belges : ils ne parviennent pas à s’approprier l’univers de Bernhardt. On a l’impression qu’ils font tout pour ne pas y parvenir. Dans une première version du spectacle, vue par les diffuseurs, Waas Gramser jouait Garibaldi avec ses camarades devant leur camion. Dans la nouvelle version, le comédien, metteur en scène et adaptateur, a souhaité se débarrasser des instruments de musique. Exeunt camion, violoncelle, violon et piano, remplacés par un jerrican et son écouvillon, symbolisant la contrebasse : c’est tout, c’est peu. Les comédiens s’enlisent. Leur générosité qu’on aimait tant a totalement disparu. On a parfois l’impression qu’ils se demandent ce qu’ils font là. Pour tromper l’ennui, Kris Van Trier va se soulager dans les marais, tandis qu’un autre comédien écrit en lettres de bois : « La réussite de la représentation culmine à la représentation de l’échec ». On rit jaune.

L’écriture de la Force de l’habitude joue avec les répétitions d’un thème comme une partition musicale. Là encore, subies par les acteurs, ces répétitions deviennent un pensum pour le public, on n’entend pas les mouvements. Où sont passés l’allegro, l’andante, le scherzo ? Et ce n’est pas le court intermède de l’âne qui sauve la représentation. Cet âne composé d’une défroque portée par deux comédiens qui se détachent et se mettent à danser. Dans ce tableau, on retrouve un peu d’inspiration. On s’interroge pendant une heure et demie sur les intentions du metteur en scène. On est convaincu dans ce cas précis que le mieux est ennemi du bien et que ce travail fait mentir la devise c’est en forgeant qu’on devient forgeron. La Compagnie Marius vaut bien mieux que cet indigente course à la perfection, et son public l’attend dans son retour à Pagnol annoncé la saison prochaine. 

Marie-Christine Harant


La Force de l’habitude, de Thomas Bernhard

Compagnie Marius • Maria Henriëttalei 65 • 2660 Hoboken • Belgique

32 3 827 91 81

www.marius.be

info@marius.be

Traduction, mise en scène, jeu : Waas Gramser, Kris Van Trier, Marie Bos, Benny Claessens, Eline Kuppens

Création costumes : Thijsje Strypens

Décors : Koen Schetske

Crique de l’Angle • 34540 Balaruc-le-Vieux

Réservations : 04 67 74 66 97

Du 25 au 30 mai 2010 à 20 h 30, mercredi à 19 heures, dimanche à 12 heures

Durée : 1 h 30

15 € | 13 € | 12 € | 8 €

Tournée :

– 2 au 4 juin 2010, Scène nationale du Petit-Quevilly

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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