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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 22:10

Une faim de clown


Par Delphine Padovani

Les Trois Coups.com


Au Théâtre Jean-Vilar, trois clowns font un pied de nez rouge à la misère.

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« la Fascination du désastre » | © Laurence Guillot

Le rideau s’ouvre sur une décharge à ciel ouvert. Marcel s’y est établi un campement de fortune. Espérance rôde autour depuis longtemps déjà, sans oser s’y installer. Quant à Antigone, on vient tout juste de l’y jeter, avec quelques ordures ménagères.

La Fascination du désastre raconte la rencontre de trois clowns, qui acceptent de partager cet endroit « dégueulasse », selon les mots d’Antigone, malgré d’incessantes chamailleries. Conjuguant les traits de l’enfance avec ceux de la marginalité, ils multiplient les jeux et les bagarres, pour oublier qu’il fait froid, faim et soif. Ils y parviennent si bien que leur imagination leur donne des ailes et nous met du baume au cœur.

Le spectacle fait explicitement référence au « tramp », vagabond immortalisé par Charlie Chaplin. Bien sûr, la performance des interprètes n’est pas millimétrée comme celle des artistes du cinéma burlesque du début du xxe siècle, art vivant oblige. Sur scène, impossible de multiplier les essais pour atteindre la perfection. Difficile aussi d’obtenir une illusion semblable à celle du grand écran. Au jeu des comparaisons entre les clowns et Charlot, Estelle Beugin, Alexandre Demay et Adèll Nodé-Langlois laissent forcément quelques plumes. Mais, à défaut d’être exceptionnels, ils se montrent énergiques, malins et touchants.

Les clins d’œil un peu brouillons aux scènes classiques de courses-poursuites et de luttes sont largement contrebalancés par des séquences originales, inspirées par les personnalités de Marcel, Espérance et Antigone. Pour notre plus grand plaisir, les figures imposées du comique de situation sont court-circuitées par l’esprit de l’escalier des clowns, assaillis par dix bonnes idées et autant de mauvaises à la minute.

La parole et le chant viennent aussi parfois à la rescousse des trois énergumènes, pour les libérer du canevas burlesque et les transporter en terrain plus poétique. On peut regretter qu’Antigone ait la langue bien pendue. On apprécie tout de même les moments parlés, qui permettent souvent à l’action de progresser et donc au jeu scénique de se renouveler.

Composée de matériaux de récupération, la scénographie donne vraiment à voir un dépotoir, que les clowns métamorphosent en nid presque douillet, à l’image de rongeurs ou d’oiseaux bricoleurs. En charriant les cartons, les journaux, les bâches en plastique et les appareils défectueux d’un bout à l’autre du plateau, ils ravivent notre attention. Les éléments fixes du décor sont aussi bien exploités. La clôture électrique, le lampadaire et le conduit par lequel arrivent des déchets tout au long de la représentation forment avant tout un cadre authentique, néanmoins très esthétique. De plus, ce sont de bons supports aux numéros physiques, sources de rires et de sens.

Les effets visuels sont soulignés par de beaux éclairages et par une bande sonore mêlant bruitages et mélodies d’ambiance, aux notes plutôt rock. Assez démonstratif, le résultat conviendrait sans doute mieux à la piste d’un chapiteau qu’à la scène du théâtre. Mais, finalement, le recours un peu excessif aux contrastes lumineux ainsi qu’à la musique s’accorde avec l’univers des clowns, toujours prêts à dépasser les bornes.

La fable sans prétention qui se déploie dans la Fascination du désastre donne à ce spectacle une réelle unité. Intelligente, sensible et drôle, elle n’est pas un vulgaire prétexte à la rencontre de Marcel, Espérance et Antigone, mais l’occasion pour chacun de s’épauler – quitte à se donner quelques coups de coudes – pour faire un sacré croche-patte à la solitude. 

Delphine Padovani


La Fascination du désastre, d’Estelle Beugin, Alexandre Demay et Adèll Nodé-Langlois

Atelier 29 – Adèll Nodé-Langlois

Site : www.antigone-clown.com

Courriel : antigone.clown@yahoo.fr

Direction artistique : Adèll Nodé-Langlois

Direction de jeu clownesque : Carina Bonan

Mise en scène : Alberto Garcia Sanchez

Avec : Estelle Beugin, Alexandre Demay et Adèll Nodé-Langlois

Création musicale : François Pernin

Création lumière : Dorothée Lebrun

Régie générale : François Pernin

Construction décor : Franck Royer et Ingo Groher

Patine décor et accessoires : Cécile Chevalier

Costumes : les clowns et Odile Marti

Théâtre Jean-Vilar • 155, rue de Bologne • 34080 Montpellier

– Tramway : ligne 1, arrêt Halles-de-la-Paillade

Réservations : 04 67 40 41 39

Site du théâtre : http://theatrejeanvilar.montpellier.fr

Jeudi 14 et vendredi 15 mars 2013 à 20 heures

Durée : 1 h 30

15 € | 11 € | 5 €

Tournée :

– Les 21 et 22 mars 2013 : Manège de Reims

– Le 4 avril 2013 : Théâtre Mansart, Dijon

– Le 5 avril 2013 : centre culturel L’Abreuvoir, Salives

– Les 12 et 13 avril 2013 : Le Samovar, Bagnolet

– Du 28 au 30 juin 2013 : festival Le Mans fait son cirque, Le Mans

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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