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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 15:55

La Fabrique : réussite artistique et populaire ou constat d’une mort programmée ?


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Il est des actions artistiques et culturelles qui ancrent une volonté de partage, de plaisir en commun sur un territoire et l’enrichissent du terreau fertile de la création partagée. « La Fabrique » initiée par la direction du Théâtre Théo-Argence de Saint-Priest est de celles-ci. Elle tire pourtant aujourd’hui sa révérence. En effet, il a été décidé par la municipalité actuellement en place qu’elle ne serait pas reconduite pour la saison prochaine. Retour sur un projet pas comme les autres, car résolument tourné vers l’humain.

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« les Feux de poitrine » | © Nosjean

Depuis son arrivée à la direction du Théâtre Théo-Argence de Saint-Priest et dans la continuité du travail en faveur des écritures contemporaines (qu’elle mène depuis plus de vingt ans avec sa compagnie Ariadne [ici et ici]), Anne Courel n’a cessé d’aller à la rencontre des gens, de tisser des projets originaux et exigeants, parmi lesquels figure celui de La Fabrique. Mais au juste, qu’est-ce que La Fabrique ?

C’est à partir de 2010 qu’une équipe artistique associée au projet du théâtre, composée de comédiens et d’auteurs, s’est lancée sur le territoire san‑priot à la rencontre des habitants (écoles, C.C.A.S., usines, lycées, maisons de quartier…). De ce travail de fourmi sont nés des ateliers hebdomadaires et des passerelles impliquant plus d’une centaine de participants à travers tout un travail de découverte et d’échange. Il en résulte chaque année une création partagée autour des écritures théâtrales contemporaines portée à la scène.

En effet, La Fabrique (en plus d’être un centre de ressources pour écritures contemporaines) n’est rien de moins qu’un espace participatif. Ici, loin d’être un simple objet de consommation réservé à une poignée d’individus, la culture pour tous prime sur la culture pour chacun. Tous ont une place, un rôle à tenir selon la diversité des envies et des caractères. Le plaisir, le partage et la découverte, valeurs fortes deviennent alors contagieuses au point de se répandre partout dans la ville, au plus près de ses habitants à travers des projets hors les murs, des ateliers, stages d’écriture, de jeu.

Une création partagée

Ainsi, mardi 17 juin à l’occasion des fêtes de saison comme l’avaient été les années antérieures Alice pour le moment de Sylvain Levey [ici, ici, ici ici et ici] et Pulvérisés d’Alexandra Badea, c’est un texte du jeune auteur très en vue Mariette Navarro qui a pu être monté et présenté sur la scène de Théo-Argence : les Feux de poitrine (quatre fêtes pour rester vivants). Cette création partagée est l’aboutissement d’un an de travail collectif comptant plus de 200 personnes sur le thème « Bonheurs : clic(s) et déclic(s) ». Ici, c’est près d’une cinquantaine de participants tous âges confondus qui durant une heure ont donné corps au texte à travers quatre histoires courtes ayant en commun la notion de chaleur, de celle qui réchauffe l’âme et le cœur.

Au-delà de son succès et preuve de sa qualité, de sa dimension professionnelle et à la manière des précédentes créations initiées par La Fabrique, les Feux de poitrine devaient donner lieu à une série de dates dans diverses structures. Il n’en sera finalement rien, la municipalité en place en a décidé autrement.

Peut-on aujourd’hui décemment considérer des projets d’action culturelle et populaire œuvrant en faveur du partage et de la mixité sociale, dont fait partie La Fabrique, comme « élitistes » ? Et, dans ce cas, quelles valeurs faire porter au spectacle vivant et plus généralement à la culture ? Autant de questions qui demeurent malheureusement sans réponse à ce jour à Saint-Priest.

En quelques chiffres, La Fabrique sur la saison 2013-2014, c’est :

– 12 comédiens.

– 6 auteurs associés.

– des projets dans 15 classes de primaire, 8 classes de collège et 5 classes de lycée.

– 7 ateliers gratuits ouverts à tous : enfants, ados, adultes ou intergénérationnel.

– 3 stages.

– 1 centre de ressources sur les écritures contemporaines.

– 5 rendez-vous de La Fabrique, 2 journées de rencontres appelées « bocal », environ 120 heures de répétitions.

– environ 1 000 personnes approchées via une action autour d’un texte, d’un auteur, d’un spectacle.

– + de 200 participants au projet « Bonheur(s) : clic(s) et déclic(s) », dont 48 amateurs sur scène pour le spectacle les Feux de poitrine (quatre fêtes pour rester vivants), commande faite à Mariette Navarro et 30 amateurs dans les satellites (petites formes de 7 minutes sur le bonheur présentées en amont du spectacle).

– 16 artistes professionnels impliqués dans cette création partagée. 

Élise Ternat


http://www.theatretheoargence-saint-priest.fr/

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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