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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 15:00

Une « Fabricca » de belle Manufacture


Par Marie-Christine Harant

Les Trois Coups.com


Quelle belle surprise que cette « Fabricca », vue un peu par devoir. En effet à trop ingurgiter des pièces militantes et politiquement correctes, on est gagné par la surdose et la lassitude. Grâce à Charles Tordjman et à sa superbe adaptation du roman épistolaire d’Ascanio Celestini, la classe ouvrière monte au paradis, le spectateur aussi. Un oratorio épique époustouflant.

Le thème est celui qui continue à faire régulièrement la une du « 20 heures », par ce qui est hélas presque quotidien. Une fermeture d’usine en Italie, comme il y a eu en Lorraine, comme il y en aura encore dans le Nord et un peu partout dans l’Europe. Des hauts-fourneaux qui se taisent pour toujours. Des ateliers qui partent en pièces détachées quelque part en Asie. Des ouvriers au chômage, désespérés puisque, avec la fermeture de l’usine, c’est toute leur vie qui s’arrête, la leur, celle de leurs enfants, de leurs pères et de leurs ancêtres. Voilà ce que raconte la Fabricca. Un beau sujet grave.

Un oratorio païen

En partant de ce matériau, Ascanio Celestini a eu l’idée d’écrire un roman épistolaire fascinant, aisément transformable en bouleversant monologue de théâtre. L’ouvrier raconte à sa mère sa vie à l’usine : Fausto, le chef à qui il manque une jambe ; Paride Pietrasanta, le patron qui rêve de grandeur ; Assunta, belle comme une madone et son lourd secret ; la montée du fascisme ; la Grande Guerre ; la fin de l’usine. L’écriture poétique, imagée, porte en elle une musicalité proche de celle d’un oratorio païen, proche de la tragédie antique.

fabbrica mario-del-curto

« la Fabricca » | © Mario Del Curto

C’est une manne pour Tordjman, qui a exploité cette particularité d’une façon lumineuse. Le metteur en scène a demandé à Giovanna Marini de composer des chansons. Un trio intervient. Tel un chœur de polyphonies, il reprend les épisodes. Idée géniale pour dédramatiser la situation au premier degré et l’élever au niveau d’une épopée tragique. Sandra Mangini, Germana Mastropasqua et Xavier Rebut, dont les tessitures se mêlent ou se séparent selon les scènes, transportent le public vers des sphères sublimes. Autre excellente idée de Tordjman : celle de faire dire le monologue par deux comédiens, un homme et une femme, Serge Maggiani et Agnès Sourdillon, tous deux excellents. Leur duo donne au récit sa théâtralité et valorise la musicalité de la langue.

Les derniers éléments de cette réussite totale, et non des moindres, sont les éléments techniques de la création, tous de grande qualité. En premier lieu, la scénographie de Vincent Tordjman : une immense verrière inclinée sur un sol minéral ; derrière elle, des passerelles et un écran, où l’on voit surgir la bouche béante du haut-fourneau qui se transforme en paysage minier (magnifique vidéo de Jérôme Vernez). On croit voir aussi des nuages emportés par le souffle du vent (lumières de Christian Pinaud, elles aussi superbes). Cet univers étrange, totalement irréaliste, nous renvoie cependant à celui de l’usine dont il s’inspire, notamment par la couleur, toutes les nuances du gris : celui du fer et de l’acier, des fumées, des visages barbouillés de limaille. Le son, créé par Ludovic Glulielmazzi imite, lui, les ronflements des machines, les crissements, et tous les bruits induits par la sidérurgie lourde. Là encore, le vacarme assourdissant devient une musique lancinante. Et, enfin, on n’oubliera pas la lumineuse simplicité des costumes, ceux de Cidalia Da Costa, dans des camaïeux de noir et de gris, intemporels. 

Marie-Christine Harant


La Fabricca, d’Ascanio Celestini

Théâtre de la Manufacture • 10, rue du Baron-Louis • 54014 Nancy

03 83 37 42 42 | télécopie : 03 83 37 18 02

www.theatre-manufacture.fr

public@theatre-manufacture.fr

Mise en scène : Charles Tordjman

Avec : Serge Maggiani, Agnès Sourdillon

Trio de chanteurs : Sandra Mangini, Germana Mastropasqua, Xavier Rebut

Chansons : Giovanna Marini

Scénographie : Vincent Tordjman

Création costumes : Cidalia Da Costa

Création lumière : Christian Pinaud

Théâtre des Treize-Vents • domaine de Grammont • 34000 Montpellier

Réservations : 04 67 99 25 00

Du 1er au 4 décembre 2009, les mardi, mercredi, jeudi à 19 heures, le vendredi à 20 h 45

Durée : 1 h 40

21 € | 14 € | 11 €

Tournée

– 9 au 23 décembre 2009, Nancy

– 5 au 16 janvier 2010, Paris, Théâtre de la Ville (Abbesses)

– 19 janvier 2010, Verdun

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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