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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 18:42

Un marivaudage oriental

 

Depuis Molière, la condition féminine et les mariages arrangés ont inspiré plus d’un écrivain. Aujourd’hui, Raymond Acquaviva choisit de donner une nouvelle dimension à « la Double Inconstance » de Marivaux et d’ancrer la scène dans un monde musulman sans pour autant changer un mot du texte d’origine.

 

Le rideau ne se lève pas, et contrairement à nos attentes, nous entrons dans une salle à l’ambiance orientale où deux femmes voilées attendent patiemment. Elles sont au service de Sylvia, une paysanne que le prince a décidé épouser malgré les refus de celle-ci, et répondront à toutes ses requêtes. L’intrigue, comme celle de tout classique, est connue, et le dénouement lui-même se lit dans le titre. Pourtant, Raymond Acquaviva parvient à renouveler cette pièce sans modifier son essence.

 

Ainsi, les sens du spectateur le transportent au Moyen-Orient. La vue, l’ouïe, l’odorat, tous sont sollicités par les décors, la musique ou même les effluves d’encens. D’abord décontenancé par cette transposition, on constate rapidement qu’une dimension supplémentaire est donnée à la pièce. En effet, celle-ci ne fait que trop bien écho aux enlèvements et mariages forcés que l’on attribue trop souvent à la religion musulmane. Pourtant, on pourrait espérer plus de ce parti pris qui ne semble pas aller au bout des possibilités offertes. Mais peut-être n’est-ce qu’un moyen d’offrir au public la possibilité de tirer lui-même ses conclusions.

 

Par ailleurs, si la pièce originale semble fortement ancrée dans la tradition de la commedia dell’arte (ne serait-ce que par le nom du protagoniste : Arlequin), la mise en scène de Raymond Acquaviva s’en éloigne en l’inscrivant dans un sultanat imaginaire. En revanche, la vivacité et les manières candides qui ont fait la renommée d’Arlequin au xviiie siècle sont parfaitement maîtrisées par Victorien Robert, qui insuffle énergie et sincérité à son personnage. La pièce semble reposer sur ses facéties, son innocence et son franc-parler, alors que le personnage de Sylvia manque d’assurance et se refugie trop facilement dans une colère protectrice qui paraît parfois superficielle. On aurait aimé plus de nuances dans ce personnage, qui oscille entre révolte légitime et désespoir sincère.

 

L’intrigue est, elle, parfaitement ficelée par Marivaux : l’amour des jeunes protagonistes est condamné dès la première réplique, aucune échappatoire n’est possible, tout est planifié pour satisfaire le prince. Ces calculs froids des personnes de pouvoir sont valorisés par le dispositif scénique, qui révèle parfaitement les manipulations dont le peuple est victime. Ici, l’adage « Les murs ont des oreilles » est particulièrement pertinent. Les murs ne sont que des toiles de tentes orientales, et l’espionnage n’en est que plus simplifié. En effet, grâce à un jeu sur les lumières, Raymond Acquaviva crée deux espaces distincts, entre lesquels la frontière est poreuse. La tente se révèle n’être qu’un voile qui permet de voir sans être vu, de manipuler le peuple à volonté et d’assurer la victoire du prince. Les sujets ne sont plus que des pantins, et toutes les ficelles sont entre les mains du souverain.

 

Ainsi, portée par le personnage d’Arlequin, la Double Inconstance au Sudden Théâtre propose une mise en scène contemporaine d’une pièce classique qui n’a rien perdu de son actualité. C’est sûrement grâce à cette qualité, d’ailleurs, que réside sa longévité, et on ne peut qu’espérer qu’elle continuera à être adaptée et réadaptée à l’avenir. 

 

Noémie Doutreleau

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Double Inconstance, de Marivaux

Mise en scène : Raymond Acquaviva

Assistante à la mise en scène : Élise Noiraud

Avec : Lise Akoka, Anaïs Laforet, Élise Noiraud, Julie Ralu, Thomas Nucci, Bastien Desteuque, Blaise Poujade, Victorien Robert

Sudden Theatre • 14 bis, rue Sainte-Isaure • 75018 Paris

Réservations : 01 42 23 27 67

Du 9 novembre au 22 décembre, les lundi, mardi et jeudi à 21 heures

Durée : 2 h 10

20 € | 17 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

SPECTATIF 21/02/2010 10:15



Hors-jeu théâtral !


Marivaux au 1er degré ? La Double Inconstance une farce ? Il faudrait le voir pour le croire ! et bien j'ai vu et je n'y ai pas cru un instant ! Carton jaune !C'est un parti pris qui frise le
contre-sens : La dérision fine et nuancée de Marivaux devient grossière par trop forcée. Les répliques affutées deviennent des interjections de clown. Le tout est grotesque et "hors-jeu". La mise
en scène n'est pas inventive mais inventée, au sens où elle ne sert pas la pièce mais des effets. Les comédiens sont enthousiastes mais peut-être mal distribués (la classe du "serviteur" pourrait
faire un chouette "prince"). C'est souvent sous ou surjoué ( Le "prince amoureux" n'est-il pas Prince et Amoureux ? "Syvia" est-elle si vulgaire chez Marivaux ?). Pourtant des rires dans la salle
! après les effets comiques appuyés. Désolé, je n'ai pas mais vraiment pas aimé. Euh, carton rouge !



SPECTATIF 28/12/2009 08:38


Marivaux au 1er degré ? La Double Inconstance une farce ? Il faudrait le voir pour le croire ! et bien j'ai vu et je n'y ai pas cru un instant ! C'est un parti pris qui frise le contre-sens : La
dérision fine et nuancée de Marivaux devient grossière par trop forcée. Les répliques affutées deviennent des interjections de clown. Le tout est grotesque et "hors-jeu théâtral". La mise en scène
n'est pas inventive mais inventée, au sens où elle ne sert pas la pièce mais la recherche d'effets. Les comédiens enthousiastes sont peut-être mal distribués (la classe du "serviteur"
aurait pu faire un "prince" convainquant). C'est souvent sur ou sous joué ("Syvia" est-elle si vulgaire chez Marivaux ? Le "Prince amoureux" n'est ici ni Prince ni Amoureux !).
Pourtant quelques rires dans la salle ! après les effets comiques appuyés. Désolé mais adapter un classique (c'est souvent fait et de façon parfois heureuse) ce n'est surtout pas le dénaturer
or ici nous n'avons plus ni la finesse du texte, ni les nuances des sentiments et encore moins l'élégance de Marivaux. - vu le 22 décembre 2009 -


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