Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 10:28

Les secrets de L’Entreprise

 

Pour conclure en beauté trois années de collaboration avec le domaine d’O, François Cervantès dévoile sa toute dernière création, « la Distance qui nous sépare ». Le répertoire de L’Entreprise est riche d’un nouveau spectacle, subtil et déroutant.

 

distance-qui-nous-separe-615 christophe-raynaud-de-lage

« la Distance qui nous sépare » | © Christophe Raynaud de Lage

 

Entrer dans la salle, prendre place parmi des spectateurs nombreux et plutôt joyeux, ordonner ses prospectus, plier sommairement sa veste, adresser un sourire courtois à ses proches voisins de rangée. Sans transition, être surpris par l’entrée en scène légère et synchrone de cinq acteurs en habits quotidiens, déclinant tour à tour leurs véritables noms et prénoms. Comprendre que les merveilleux costumes, masques et maquillages de la compagnie resteront ce soir en coulisses, accepter la nouvelle gageure de L’Entreprise : gratter le personnage pour trouver l’être humain.

 

La Distance qui nous sépare rassemble des fragments de la vie personnelle et familiale de Dominique Chevallier, Nicole Choukroun, Catherine Germain, Stephan Pastor et Laurent Ziserman. À travers des confidences savamment écrites, agencées et mises en scène par François Cervantès, nous voguons de l’Orient à l’Occident, de la campagne à la ville et de l’école au théâtre. Les parcours intimes entrent progressivement en résonance, pour esquisser l’histoire et la géographie de notre pays.

 

Dans l’aire de jeu définie par les acteurs sous la houlette de l’auteur-metteur en scène, on peut à loisir convoquer les morts et les absents pour obtenir enfin les conversations qui n’eurent jamais lieu. Pour le plus grand bonheur des spectateurs, on peut aussi composer des ancêtres approximatifs, non pas tels qu’ils furent mais tels qu’on les imagine. Enfin, on peut s’inviter dans chaque famille pour reconstituer des scènes qui s’évanouissent aussitôt, selon une logique et une chronologie aléatoires. Par contre, on ne peut en aucun cas tricher avec soi‑même, avec ses pensées inavouables et ses gestes indicibles.

 

Faire éclater le rire

Ici, la liberté et la crudité de l’enfance fournissent un modèle d’interprétation pertinent et très efficace. Envahis par leurs souvenirs, les acteurs s’expriment sur un ton monocorde et se tiennent face au public comme s’ils rêvaient éveillés. Traversés par des images et des émotions qui nous échappent, ils s’entraînent mutuellement dans de petites rondes dansées et passent du coq‑à‑l’âne avec beaucoup d’aisance. Alors, ils prennent à bras le corps les situations les plus embarrassantes pour faire éclater le rire de gamins déboussolés sous le masque des adultes confirmés.

 

Cet habile mélange est soutenu par les changements d’éclairage et les courtes séquences musicales qui ponctuent la représentation. Plus esthétiques que narratives, ces variations lumineuses et sonores offrent aux acteurs comme aux spectateurs des temps de respiration. Les différentes couleurs projetées sur le cyclorama en fond de scène mettent bien en valeur les silhouettes et ravivent constamment notre attention. De même, les transitions musicales donnent aux interprètes l’occasion de se déchaîner physiquement. Elles favorisent un jeu plus collectif et nous permettent d’apprécier l’expressivité de chaque corps, provisoirement libéré d’une parole nécessaire mais si dure à porter, si délicate à recevoir.

 

Avec la Distance qui nous sépare, L’Entreprise s’expose aux risques de l’indiscrétion, de la complaisance et de la vulgarité. Mais les remarquables qualités d’écriture et de jeu, ainsi que le beau traitement sonore et lumineux de cette mise en scène, démontrent que l’équipe artistique a conservé tout son talent, en prenant le virage serré de l’intimité. Séduit par un équilibre aussi fragile que magique entre l’aveu et l’impudeur, le partage et le déballage, on souhaite longue vie à ce spectacle. 

 

Delphine Padovani

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Distance qui nous sépare, de François Cervantès

Compagnie L’Entreprise • friche la Belle-de-Mai • 41, rue Jobin • 13003 Marseille

04 91 08 06 93

Site : www.compagnie-entreprise.fr

Courriel : compagnie.entreprise@wanadoo.fr

Mise en scène : François Cervantès

Assistant à la mise en scène : Mounir Hamada Hamza

Avec : Dominique Chevallier, Nicole Choukroun, Catherine Germain, Stephan Pastor, Laurent Ziserman

Création et régie son : Xavier Brousse

Création et régie lumière : Christophe Bruyas

Construction des décors et accessoires : André Ghiglione et Edwige Sérillac

Images : Philippe Domengie

Domaine d’O • 178, rue de la Carrièrasse • 34090 Montpellier

Site du théâtre : www.domaine-do-34.eu

Courriel de réservation : billetterie@domaine-do-34.eu

Réservations : 0 800 200 165

Mercredi 4 avril 2012 à 19 heures, jeudi 5 avril 2012 à 19 heures, vendredi 6 avril 2012 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

14 € | 10 € | 8 € | 5 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher