Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 23:20

Rousseau, Cathala : duo gagnant

 

Le grand vertige théâtral continue au Hangar. Le costume de Chantal Rousseau a fait une entrée très remarquée sur les épaules de Fabienne Augié, elle aussi nouvelle artiste dans ce feuilleton *. Dans « la Discorde », de Jean Reinert, mise en scène par Astrid Cathala, elle joue avec Évelyne Torroglosa et Sébastien Portier. Un nouvel épisode particulièrement original.

 

discorde Honneur au dernier venu, le costume créé par Chantal Rouseau. Il se compose d’une robe longue divine accompagnée d’un manteau assorti. L’ensemble, dans les tons crème, est complété d’un accessoire, une sorte de plaid immense, qui autorise de multiples interprétations. Fabienne Augié porte ce vêtement avec une élégance quasi royale. C’est logique, car la comédienne incarne successivement la Reine de la Terre, Philys et Saraminda. On ne présente plus les costumes de Gabrielle Mutel enfilés par Évelyne Torroglosa et celui de Françoise Astruc porté par Sébastien Portier. Le premier, très contemporain, semble sorti de la Guerre des étoiles ; le second, intemporel, peut rappeler aussi bien la Renaissance qu’un vêtement plus actuel. Ici, comme dans ses deux textes précédents, le Messager et Pinceau et l’Ange, Jean Reinert leur sert une partition sur mesure.

 

La Discorde est une digression sur une brouille entre deux femmes arbitrée par l’Intercesseur. Celles-ci se disputent successivement l’homme, un enfant et enfin un amant. Chaque tableau donne lieu à une négociation suivie d’un jugement, les deux menés de main de maître par l’Intercesseur. À cet égard, le costume de Françoise Astruc donne lieu à des effets de manche, tels qu’on les voit dans les tribunaux. Les tenues créées par Chantal Rousseau et Gabrielle Mutel se dévoilent dans toute leur complexité, dans chacun des tableaux. Le plaid soigneusement roulé figure l’enfant emmailloté dans la seconde scène. Dans la dernière digression où les femmes font assaut de coquetterie, les fermetures à glissières s’ouvrent, et les épaules se dénudent. Deux archétypes féminins s’affrontent, et c’est le costume qui triomphe.

 

Avec naturel, Astrid Cathala, dans sa mise en scène exploite avec finesse ces possibilités et la grande liberté d’interprétation donnée par l’auteur. Celui-ci avait tout de même souhaité une grande symétrie dans le jeu des actrices. Elle se plie à ce vœu d’une manière très originale. Les deux comédiennes avancent en titubant, séparées par l’Intercesseur, qui semble lire dans un livre posé sur un lutrin. Il dit le texte tandis que les filles simulent les mouvements des lèvres. Mais aucun son ne sort de leur bouche. Leur gestuelle mécanique rappelle celle de la Poupée des Contes d’Hoffman. Comme elle, les filles s’écroulent. L’homme les redresse. Qu’elles soient Reine de la Terre ou du Ciel, Phylis ou Entomia, Saraminda ou Grisélidis, Fabienne et Évelyne se livrent à une sorte de rituel, à l’instar d’une danse sacrée. Comme il s’agit de variations sur un même thème, le cérémonial évolue peu d’un tableau à l’autre. C’est l’environnement musical qui crée la différence : on passe du chant des oiseaux à Carmina Burana et à Mozart.

 

Fabienne Augié et Évelyne Torroglosa font jeu égal dans leurs rôles de femmes prêtes à s’entredéchirer. Elles accomplissent une réelle performance de mime, de danseuse avec une générosité exceptionnelle. Sébastien Portier, lui, nous a encore étonnés par l’étendue de son registre. On a l’impression que ce comédien sensible et malléable peut tout jouer avec un déconcertante facilité. Changer de rôle sans changer de costume ne lui pose aucun problème. On espère en revanche qu’auteurs et metteurs en scène offriront, à Abder Ouldhaddi et à Évelyne Torroglosa surtout, la possibilité d’exprimer d’autres facettes de leur talent. Pourquoi pas dans le prochain épisode dès le 2 février 2010. Les quatre costumes se retrouvent pour la première fois ensemble dans Qui a tué le dictateur Allenc ?, pièce de Jacques Bioulès, mise en scène par David Stanley. À suivre donc… 

 

Marie-Christine Harant

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

 

* Voir le Messager ; Pop rodéo ; Pinceau et l’ange ; Jérôme Pastel.


La Discorde, de Jean Reinert

Compagnie Jacques-Bioulès • Théâtre du Hangar • 3, rue Nozeran • 34090 Montpellier

04 67 41 32 71 | télécopie : 04 67 03 07 12

www.theatreduhangar.com

communication@theatreduhangar.com

Mise en scène : Astrid Cathala

Avec : Sébastien Portier, Évelyne Torroglosa, Fabienne Augié

Création costumes : Françoise Astruc, Gabrielle Mutel, Chantal Rousseau

Création lumière : Thierry Ganivenq, Jean-Yves Courcoux

Théâtre du Hangar • 3, rue Nozeran • 34090 Montpellier

Réservations : 04 67 41 32 71

Les 22 et 23 janvier 2010 à 19 heures, le 24 janvier 2010 à 18 heures, les 26 et 27 janvier 2010 à 20 h 45, le 28 février 2010 à 18 heures

Durée : 50 minutes

14 € | 10 € | 8 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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