Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 01:10

La fesse cachée de La Fontaine


Par Capucine Vignaux

Les Trois Coups.com


Émilie Valantin est la metteuse en scène qui hissa la petite marionnette sur le haut plateau de la Comédie-Française. C’était en 2008 et c’était « la Vie du grand Dom Quichotte et du gros Sancho Pança » d’Antonio José de Silva.

courtisane-amoureuse-615 cie-emilie-valantin

« la Courtisane amoureuse et autres contes (grivois) »

© Cie Émilie-Valantin

Après les Fourberies de Scapin, c’est avec la Courtisane amoureuse et autres contes (grivois) que ses marionnettes poursuivent leur exploration du Grand Siècle. Et c’est bien à propos, puisque ce siècle fut celui du théâtre. Il n’y avait pas alors plus prestigieux que l’écriture dramatique. Il est à noter que Jean de La Fontaine s’y essaya, mais ce fut sans succès.

Aujourd’hui, c’est pourtant sur les planches qu’on nous dévoile une face cachée de l’auteur : le conte coquin, revers de la fable morale. Contrairement à ce qu’en retient la postérité, c’est avec la gaudriole qu’il acquit notoriété : ses contes firent scandale et tombèrent sous le coup de la censure. On se les échangeait alors sous le manteau entre « gens de qualité ».

Des dames de cour désespèrent un prince par leur appétit jamais assouvi. Une servante docile subit les assauts gloutons de son maître. Un évêque, puis un cardinal et enfin – pourquoi pas ?! – un pape s’accordent quelques gâteries et autres gourmandises… Après tout, nous sommes « de chair, les habits rien n’y font : vous savez bien […] qu’entre la tête et le talon, d’autres affaires sont ». De ces contes, voici la morale !

À la sortie du théâtre, nous avons croisé des lycéens aussi surpris que réjouis : l’auteur « scolaire » par excellence peut donc verser dans l’indécence ?! Malheureusement, les histoires de ses contes sont bien en dessous de celles de ses fables.

Péché de sobriété

Marionnettes à la peau d’albâtre, comédiens-manipulateurs vêtus de noir, harmonium, praticables en tapisserie, création lumière discrète… On est là dans une sobriété toute classique. La scène ressemble à un précieux écrin. Quel est le bijou ? Le rut. C’est la grossièreté dans le raffinement. C’est La Fontaine lui-même : le gros coquin et le grand classique.

Émilie Valantin le souligne d’ailleurs dans une scène de banquet. Se délectant de l’art de la conversation, les personnages lâchent avec emphase les morales des fables. Il n’empêche que sous la table, ils festoient de toute autre façon…

On comprend la justesse du parti pris classique de la mise en scène. Malheureusement, les émotions ne passent pas. Désir comme sensualité sont désespérément absents. Manque aussi la dimension onirique que l’on attend souvent de la marionnette. Mais on découvre vite, à écouter le texte, que c’est avant tout l’écriture qui pèche.

Des plans et des trouvailles

L’habileté de la scénographie, elle, est remarquable. Construits en arc de cercle, des praticables composent les scènes en plans. Et ces plans sont larges ou serrés : la reproduction des marionnettes en plusieurs tailles nous permet de passer du lointain à l’intime, du paysage au portrait.

Le plus souvent à vue, la manipulation offre quelques trouvailles de jeu entre comédiens et marionnettes : petit carrosse menant sa course sur les épaules des acteurs, musicien érigé en poirier ou encore tête de comédien sur corps de marionnette. On regrette que ces passages drôles et inventifs ne soient pas plus nombreux.

Certes, le plaisir de la langue classique est là ainsi que l’esthétisme des scènes et quelques traits d’humour. Malheureusement, les histoires n’ont aucun intérêt. Avouons-le : si La Fontaine nous régale de ses fables, il nous ennuie de ses contes. 

Capucine Vignaux


La Courtisane amoureuse et autres contes (grivois), de Jean de La Fontaine

Texte publié aux éditions Garnier et Flammarion, « Livre de poche » nº 338

Adaptation : Émilie Valantin

Cie Émilie-Valantin • 15, rue du Travail • 07400 Le Teil

04 75 01 17 61

Site : www.cie-emilievalantin.fr

Courriel : compagnie@cie-emilievalantin.fr

Mise en scène : Émilie Valantin

Avec : Gaston Richard, Pierre Saphores, Jean Sclavis, Émilie Valantin et Élie Granger à l’harmonium

Création marionnettes, costumes et décors : Émilie Valantin

Réalisation marionnettes et accessoires : Émilie Valantin, François Morinière et l’atelier de la Cie Émilie-Valantin

Réalisation costumes : Élisabeth Mallein-Page, Barbara Mornet, Anastasia Koval

Lumières : Gilles Drouhard

La Criée, Théâtre national de Marseille • 30, quai de Rive-Neuve • 13007 Marseille

Site du théâtre : www.theatre-lacriee.com

Réservations : 04 91 54 70 54

Du 11 au 15 janvier 2011, les mardi et mercredi à 19 heures, les jeudi, vendredi et samedi à 20 h 30

Durée : 1 h 15

22 € | 12 € | 8 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher