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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 13:15

Impérial Maxime d’Aboville


Par Marie Barral

Les Trois Coups.com


Quand Jean d’Ormesson imagine une conversation entre Napoléon Bonaparte, Premier consul, et son second, Jean‑Jacques Régis Cambacérès (1753-1824), le public prend un cours d’histoire fort littéraire. Oubliant les déséquilibres du texte et la faiblesse du personnage de Cambacérès, il se concentre sur Maxime d’Aboville, acteur talentueux et fiévreux qui porte à merveille la veste rouge du futur Empereur…

conversation-affiche

« la Conversation » | © D.R.

Les Tuileries, au lendemain du coup d’État du 18 brumaire *. Entamée sur un ton badin par des préoccupations gastronomiques, des rumeurs parisiennes et des affaires de mœurs, la conversation entre Napoléon Bonaparte et Cambacérès se poursuit sur un registre passionné. Les deux hommes dissertent sur les manières d’endormir jacobins, royalistes et curés, mettre à genoux l’Europe et faire accepter à une France révolutionnaire mais exsangue une nouvelle tête couronnée : celle du futur Empereur.

Au cours d’une interview à lintern@ute.com donnée avant l’adaptation de la Conversation au théâtre, Jean d’Ormesson imaginait les acteurs Édouard Baer et Guillaume Gallienne, avec ce denier en Bonaparte… C’est finalement Maxime d’Aboville qui endosse le costume avec superbe. Ce soir d’octobre où nous l’avons admiré, ses yeux rapetissés, rougis et cernés, ses mains tremblantes signalaient un état maladif. Maxime d’Aboville conservait malgré tout la stature de l’homme d’État et faisait de sa fièvre une arme de comédien pour camper un Bonaparte anxieux. Malade ou non, par ses tirades énergiques, son œil coquin, son regard lointain et la nervosité de ses gestes, le comédien parisien incarne un homme politique génial et mégalomane, un jeune Napoléon qui effraie par la démesure de son ambition…

Dans cette même interview à lintern@ute, Jean d’Ormesson expliquait que le personnage de Cambacérès devait être légèrement étoffé avant d’être présenté sur les planches. Cette instruction n’a pas été suivie. Personnage historique passionnant (révolutionnaire modéré devenu richissime sous l’Empire), Cambacérès se voit retirer toute vie propre sur scène. Jean d’Ormesson, sachant Cambacérès homosexuel, s’amuse à lui prêter une passion secrète pour Napoléon. Cet amour imaginé aurait pu s’avérer fort à propos pour illustrer l’ascendance de Bonaparte sur son second si elle ne se matérialisait pas uniquement, sur le plateau, par quelques compliments maladroits. Au fur et à mesure du spectacle, tandis que Napoléon/Maxime d’Aboville gagne en brio, les répliques du second consul, d’abord flagorneuses, s’amoindrissent pour devenir plus laconiques et plus plates, voire ridicules. Avec son regard perdu dans le vide et sa lenteur à répliquer, le comédien Alain Pochet accentue la passivité de Cambacérès et le rend presque grotesque.

Le Consulat ausculté

En dépit des déséquilibres du dialogue, c’est bien un spectacle littéraire que le metteur en scène Jean‑Laurent Silvi présente. Les décors simples et les costumes d’époque servent uniquement à situer l’action. Tandis que les déplacements un peu empruntés des acteurs ponctuent les différents développements d’une conversation agrémentée de jeux de mots, d’anecdotes véridiques, de références historiques et d’envolées lyriques.

Au final, le spectateur sait gré à « Jean d’O » de son péché mignon, « phraser », et de sa vivante description du Consulat. Ce régime de transition, nettement moins connu que la Révolution française ou l’Empire, est agréable à découvrir au cours d’une conversation tour à tour badine et grandiloquente, dont l’historien Jean Tulard dit qu’elle relève de « l’imaginaire plausible ». 

Marie Barral


* Ce coup d’État met fin au Directoire et rassemble les pouvoirs entre les mains du Premier consul, Bonaparte.


La Conversation, de Jean d’Ormesson

Éditions Héloïse d’Ormesson, 2011

Mise en scène : Jean-Laurent Silvi

Avec : Maxime d’Aboville, Alain Pochet

Théâtre Hébertot • 78 bis, boulevard des Batignolles • 75017 Paris

Site du théâtre : www.theatrehebertot.com

Réservations : 01 43 87 23 23

Du 2 octobre au 31 décembre 2012 à 19 heures, relâche dimanche et lundi

Durée : 1 heure

29 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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