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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Les arcanes de l’alcôve
Le précieux Théâtre de l’Atalante (au chevet du bâtiment de L’Atelier, place Charles‑Dullin) accueille la Compagnie Indépendante présentant une adaptation d’une œuvre de l’écrivain hongrois exilé Sàndor Màrai, qui relate un épisode imaginaire de la vie de Casanova. Un spectacle intéressant, riche et édifiant, mais un peu cérébral, ce qui lui donne une facture saturée, finalement trop peu suggestive.
« la Conversation de Bolzano » | © Lot
Casanova est réveillé par des coups puissamment frappés à la porte. Sa maîtresse est sur le champ congédiée, et il accueille un étrange personnage, le Comte de Parme. Celui‑ci est venu pour pactiser avec lui, dans le but de déjouer de façon définitive les stratagèmes dont on comprend qu’ils visent en l’occurrence la femme du Comte, puissant et rusé maître de la province. Le texte est riche, nourri des thématiques du xviiie siècle, tel le combat de la raison et des sentiments, dans lequel les passions sont désormais toujours données victorieuses.
Le premier temps de l’entretien est dévolu au Comte de Parme, au point de constituer un véritable soliloque. Celui‑ci exprime froidement les brûlantes et lancinantes plaies de l’amoureux jaloux, écorché au plus intime de lui-même. Mais il s’agit aussi d’une provocation : le Comte propose à Casanova un contrat paradoxal, qui consiste à acheter son infidélité. La réponse du séducteur est non moins paradoxale : il accepte, mais en refusant tout salaire, dont il vient pourtant de négocier le montant faramineux.
Après les imprécations du Comte, Casanova se prépare pour une soirée costumée chez son célèbre hôte. Il fait réflexion sur sa condition, son âge, ses valeurs, au point de laisser parler ses doutes. Jean‑Marie Galey, visiblement soucieux de faire de Casanova un miroir sans tain, joue probablement de façon trop effacée, trop monolithique, manquant à donner suffisamment d’épaisseur à son personnage.
Un spectacle bien écrit, assez bien interprété, pourtant long. C’est que sa dynamique reste théorique, peu scénographique. Par exemple, le déguisement de Casanova ne « prend » pas, parce qu’il n’est pas travaillé de façon charnelle, comme une incarnation, mais plutôt à la manière d’un argument conceptuel, comme signifiant d’un échange de rôles. Si le propos reste toujours intelligent et bien senti, il ne constitue pas une représentation, mais plutôt une succession de monologues.
Enfin, la féminité
Heureusement, un rebondissement salutaire fait intervenir une femme. La femme, la Comtesse, elle qui constitue le motif de toute l’intrigue. Sa partition est juste, elle dit bien ces élans débordants, de ceux – authentiques s’il en est – qui conduisent les passionnées à s’engager, assumer, souffrir pour deux – comme si c’était possible. Elle parvient à donner une consistance à son personnage, qui s’impose dans ses imprécations incantatoires. Dieu que l’amour – même feint, non elles ne le feignent jamais ! – les rend belles. Teresa Ovidio est sublime, elle donne enfin corps à ce spectacle qui en manque singulièrement.
À terme, les rôles sont inversés, mais tout le monde conserve sa raison. Cela confirme la valeur de la pièce et la qualité de son adaptation. Toute sa force est théorique, et c’est le problème : cérébral, le propos tend, n’était l’apparition de Teresa Ovidio, à saturer l’horizon de sens qu’il explore. ¶
Christophe Giolito
Les Trois Coups
La Conversation de Bolzano, de Sàndor Màrai
Traduction Natalia Zeremba-Huzsvai et Charles Zeremba
Le Livre de poche, coll. « Littérature et documents », 2002
Compagnie Indépendante • Prima Donna Production
Téléphone : 01 42 47 05 56
Courriel : helene-icart@prima-donna.fr
Adaptation : Jean-Marie Galey et Jean-Louis Thamin
Mise en scène : Jean-Louis Thamin
Avec : Jean-Marie Galey, Hervé Van der Meulen, Teresa Ovidio
Assistant à la mise en scène : Jérôme Maubert
Dispositif scénique : Antoine Milian
Costumes : Cidalia da Costa
Lumières : Jean-Pascal Pracht
Son : Elio Molin
Coproduction : Compagnie Indépendante et Studio‑Théâtre d’Asnières
Coréalisation : Théâtre de l’Atalante
La Compagnie Indépendante est conventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication-D.R.A.C. Île‑de‑France
Théâtre de l’Atalante • 10, place Charles-Dullin • 75018 Paris
Site du théâtre : http://www.theatre-latalante.com/site/Accueil.html
Courriel de réservation : latalante.rp@gmail.com
Réservations : 01 46 06 11 90
Du 30 mars au 19 avril 2012
Lundi, mercredi, vendredi à 20 h 30, jeudi, samedi à 19 heures, dimanche à 17 heures, relâche le mardi
Durée : 1 h 25
20 € | 15 € | 10 €
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