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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 19:01

« La Cerisaie » sans les arbres

 

Des chants russes, une scénographie de verre tout en transparence, une formidable traduction de la pièce de Tchekhov, une belle distribution, un début de spectacle dynamique : on s’attend à passer un beau moment de théâtre. Mais, très vite, le parti pris de mise en scène, mouvement incessant des acteurs et code de jeu très décalé, rend souvent le texte incompréhensible.

 

cerisaie-615

Un espace de jeu résolument contemporain. « la Cerisaie »

© Franck Beloncle

 

Lioubov Andreevna Ranevskaïa, après des années d’absence, revient sur les lieux de son enfance. La Cerisaie, immense verger blanc, n’est plus rentable et les dettes se sont accumulées. Il va falloir vendre. Mais Andreevna est attachée à cette terre où ont vécu son père, sa mère, ses ancêtres. C’est aussi dans la rivière de la propriété que s’est noyé Gricha, son jeune fils. Dans la grande demeure, on se souvient du passé, on rêve toujours d’un monde meilleur, mais au fil des saisons les choses sont restées immuables. La Cerisaie, c’est aussi un état des lieux de la Russie en ce début du xxe siècle, tout juste avant la révolution.

 

La Cerisaie est la dernière pièce de Tchekhov. Il meurt en juillet 1904, quelques mois après en avoir terminé l’écriture, et peu de temps après la première de la pièce, jouée au Théâtre d’Art de Moscou, dans une mise en scène de Stanislavski. Tchekhov est médecin, il sait qu’il est atteint de tuberculose. Il vit à Yalta, où le climat est plus clément pour sa santé, et c’est à Yalta qu’il écrit durant ces quatre années d’exil, ses plus belles pièces, dont la Cerisaie. La magnifique traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan donne au texte toute sa modernité. La fluidité du langage, la complexité des personnages, la poésie et la drôlerie des dialogues font de cette pièce une des plus abouties de l’œuvre de Tchekhov.

 

La mise en scène ne décolle pas

Julie Brochen, dans sa mise en scène, a pris le parti de ne jamais montrer cette fameuse Cerisaie et a fait le choix d’un espace de jeu résolument contemporain, une structure métallique entièrement vitrée semblable à une immense serre. Scénographie ingénieuse de Julie Terrazoni, qui se métamorphose au fil des actes. La transparence, les reflets, les belles lumières d’Olivier Oudiou, qui ponctuent les aubes et les crépuscules, apportent un univers onirique et irréel à la pièce. Comme dans un songe, un lustre descend des cintres, les objets bougent imperceptiblement, les meubles glissent sur le sol, et les personnages semblables à des papillons désemparés s’agitent sans pouvoir avancer. Il y a aussi cette impressionnante séance de magie faite dans un silence de plomb, et les formidables interventions musicales toujours bienvenues. Mais, malgré quelques très belles images, la mise en scène ne décolle pas. On ne sait plus ce qui se joue, le texte ne nous parvient pas. Olga Knipper, actrice au Théâtre d’Art de Moscou et épouse de Tchekhov, lui écrit à la réception du texte de la Cerisaie : « Je l’ai lu avec avidité. Au IVe acte, j’ai fondu en larmes. Il est merveilleux. Tout, absolument tout me plaît, comme si j’avais passé quelque temps dans la famille de Ranevskaïa et que j’avais vu tout le monde, souffert avec tous, partagé leur vie. ». C’est peut-être ce que dit Olga après sa lecture de la pièce qui manque à cette mise en scène : un peu de chair et d’humanité, comme une Cerisaie sans les arbres.

 

Le jeu nerveux et décalé des acteurs, l’enchaînement rapide des répliques, ajoutent au parti pris « de contemporanéité rêvée » de la mise en scène. Que ce soit Jeanne Balibar, Jean-Louis Coulloc’h, Fred Cacheux, les comédiens pour la plupart s’emparent avec talent de cette proposition. Mais le chassé-croisé des répliques et le jeu parfois étrange ajoutent de la confusion et donnent à certaines scènes un côté artificiel. En tout cas, André Pomarat (dans le rôle de Firs) nous fait partager un beau moment de théâtre lorsqu’il lit face au public les toutes dernières didascalies écrites par Tchekhov à la fin de la Cerisaie

 

Marie Tikova

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Cerisaie, d’Anton Tchekhov

Paru chez Actes Sud, coll. « Babel »

Festival d’automne à Paris

Mise en scène : Julie Brochen

Texte français : André Markowicz et Françoise Morvan

Assistante à la mise en scène : Xavier Legrand

Avec : Abdul Alafrez, Muriel Inès Amat, Jeanne Balibar, Fred Cacheux, Jean-Louis Coulloc’h, Bernard Gabay, Carjez Gerretsen, Vincent Macaigne, Gildas Milin, Judith Morisseau, Cécile Péricone, André Pomarat, Jean-Christophe Quenon, Hélène Schwaller

Scénographie : Julie Terrazzoni

Lumière : Olivier Oudiou

Costumes : Manon Gignoux

Musique: Carjez Gerretsen et Secret Maker, Gérard Tempia Bondat et Martin Saccardy

Magie : Abdul Alafrez

Odéon-Théâtre de l’Europe • 2, rue Corneille • 75006 Paris

Réservations : 01 44 85 40 40 et www.theatre-odeon.eu

www.theatre-odeon.eu

Du 22 septembre au 24 octobre 2010, du mardi au samedi à 20 heures , dimanche à 15 heures, relâche le lundi

Durée : 1 h 50

32 € | 24 € | 14 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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