Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 21:23

La capoeira : symbole de liberté

 

La capoeira est née à la fin du xviiie siècle. Les esclaves noirs amenés au Brésil par les colons portugais n’avaient pas le droit de posséder des armes. Ils pratiquèrent alors un art du combat basé sur l’observation des animaux et le dissimulèrent sous des apparences de danse. Leur devise était Vivons cachés pour vivre forts et libres, et les maîtres regardant leur esclaves sauter et bondir, ne voyaient là que des danses. Avec l’abolition de l’esclavage en 1888, la répression contre la culture afro-brésilienne et plus particulièrement contre la capoeira devint de plus en plus dure. Ce n’est qu’en 1932, sous le gouvernement de Getúlio Vargas, que la pratique de la capoeira fut à nouveau autorisée et déclarée « sport national ».

 

capoeira2-615 stephane-garcia

© Stéphane Garcia

 

La capoeira est un sport de combat violent et efficace, avec ses règles précises et ses rituels. Il existe deux écoles. La capoeira angola, de culture africaine, très terrienne, avec beaucoup de pliés et des mouvements au ras du sol. C’est une capoeira plus traditionnelle que la capoeira régionale que l’on pratique dans l’État de Bahia, qui est plus spectaculaire et plus chorégraphiée. À Porto Seguro, Trancoso, Arraial d’Ajuda ou Salvador de Bahia, il faut épater le touriste et aussi bien sûr séduire les filles.

 

Trancoso, 10 heures du matin, plage des Coqueiros. La végétation luxuriante de la jungle tropicale pousse jusqu’à la limite de la plage. Le sable est blanc à l’infini. L’océan est calme, la mer tiède. Il fait déjà chaud. Un jeune Brésilien à la démarche élastique pose un petit sac à dos sur le sable. La casquette vissée sur la tête, un maillot de bain rouge à fleurs, il va sauter, courir, bondir pendant une heure. Il a un corps magnifique, élancé et musclé. Ses mouvements déliés sont une succession de tours et de sauts, tantôt lents, tantôt rapides. Course en avant, course en arrière, avec une souplesse de chat, il va et vient sur la plage, à la limite de l’eau, là où le sable est humide. Le soleil commence à brûler, la sueur rend son corps luisant.

 

« Ici à Trancoso, on pratique la capoeira sul da Bahia. Il y a aussi des écoles à Arraial d’Ajuda, Porto Seguro et, bien sûr, à Salvador de Bahia. C’est la bonne capoeira, car il y a la mauvaise, non pas à cause de l’enseignement des maîtres, mais « à cause des bandes qui la pratiquent ». Régis, c’est son nom, s’entraîne toujours sur la plage lorsqu’il est à Trancoso. Mais quelquefois il va travailler comme serveur ou barman dans un autre village, une autre ville, alors la capoeira lui manque. « Le fait de pratiquer me donne une ouverture dans mon corps et dans ma tête. » Dimanche, avec son groupe, ils vont aller danser pour un baptême. Il m’apprend le salut des capoeiristes. De jeunes cavaliers passent au galop sur la plage, ils montent sans selle et pieds nus. « Oi Régis, até logo. » (« Salut, Régis, à bientôt. »).

 

capoeira1-615 stephane-garcia

© Stéphane Garcia

 

Trancoso, 20 heures, casa da Cultura. Me Diney, la trentaine, pas très grand, pantalon de toile blanche et torse nu, commence l’entraînement. Ils sont une vingtaine, des jeunes adultes, quelques adolescents et trois ou quatre jeunes filles. Il y a là toutes les couleurs de peau, une déclinaison du noir ébène au blanc. Un cercle est dessiné au sol avec l’inscription du nom du club, Capoeira sul da Bahia. Aux murs, deux devises, A calma é a virtude dos fortes (« Le calme est la vertu des forts »), et Si quieres ser mestre, aprenda a ser discipulo (« Si tu veux devenir maître, apprends à être disciple »). Une demi-heure d’échauffement intense avec de longues séries de pompes et d’abdos, pas le temps de souffler : c’est l’apprentissage de l’endurance, de la volonté et aussi d’une discipline. Cela donne aux mômes des favelas livrés à eux-mêmes et déscolarisés une hygiène de vie, un équilibre, des repères et une morale. On leur apprend à ne pas voler et on leur inculque le respect des autres.

 

Puis les musiciens se mettent en place. Ce jour-là, ils sont cinq : un atabaque, tambour conique en bois recouvert d’une peau de chèvre ou de veau, un pandeiro, petit tambourin recouvert d’une peau très fine, et trois berimbaus, arcs composés d’un fil métallique tendu sur un bâton de bois et d’une petite calebasse en noix de coco qui sert de caisse de résonance. Les participants se mettent en cercle et martèlent le rythme de plus en plus rapide de la musique. Les combats commencent deux par deux. Le maître désignent les protagonistes, et participe lui-même à ces corps à corps. Ces affrontements sont très spectaculaires et très chorégraphiés. La dernière partie du cours est consacrée aux performances et prouesses en tout genre. Sauts doubles ou triples, en hauteur, à l’horizontale, c’est très impressionnant et extrêmement périlleux. Seuls quelques élus sont choisis par le maître pour ces exhibitions. Le groupe martèle la cadence et psalmodie des chants, les corps ruissellent de sueur : on pourrait se croire dans une cérémonie de transe. L’ambiance est très joyeuse, et il s’en dégage une énergie extraordinaire. Le cours fini, on applaudit le maître, et chacun s’empresse de rentrer chez lui sous une pluie tropicale diluvienne. Prochain entraînement le lendemain à 19 heures sur la plage.

 

Aujourd’hui, la capoeira a une fédération et ses championnats. C’est aussi le porte-drapeau de la culture noire. 

 

De notre envoyée spéciale au Brésil

Marie Tikova

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Capoeira sul da Bahia

Crédit photos : Stéphane Garcia

Merci à Régis et Me Diney

Casa da Cultura • Trancoso • Bahia • Brasil

dineycapoeira@hotmail.com

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans Repères
commenter cet article

commentaires

Rechercher