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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct d’Avignon
Claire debout
Parmi beaucoup de bons spectacles, le Théâtre du Chien-qui-Fume présente « la Belle de Cadiz », de Mohamed Rouabhi. Un joli solo théâtral, qui balance quelques vérités l’air de rien, porté à bout de générosité par l’excellente Claire Nebout.
Claire adulte nous raconte l’enfance et l’adolescence de Claire enfant en Bretagne. Et c’est pas tous
les jours rigolo, notamment avec un père malade « couché depuis quatre mois maintenant depuis son accident de travail. Il respire dans une espèce de masque ». Et il faut changer
les bouteilles d’oxygène « à peu près tous les trois jours ». Un papa presque déjà récupéré dans le Caddie de la Camarde, en quelque sorte. « La mort traverse le
monde des morts avec son Caddie pour venir traverser le monde des vivants, traverser la mer, traverser la terre, traverser les champs et traverser la ville, traverser les rues, chercher le nom
des rues, plisser les yeux pour trouver le bon numéro dans la rue et traverser le jardin devant la maison pour traverser la porte de la maison, traverser le couloir, monter les escaliers,
trouver la chambre et traverser la porte de la chambre sans faire de bruit et, au moment de traverser le corps et l’âme du corps caché sous les couvertures, la mort sort de sa poche une craie
blanche, elle fait une croix à ta place, elle te pose délicatement dans son Caddie. »
Côté mère, c’est pas vraiment la joie, non plus, mais elle, elle planque sa détresse. « Je me souviens très bien des sanglots de ma mère. Je veux dire la discrétion avec laquelle elle pleurait, il fallait vraiment être collée à elle pour se rendre compte qu’elle était en train de pleurer. C’était comme si elle voulait pas faire de bruit comme si moi qui la tenais tout contre moi je devais pas recevoir une seule goutte […]. Quelqu’un qui pleure et où t’aurais tout qui coule à l’intérieur. » Mais, annoncé à la petite Claire de 14 ans par quelqu’un qui « avait les yeux qui tremblaient », le pire est à venir. Le plus beau, aussi…
La lumière de Nathalie Lerat, la bande-son et la mise en scène de Mohamed Rouabhi se consacrent discrètement à l’essentiel : faire briller de mille feux le texte et la passeuse d’émotion.
Pour un texte aussi dramatique, aussi fort, aussi doux, aussi triste, aussi gorgé d’espoir, il fallait une interprète qui se donne autant du cœur que du corps. Avec son sourire à blanchir une âme noire, la belle Claire Nebout remplit le contrat haut la main. Elle danse sur les mots d’une dizaine de personnages avec grâce. Avec rage, avec passion, avec douceur. Claire comme de l’eau de roche. Claire Nebout. Claire debout. Sacrée comédienne. Sacrée femme. ¶
Vincent Cambier
Les Trois Coups
La Belle de Cadiz, de Mohamed Rouabhi
Cie Les Acharnés-Mohamed Rouabhi
Mise en scène : Mohamed Rouabhi
Avec : Claire Nebout
Chorégraphie : Caroline Marcadé
Lumière : Nathalie Lerat
Son : Mohamed Rouabhi
Costumes : Barbara Gassier
Graphisme : Roma Napoli
Administration : Fabien Méalet
Photo : © Pascal Gély
Diffusion : Isabelle Decroix | 06 16 28 82 77
Théâtre du Chien-qui-Fume • 75, rue des Teinturiers • 84000 Avignon
Site du théâtre : http://www.chienquifume.com
Courriel : contact@chienquifume.com
Réservations : 04 90 85 25 87
Du 8 au 31 juillet 2011 à 14 h 10, sauf les 18 et 25 juillet 2011
Durée : 1 h 15
17 € | 12 €
Reprise :
Théâtre de la Commune-C.D.N. d’Aubervilliers • 2, rue Édouard‑Poisson • B.P. 157 • 93304 Aubervilliers cedex
Tél. 01 48 33 16 16
Petite salle, du vendredi 25 janvier au vendredi 8 février 2013, mardi au vendredi à 20 heures, samedi à 18 h 30, dimanche à 16 h 30
http://www.theatredelacommune.com/cdn/saison-2012-2013/la-belle-de-cadiz
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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