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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 21:43

C’est de l’humour, paraît-il


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Pseudo-parcours dans l’univers de la beauté, « la Beauté, recherche et développements » se révèle comme un mélange d’humour facile et de laideur. Le propos est pertinent, mais les moyens gâchent tout.

beaute-recherche-et-developpement-couv Deux guides-conférencières B.C.B.G. entraînent le public dans un périple qui doit leur permettre d’appréhender la beauté. Découvrir la « salle des Premières-Fois », faire la queue sur un tapis roulant pour découvrir la beauté du regard de l’amour, jeter un coup d’œil sur « la belle mort » figurent parmi les attractions de cet étrange parcours. Il y a de l’idée, et le propos, franchement acerbe, n’est pas dénué d’intérêt. Dans les bons (et rares) moments, on songerait presque à Brazil de Terry Gilliam. C’est le cas, par exemple, lors de la séance de la salle des bains de jouvence où l’on se fait charcuter pour rester jeune et désirable.

D’une manière plus générale, la fantaisie de science-fiction verse bientôt dans le film d’horreur. Car, selon un schéma assez commun au genre, la randonnée familiale vire au cauchemar ponctué de disparitions et de cris. Et pourquoi, en effet, ne pas remettre en cause l’injonction à être beau, à ne voir que le beau ? Pourquoi ne pas écrire une œuvre cauchemardesque sur un monde qui refuse d’affronter la laideur, l’horreur de la vieillesse comme de la mort ou de la maladie ? Le problème réside ici dans les moyens de la contestation.

De fait, il y a un moment où le fatras de jeux de mots faciles ou éculés (le « pommier » du jardin d’Éden et le péché / pêcher) finissent par écœurer. Le trait d’esprit nuit à l’intelligence. Et que dire de l’indélicatesse ? D’accord, éprouver une profonde tristesse n’empêche pas les ballonnements, mais raconter la mort de sa mère en pétant ne bride-t-il pas l’émotion du spectateur ? Quel besoin encore de changer le terrible final du Dormeur du val en « Il a deux trous de balle » (entendre trous du cul), de nous imposer la contrepèterie : big-bang / big bande (du verbe « bander »). Et on en passe pour vous laisser les joies de la surprise ou ne pas vous en imposer davantage. S’il y a un art de mêler le prosaïque au sublime, il n’est pas ici consommé.

Ne plus jouer

L’artificialité en définitive plombe la pièce. On sent toujours la volonté de faire des mots, de créer son petit effet. Enfin, pas tout à fait. Rendons au public ce qui revient au public. Il est deux moments de grâce dans la pièce, à son ouverture et à sa fin lorsque la parole est donnée aux gens. Quand on entre dans la salle, on est accueilli par une voix éraillée et profondément humaine qui renvoie à soi-même. Pas question de tricher dans le noir quand on demande : « Quel est le plus beau souvenir que vous ayez avec votre mère ? », « Quelle est la plus belle chose que vous ayez faite, la plus belle chose qu’on vous ait dite ? ». De même, à la fin du spectacle, les comédiennes lisent des phrases écrites par des spectateurs, et l’on est saisi par la sincérité qui en émane. Il y a ceux qui se moquent du style et parlent simplement, ceux qui nimbent leur confession du voile pudique de l’humour. On nous demandait si la beauté était dans l’œil de celui qui regarde, on aurait alors envie de répondre qu’elle est en tout cas dans les mots de ceux qui ont regardé, qui n’ont pas joué (avec les mots, les sentiments, sur un plateau).

En intégrant le petit groupe de la Beauté, recherche et développements, on renonce à la beauté de la scénographie, des costumes, de la bande-son. Mais, dira l’une de nos conférencières : « C’est de l’humour, on a le droit d’aimer la plaisanterie ». À coup sûr, c’est une bien étrange entreprise néanmoins que de faire rire les honnêtes gens, de les faire réfléchir… une entreprise presque aussi difficile que de faire entrevoir la beauté. 

Laura Plas


La Beauté, recherche et développements, de Florence Muller et Éric Verdin

Mise en scène : Pierre Poirot

Avec : Lila Redouane et Florence Muller

Théâtre du Petit-Saint-Martin • 17, rue René-Boulanger • 75010 Paris

Métro : Strasbourg-Saint-Denis, lignes 4, 8, 9

Métro : République, lignes 3, 5, 8, 9, 11

Bus : lignes 20, 38, 39, 47

Site du théâtre : http://www.petitsaintmartin.com/

Réservations : 01 42 08 00 32

À partir du 11 octobre 2013, du mercredi au samedi à 19 h 30

Durée : 1 heure

15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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