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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 20:38

Autoportrait à la banane


Par Fabrice Chêne

Les Trois Coups.com


Dans le cadre du festival artistique étudiant « Ici et demain », Élise Noiraud propose « la Banane américaine » au Théâtre 13‑Seine. Un regard plein de drôlerie sur l’enfance et le dur apprentissage de la vie.

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« la Banane américaine », avec Élise Noiraud | © D.R.

Élise Noiraud a un solide parcours de comédienne et s’est déjà par le passé essayée à la mise en scène. Avec la Banane américaine, elle tente le difficile pari de l’autofiction théâtrale, sous la forme d’une plongée à la fois ludique et impudique dans sa propre enfance. Certes, le chemin a été balisé par d’autres, et la comédienne a d’illustres devanciers (comment ne pas citer Philippe Caubère ?). Mais elle a aussi de l’énergie et du talent à revendre, et son regard plein d’humour lui évite les écueils de l’égotisme et du pathos.

La « banane américaine », c’est celle que porte la petite Élise à la ceinture, avec ses poches secrètes et son graphisme à la mode des années quatre-vingt. Des détails comme celui-là, le spectacle d’Élise Noiraud en est plein, comme aussi des tics de langage de l’époque, car l’artiste a le don de nous faire remonter le temps pour nous ramener à cette décennie quatre-vingt, qui pour elle fleure bon l’enfance.

Une galerie de personnages

Cette enfance provinciale qui nous est racontée n’a rien que de très banal. Mais la comédienne parvient à nous la rendre attachante par sa capacité à incarner de façon très convaincante toute une galerie de personnages, au fil de saynètes qui sont comme les jalons d’une découverte du monde : le cadeau à la maîtresse, l’inscription à l’école de musique, la messe, la « semaine sportive »… Autant de mini-évènements qui, mis bout à bout, font une enfance, et qui produisent chez le spectateur un singulier effet de miroir. Le rythme est enlevé, et le rire naît du pittoresque de certains de ces personnages, comme la chef de chœur, ou Madame Gosrez, la commerçante qui tient le bazar du village.

Tout en noir, pieds nus, avec pour seuls accessoires une simple chaise et un coffre, Élise Noiraud ne compte que sur son talent et quelques jeux de lumière pour revisiter son enfance. Au‑delà de la performance d’actrice, le spectacle vaut surtout par le regard porté par l’enfant sur le monde des adultes, regard naïf, mais qui perce à jour les contradictions et les faiblesses de ceux qui l’entourent, leurs excès et leur ridicule. En se plongeant dans sa mémoire familiale, la comédienne dresse un tableau sans concessions de son entourage : jalousies, conflits de famille, non sans une certaine dureté parfois lorsque se trouve abordée la question des rapports entre les générations (les scènes avec la grand‑mère maternelle).

Drôlerie et regard acerbe

Les relations mère‑fille constituent d’ailleurs l’un des fils directeurs du spectacle, à travers le portrait fragmentaire d’une mère surmenée et épuisée chronique (« Élise, tu te tais ! »), qui là encore mêle drôlerie et regard acerbe. Autre fil directeur, plus apaisé : le patient apprentissage de la flûte traversière (moins chère que le piano !) par la petite Élise, qui apporte un contrepoint poétique et musical bienvenu. Au final, rien ne vient faire obstacle au plaisir que prend le spectateur à suivre cette brève saga familiale tout public, aussi percutante que bien interprétée. 

Fabrice Chêne


La Banane américaine, d’Élise Noiraud

Mise en scène et interprétation : Élise Noiraud

Théâtre 13-Seine • 30, rue du Chevaleret • 75013 Paris

Métro : Bibliothèque nationale de France

Le 17 mars 2012 à 19 heures

Durée : 1 heure

Entrée libre

Le festival « Ici et demain » se déroule du 8 au 22 mars 2012

Informations : 3975

www.paris.fr

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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