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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« On ne naît pas femme, on le devient… »
« La Ballade de Simone » fouille l’essence féminine à travers une adaptation de textes de l’existentialiste de Beauvoir. Au théâtre du Lucernaire, l’occasion est belle de (re)découvrir des passages du fondamental « Deuxième Sexe », qui fait peut-être « la Force des choses », et quelques extraits de lettres adressées à Nelson Algren, la passion américaine de l’écrivaine.
Michelle Brûlé a réalisé cette adaptation. Elle nous livre une Mlle de Beauvoir philosophe, bien sûr, mais aussi plus intime, plus sensuelle que celle que nous nous représentons d’emblée. Une femme de chair qui écrit comme elle embrasse, amoureuse. Ainsi, des réflexions aiguisées sur la condition féminine côtoient aisément de tendres mignardises ou les grands feux d’amour. Le personnel et l’universel vont main dans la main. Et l’engagement sentimental de l’auteure n’entrave en rien la liberté qu’elle érige en guide. Bien au contraire, les résonances sont nombreuses et semblent reconstituer le puzzle complet d’une femme entière.
« La femme est un homme avorté »…
Pourtant… « la femme est un homme avorté »… dit Pythagore, « celui qui a inventé le mot philosophie » précise Simone de Beauvoir, par la bouche moqueuse d’une comédienne. Voici le ton du spectacle, comme reflet de l’esprit de cette femme : vif, intransigeant, alliant humour et profondeur, pétillantes pépites et fondements ontologiques. Il est animé par deux actrices à surprises : Michelle Brûlé l’accordéonisante et délirante intellectuelle, Odja Llorca l’espiègle romantique et chanteuse romanesque.
« la Ballade de Simone » | © Johannes von Sauma
La parole engagée n’a pas d’âge, et celles qui la colportent sont bien consistantes : le spectacle relève le défi de l’intemporel. Nos diseuses s’attachent à chercher quelques vérités propres à la condition féminine et tentent d’attraper le pourquoi d’une coutume de soumission coupable. Loin de prétendre que « la femme est l’avenir de l’homme », elles tentent simplement de comprendre. « Pourquoi ça dure depuis si longtemps et quand ça a commencé ? » disent-elles ingénument en croquant dans une pomme… Là, le féminisme ne s’affirme pas par une supériorité de la femme sur l’homme, mais comme un équilibre entre les deux sexes. Les responsabilités sont partagées et les accusations, stériles.
Si la réflexion est continue, la mise en scène de Nadine Darmon, relayée par le travail des lumières (Olivier Vallet) et la scénographie (Denis Malbos), dessine ludiquement le mouvement du questionnement de Simone de Beauvoir. Celui-ci est jalonné d’arrière-zones et d’avancées de clarté, en perpétuel passage des unes aux autres. Parmi ces traversées, une certitude éclate : l’homme et la femme vont mourir, « les deux sexes ont un même essentiel besoin de l’autre »… Limpide ! ¶
Claire Néel
Les Trois Coups
La Ballade de Simone, adaptation de textes de Simone de Beauvoir, par Michelle Brûlé
Compagnie Électron libre et En votre compagnie
Mise en scène : Nadine Darmon
Avec : Michelle Brûlé et Odja Llorca, en alternance avec Sarajeanne Drillaud, les 10, 11, 12, 15, 17 et 19 décembre 2009
Scénographie : Denis Malbos
Lumières : Olivier Vallet
Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34
À partir du 2 décembre 2009 à 21 heures, du mardi au samedi, salle Paradis, relâches exceptionnelles les 16, 18, 25 décembre 2009 et 1er janvier 2010
Durée : 1 h 10
30 € | 20 € | 15 € | 10 €
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