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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 12:56

Les crétins magnifiques


Par Ingrid Gasparini

Les Trois Coups.com


Ils sont forts les Chiche Capon ! Imbattables dans la crétinerie flamboyante, ces clowns gentiment énervés enchaînent des numéros chantés toujours foireux. Avec sa parodie burlesque de Bollywood et son odyssée intergalactique, « LA 432 » est un cabaret artisanal sensationnel, une véritable petite bombe à déclencher les fous rires.

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« LA 432 » | © Stefano Candito

Soir de Fête de la musique oblige, la jolie petite salle du Théâtre de Belleville est plutôt clairsemée. Le spectacle commence aussitôt, en off d’abord. On sent une minuscule agitation derrière les rideaux de fond de scène. Des toutes petites voix égrillardes de gamins de dessins animés chuchotent assez distinctement pour qu’on puisse percevoir un faux malaise précédent leur entrée. « Viens, on annule ! », « On n’a pas que ça à faire, c’est la Fête de la musique », « Tais‑toi !». Puis les affreux jojos décident de nous expliquer de visu leur décision. Les dégaines sont à la hauteur des voix, regards vers le public accusant une gêne, épaules rentrées de celui qui hésite, fous rires collégiaux de sales gosses trop contents de parler dans un micro. Unanimement et à l’unanimité, le quatuor barré se décide finalement à assurer pour nous la représentation.

Chacun sa place, son statut. D’abord, il y a le chefaillon savoureusement mégalo et autoritaire, en combinaison bleue intégrale avec des intonations traînantes à la Élie Kakou. Il a des théories sur tout et notamment sur le déroulé du spectacle, il sort les pires inepties avec l’aplomb et l’air pénétré du philosophe. Il y a aussi l’ingérable, le prêt‑à‑tout tendance Jackass, le clown bestial en perruque blonde, celui qui se jette en slip kangourou sur les murs et qui grimpe sur les gradins avec des boudins de baudruche pour fouetter le public. Puis y a le géant maladroit et long à la détente : tout ce qu’il entreprend est à côté de la plaque, c’est le bouc émissaire idéal. Dans un registre moins clownesque, Ricardo Lo Giudice, assure au chant, à la guitare et au beatbox, posant avec sérieux et finesse un cadre musical construit et entraînant, qui sera évidemment vite dynamité par ses fous furieux d’acolytes.

Plus le naufrage est grand, plus l’hilarité est au rendez‑vous

Il n’y a pas vraiment d’histoire, et c’est tant mieux. Comme souvent en clown, on assiste à des numéros approximatifs et complètement loupés, défendus avec la grâce et la naïveté sincères de celui qui se raccroche aux branches pourries en souriant. Et plus le naufrage est grand, plus l’hilarité est au rendez‑vous. La particularité de ce cabaret‑ci, c’est qu’il est musical. Quand ils ne massacrent pas le mythique Hallelujah de Leonard Cohen, ils chantent des airs de country déguisés en cow‑boys (et cow‑girl !) en se collant des baffes. Plus tard, un air de reggae tranquille qui commence sur « on est tous frères » se finit en véritable pugilat avec insultes, cheveux tirés et incendie noyé dans un verre d’eau. Rien ne les arrête jusqu’au clou du spectacle, la fantaisie orientale, avec une danse de séduction entre une Esméralda en jupe et bracelets et un grand moustachu en turban. Leurs strabismes soulignant le chassé‑croisé amoureux devient une parade désynchronisée d’une drôlerie achevée.

Et comme si ce n’était pas suffisant, ces joyeux déments ont soigné leur mise en scène, avec notamment des effets spéciaux, très spéciaux… De la haute pyrotechnie. Comme ce feu de Bengale plus que minimaliste, tendance pétard mouillé, pour figurer rien moins que le big‑bang et des boules chinoises au bout d’un arc pour représenter les astres dans l’obscurité. Ça serait presque beau si ça n’était pas si drôle et si les boules lumineuses n’achevaient pas leur course dans la tête du crooner à la voix de stentor narrant la création de l’univers. Ajoutez à ça des slips en aluminium, un sens inné du rythme, du costume et une énergie teintée de dinguerie, et on tient un spectacle total, de ceux qui font rire aux larmes et qui rechargent nos « accus » pour cent ans. 

Ingrid Gasparini


LA 432, une création des Chiche Capon

Mise en scène : Fred Blin et Patrick de Valette

Avec : Fred Blin, Patrick de Valette, Ricardo Lo Giudice, Matthieu Pillard

Création lumières : Mathieu Bouillon

Théâtre de Belleville • 94, rue du Faubourg‑du‑Temple • 75011 Paris

Réservations : 01 48 06 72 34

www.theatredebelleville.com

Jusqu’au 1er juillet 2012, du mardi au samedi à 21 heures, le dimanche à 17 heures

Durée : 1 h 10

De 10 € à 28 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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