Je l’avais souvent vu à la télé enchanter les foules avec ses causeries musicales, et cette fois, miracle, Jean-François Zygel débarquait dans
« mon » théâtre, à Fontainebleau. En plus de percer les secrets de la « Symphonie nº 40 » de Mozart, allais-je aussi pénétrer ceux de l’homme dont le verbe
enchanteur draine les foules autour de la musique classique ?
« l’Orchestre expliqué par Jean-François Zygel »
On dit souvent que Zygel est une sorte de prof idéal. Prof, il l’est en effet : d’harmonie et d’improvisation au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Et il est certes là
pour nous apprendre des choses, ce qu’il fait à merveille. Images, comparaisons, illustrations, répétitions : Zygel déploie toute une panoplie d’outils rhétoriques pour faire assimiler au
public les mécanismes qui font que la
40e fascine encore aujourd’hui. Par exemple : dans une musique, il y a le thème et l’accompagnement. Qui sont un peu comme la parole et la
pensée, la première n’exprimant pas toujours exactement la seconde. Ou encore : le deuxième mouvement de la symphonie est comme une peinture impressionniste. C’est l’ambiance qui compte, et
non pas les personnages. Il n’y a pas de thème dominant. De même, dans un tableau impressionniste, on met un moment à s’apercevoir de la présence de petits personnages çà et là. L’inverse de
la Joconde, en somme, où le personnage – le thème – domine nettement le paysage à l’arrière-plan.
Parfois aussi, Jean-François Zygel fait semblant d’avoir oublié quelque chose. « Au fait, je crois que j’ai oublié de vous parler de… » Le ton est badin. « D’ailleurs, est-ce
que vous connaissez… ? » Il dit souvent « je », « vous »… Résultat : le public a l’impression d’exister face à ce vrai-faux prof au public captif, et qui ne
donne pas de note. Mieux : il a l’impression d’être intelligent. On se dit qu’on a compris ce qu’étaient les modes majeur et mineur, la modulation, le contraste dynamique, l’exposition et la
réexposition. Signe qui ne trompe pas : les spectateurs sourient. Ils sourient de leur propre bonheur à comprendre quelque chose qu’ils ne comprenaient pas avant. De la simplicité apparente
des procédés utilisés par Zygel. D’ailleurs, les musiciens aussi sourient. Eux aussi ont l’air de découvrir quelque chose.
Un savant dosage
Alors, Zygel a certes des côtés « prof ». Mais il a aussi quelque chose de la danseuse étoile, et pas seulement parce qu’il se laisse parfois aller à esquisser un petit entrechat quand
le propos le justifie – voir l’explication des deux menuets du troisième mouvement. Il est comme ces ballerines qui dissimulent la technique de leurs mouvements gracieux et pirouettent,
sautent et se cambrent en gardant toujours le sourire. Zygel, c’est un peu cela : il garde le sourire, mais le fond, lui, est tout sauf du flan. Le fruit d’un travail de préparation qui
relève à la fois de l’art du pédagogue et de celui de l’homme de spectacle.
Là est sans doute la grande réussite, et la spécificité, des « concerts commentés » de Jean-François Zygel : une forme hybride, à la frontière du spectacle théâtral et du
cours. Ainsi, peut-on parler de mise en scène ? Sans doute que oui : à titre d’exemple, les déplacements de Zygel ne sont pas dus au hasard et visent à produire des effets précis, comme
quand on le voit se balader dans les différents pupitres, cordes et vents. C’est un peu l’enseignant qui dose savamment jusqu’à quel point il peut se mettre en scène lui-même pour faire passer
son message, sans que lui-même devienne l’objet du spectacle – ou du cours, c’est selon. De l’humour, certes, mais calibré. S’écouter et écouter les réactions du public, bien sûr, mais ne
pas céder à la tentation de cabotiner, de multiplier les effets.
À la fin, le public applaudit à tout rompre. Il applaudit l’orchestre, bien sûr, et son jeune chef Jean Deroyer, qui mettent leur compétence musicale au service d’un exercice pas toujours
gratifiant : simulation d’un accompagnement « tango » du premier mouvement, ou transposition souvent comique du mode mineur au mode majeur. Il applaudit aussi et peut-être surtout
Jean-François Zygel. Tentons donc ici une conclusion « zygélienne » en forme de question rhétorique : « Mais qui acclame-t-on alors ? Le showman ? Le
pédagogue ? Le musicien plus que compétent ? Le connaisseur en histoire de la musique ? ». Tout cela à la fois, assurément. Et même un peu plus quand, pour
un
bis, Zygel se lance dans son exercice favori : l’improvisation au piano, pour une version givrée de cette
40e qui n’en finira pas de nous étonner.
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Céline Doukhan
Les Trois Coups
www.lestroiscoups.com
L’Orchestre expliqué par Jean-François Zygel
Mozart, Symphonie nº 40, K. 550 en sol mineur
Présentation et conception : Jean-François Zygel
Direction musicale : Jean Deroyer
Avec : L’Ensemble, orchestre de Basse-Normandie
Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau
Réservations : 01 64 22 26 91
Le 7 janvier 2012 à 20 h 30
Durée : 1 h 15
20 € | 14 € | 8 €
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