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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 13:27

Laurent Schuh au service
de Victor Hugo : une réussite éblouissante


Par Emmanuel Arnault

Les Trois Coups.com


Le Théâtre Daniel-Sorano accueille en ce moment « l’Homme qui rit ». Son metteur en scène et interprète, Laurent Schuh, revient à la capitale après avoir porté haut le verbe d’Hugo en France et à l’étranger. Dans un seul en scène magistral, il nous montre avec bonheur que le souffle hugolien est toujours aussi ébouriffant.

Cette œuvre incroyable fait partie assurément des textes fondateurs, tant elle touche de façon juste ce qu’est l’homme et la société. Tout le monde connaît plus ou moins l’histoire de ce chef-d’œuvre à la fois poétique, philosophique et épique : dans l’Angleterre du xviiie siècle, l’enfant Gwynplaine a été mutilé et abandonné, un rire affreux gravé à jamais sur son visage. Nous suivons alors son incroyable destinée : sa rencontre avec l’aveugle Déa et le bateleur Ursus, avec lesquels il fait rire le peuple dans les foires, jusqu’à la découverte de la noblesse de sa réelle identité, lord Clancharlie, et de son choix final.

Le comédien est déjà là lorsque l’on pénètre dans la salle, patientant, finissant de nettoyer et de préparer le devant de la scène : comme si le conteur qu’il est attendait depuis toujours le public que nous sommes. La scénographie et les lumières sont particulièrement travaillées dans une esthétique et une symbolique magnifiques. Au sol, un cercle d’ampoules rouges entoure une piste de sable blanc. Trois miroirs déformants suspendus dans les airs nous renvoient la monstruosité et l’imaginaire de ce qui se déroule sous nos yeux. Un grand drap blanc en fond devient tour à tour océan, neige, chapiteau, robe… Au centre, un promontoire en pente, une grande malle, un manteau de fourrure. Quelques flammes plongent parfois l’ensemble dans un mélange significatif d’ombre et de lumière. L’esthétique globale n’est pas sans rappeller par certains côtés la spectaculaire mise en scène qu’en avait fait le Footsbarn. Mais, adaptée ici en seul en scène, cette œuvre révèle d’autres de ses mystères. L’immense talent de son interprète, en effet, en étant si entièrement au service du texte, fait sonner et resplendir les mots sombres et douloureux de Victor Hugo de façon exceptionnelle.

« l’Homme qui rit » | © Thibaut Plaire

C’est progressivement que l’on se laisse prendre par l’interprétation de Laurent Schuh, qui finit par nous fasciner et nous captiver complètement. Merveilleux conteur, il a une façon bien particulière d’articuler et de faire sonner les mots, pour toujours surprendre, intriguer, dans un très beau sens de la rupture : sa capacité d’interprétation semble infinie. Sans aucun mouvement superflu, tous ses déplacements sont d’une grande maîtrise, d’une grande fluidité, et ses gestes semblent aussi chorégraphiés que ses phrases. N’oubliez pas ce nom : Laurent Schuh fait partie des grands, dans un style qui lui est propre. Il peut rappeler par certains aspects la maestria scénique d’un Philippe Caubère. Ses épaules sont assez larges pour porter seules le texte d’Hugo.

Sans jamais s’essouffler ni écorcher un mot, il réussit la prouesse ahurissante de nous émerveiller et nous passionner pendant plus de deux heures, dans un débordement de beauté, d’originalité, de poésie, de douleur aussi. Artiste complet, magistral, aussi bon metteur en scène qu’interprète, il nous livre ici une performance étourdissante et bouleversante. C’est un moment de théâtre rare, dont la force atteint l’indicible. L’ombre d’Hugo plane sur la représentation, dès le début. Elle se déploie lentement, immense et admirable. L’Homme qui rit par Laurent Schuh est un spectacle galvanisant, hautement recommandable, sans aucune réserve : ne vous privez pas de cette expérience extraordinaire. 

Emmanuel Arnault


L’Homme qui rit, de Victor Hugo

Les Arts et mouvants, compagnie à l’endroit des mondes allant vers • 16, rue de la Voûte • 75012 Paris

www.lesartsetmouvants.com

Adaptation : François Bourgeat

Mise en scène et interprétation : Laurent Schuh

Collaboration à la mise en scène : Marie Florine Thieffry

Lumières : Marc Chikitou

Chants et instruments : Théodora Carla

Musique : Serge Maraval

Images : Elsa Deveze

Assistanat scénographie : Elsa Bouladoux

Costumes : François Siméon

Accompagnement artistique : Marguerite Bertoni et Laurence Levasseur

Régie générale : Jean-Claude Espardeilla

Régie : Farid Dahmani

Théâtre Daniel-Sorano • 16, rue Charles-Pathé • 94300 Vincennes

Réservations : 01 43 74 73 74

www.espacesorano.com

Du 18 novembre au 20 décembre 2009, du mercredi au samedi
à 20 h 45, dimanche à 16 heures

Durée : 2 heures

18 € | 15 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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