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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Witold Gombrowicz, les masqués et le va‑nu‑pieds
Il était aventureux de mettre en scène l’un des plus grands auteurs européens du xxe siècle, l’écrivain polonais Witold Gombrowicz (1904‑1969). Surtout si le texte à l’origine de l’adaptation est le récit de ses doutes existentiels. La compagnie Esquimots a relevé le défi par une mise en scène particulièrement poétique. Chapeau !
« l’Examen de la maturité » | © Déclic-Marcella Barbie
Witold, 40 ans, ne sait toujours pas s’il est adulte ou enfant. Il faut rappeler que l’examen de maturité qu’il a passé adolescent, devant sa famille, n’était guère concluant… À 17 ans, Witold, ce va‑nu‑pieds, s’était lié d’amitié avec Józek, le fils du concierge, soit un garçon d’une autre condition. Mauvais signe. Ensuite, il a refusé de se faire enrôler dans l’armée. En somme, Witold est un être immature, un blanc‑bec, une hérésie sociale.
L’Examen de la maturité est une adaptation de l’Histoire (Opérette), texte qui est lui‑même une reconstitution de deux versions inachevées d’Opérette, de Witold Gombrowicz. L’Examen de la maturité conserve l’aspect fragmentaire du texte d’origine : de l’histoire personnelle de Witold à la grande Histoire, celle de l’Europe de l’entre-deux‑guerres, le fil du récit est parfois invisible. Qu’importe la logique narrative : les incohérences du texte sont au contraire appropriées puisque ce spectacle est une belle réflexion sur la fragilité de l’identité et la vanité qu’il y a à se définir, à se constituer une personnalité homogène, surtout si celle‑ci est le produit de la pression sociale. « Esquivons continuellement nos propres définitions, dit Witold. […] Arrêtons d’être précis, car nos petits‑enfants rigoleront de ce que nous avons dit […] autant le considérer comme déjà stupide », nous exhorte‑t‑il.
La délicatesse d’un poème (de Verlaine)
C’est presque un poème qui est joué sur le plateau. Pour le mettre en scène, Marion Chobert a choisi de créer, par un jeu d’ombres et de lumières, un espace intime où se côtoient humains et marionnettes. Les membres de la famille de Witold sont en effet tantôt des comédiens en chair, tantôt des masques lumineux errant dans la nuit autour du jeune garçon, seul être ayant conservé sur scène ses deux pieds, donc sa liberté.
Ce poème est dit par des comédiens dotés d’une grande fraîcheur, qui paraissent avoir suivi le conseil de Witold : se garder de toute vanité, y compris lorsqu’il faut jouer un texte philosophique. Benoît Antonin Denis (Witold) excelle à jouer les timides étonnés. Quant aux membres de sa famille, ils affichent les airs empruntés des pauvres pantins de la commedia dell’arte…
Par le jeu d’ombres et de lumières, la danse des masques, l’univers intime et symbolique, les visages de bouffons grimés, l’Examen de la maturité dénonce avec délicatesse la comédie humaine… et rappelle ces Fêtes galantes dépeintes par Paul Verlaine, celle de Clair de lune, par exemple : « Votre âme est un paysage choisi / Que vont charmants masques et bergamasques, / Jouant du luth et dansant quasi / Tristes sous leur déguisement fantasques. […] ». ¶
Marie Barral
Les Trois Coups
L’Examen de la maturité, d’après l’Histoire (Opérette), de Wiltold Gombrowicz
Compagnie Esquimots
Site : www.compagniesquimots.com
Courriel : compagnie-esquimots@hotmail.fr
Mise en scène : Marion Chobert
Assistante à la mise en scène : Caroline Liochon
Avec : Benoît Antonin Denis, Mathilde Gentil, Séan Guégan, Pauline Loriferne
Scénographie : Ange‑Lyné Janssen
Création sonore : Éline al‑Khaznawi
Création lumière : Émilien Grèzes
Costumes : Samantha Milhet
Avec la participation de Lucile Beaune (École nationale supérieure des arts de la marionnette)
Maison des métallos • 94, rue Jean‑Pierre Timbaud • 75011 Paris
Site du théâtre : www.maisondesmetallos.org
Courriel de réservation : reservation@maisondesmetallos.org
Réservations : 01 47 00 25 20
Du 11 au 13 septembre 2012, mardi et jeudi à 18 h 30 et 20 h 15, mercredi à 21 heures
Durée : 1 h 10
10 €
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