Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 11:43

On ne joue pas
avec la nourriture !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Pas assez en tout cas, dans le nouveau spectacle de la compagnie Label brut. La pâte que Babette Masson pétrit semble en effet lui résister et le beau texte de Marion Aubert ne passe pas la rampe. Pas l’enfer assurément, mais une petite déception.

enfer-615 jeff-rabillon

« l’Enfer » | © Jeff Rabillon

Dans une cuisine dont la blancheur aurait presque quelque chose d’inquiétant, une femme s’adonne, ô stupéfaction, à la cuisine. Madame est mère et épouse, rien que de très conventionnel. Mais elle soliloque : bizarre ! Elle s’adonne par ailleurs avec sa pâte à de petits jeux pas innocents. La voilà qui, par exemple, tue l’enfant qu’elle a fait surgir de la farine. La voici encore à fouailler dans la pâte les sexes qu’elle y a dessinés. Elle converse avec « sa folle » (son double transgressif), partouze dans sa cuisine. Maman Médée, maman cachée.

Fidèle à ses principes de création, la compagnie Label brut se colle à une matière simple, la pâte, pour la confronter au jeu. Pourquoi pas ? On était d’ailleurs curieux de découvrir le duel entre cette chose attachante et même collante et l’être humain. On y allait, alléché par cette histoire de femme inspirée très librement par Dr Jekyll et Mr Hyde. Un spectacle qui déniche derrière la femme au foyer, mère aimante et bonne cuisinière, la transgression : on prend !

Simplement, la manipulation propose finalement trop peu de surprises. Émergent quelques bonnes femmes, quelques nourrissons, pas plus, et cela engendre une certaine monotonie (pour un spectacle de cinquante minutes). Il faut dire que la pâte semble résister autant au personnage qu’à la manipulatrice. Elle ne se laisse pas faire : on assiste à un vrai combat où la moindre naissance se fait dans la douleur (un truc de femme). Ajoutons que cette lutte n’est pas très spectaculaire. Un conseil donc : asseyez-vous dans les premiers rangs ou vous risquerez fort de plisser les yeux pour suivre… cette forme beige sur fond blanc.

Le jeu de la comédienne l’emporte sur la manipulation, mais il n’est pas assez poussé. On aimerait ainsi que Babette Masson prenne le temps d’investir son personnage pour créer le doute, instiller lentement le poison de la folie. On aimerait aussi jouir de moments où le corps et le visage suffisent à dire. Mais on submergé par un flot de paroles. Assurément, le texte de Marion Aubert est plein d’humour, de trouvailles. Mais il n’est pas assez porté ici, pas assez mis en lien avec ce qui se passe sur le plateau, tant est si bien qu’on peut avoir l’impression qu’il n’est là que pour emplir un vide.

Transgressif, souvent amusant, le spectacle a un côté ludique séduisant, et son propos est intéressant, mais on n’a pas l’impression qu’il soit totalement abouti. 

Laura Plas


L’Enfer, de Marion Aubert, librement inspiré de l’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr. Hyde

Compagnie Label brut • 4, rue Horeau • 53200 Château-Gontier

Tél. 02 43 09 14 79

Site : www.labelbrut.fr

Courriel : contact@labelbrut.fr

Mise en scène : Laurent Fraunié

Avec : Babette Masson

Scénographie : Grégoire Faucheux

Compositions musicales : Yvan Gruselle

Costumes : Alexandra Wassef

Lumières : Sébastien Lefèvre

Le Mouffetard • 73, rue Mouffetard • 75005 Paris

Site du théâtre : www.theatredelamarionnette.com

Réservations : 01 84 79 44 44

Métro 7 : Place Monge ou Censier-Daubenton

Métro 10 : Cardinal Lemoine

R.E.R. B : Luxembourg (à 15 min à pied)

Du mardi 19 au dimanche 24 novembre 2013, du mardi au samedi à 20 heures et le dimanche à 17 heures

Durée : 50 minutes

18 € | 14 € | 12 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher