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Vendredi 5 octobre 2012 5 05 /10 /Oct /2012 14:13

Une sale partie de campagne


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Carole Thibaut met en scène un de ses textes « l’Enfant, drame rural », une pièce âpre et profonde sur la monstruosité ordinaire. Si l’emploi de la vidéo comme l’oscillation entre parabole et récit réaliste ont parfois de quoi déconcerter, le spectacle est porté par une belle distribution. Très léché, il présente sans conteste des moments intenses et ne laisse pas indifférent.

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« l’Enfant, drame rural » | © Guillaume Lavie

Dans un petit village, l’idiote du village trouve un enfant. Tout de suite, les ragots vont bon train et le nouveau‑né passe de mains en mains sans jamais trouver de foyer. Il revient donc dans les bras de l’Idiote, qui s’enfuit avec lui, poursuivie par la horde des gens « comme il faut » : hallali. Mais vient alors pour le village l’heure du châtiment. La pièce fait penser aux plus terribles des nouvelles de Maupassant. Même regard sans concession, même opposition des renégats (l’Idiote, l’enfant trouvé, l’intellectuel idéaliste) à la communauté bien‑pensante et malfaisante.

Un Maupassant mais tout en dialogues : Carole Thibaut sait en effet dessiner en quelques répliques des personnages chargés d’histoire et de douleur. Des plus vils aux plus émouvants, ils ressemblent souvent à des personnes que l’on a croisées. Rien étonnant, d’ailleurs, puisque la pièce trouve une de ses sources dans des récits de femmes collectés en Isère. Et ce qu’il y a de beau dans cette écriture, c’est qu’elle rend la parole à ceux qui ne l’ont pas : à l’Idiote et son père, à la jeune Marie, au maire du village, qui ne peut placer un mot dans la guerre sans merci que se livrent sa mère et sa sœur. Il y a aussi le cafetier venu du Nord, différent, fatigué de la vilénie. Pas de personnage secondaire.

C’est que des comédiens de talent donnent de l’épaisseur à tous ces personnages. Si parfois, sûrement pour offrir au spectateur une respiration comique, certains versent dans la caricature satirique, dans l’ensemble les comédiens sont convaincants. Thierry Bosc sait, par exemple, composer deux personnages différents sans que l’on sourcille, avec une profonde humanité. Fanny Santer, réduite aux borborygmes de son personnage d’Idiote, a quelque chose de Gelsomina par son expressivité. On a envie de tendre la main au Jean composé par Boris Terral, au maire dont Eddie Chignara dessine la silhouette émouvante, épaules tombantes, dos rentré. On quitte la salle de spectacle avec l’accent chantant de Marion Barché et on croise les doigts pour sa Marie.

Un bébé sans cris

Finalement, le grand oublié est bien l’enfant. Et quand il disparaît, on s’en étonne à peine. Ange peut‑être, il ne paraît pas en tout cas appartenir à l’espèce humaine. Carole Thibaut en fait un bébé sans cris. Elle lui a écrit des monologues étranges, mais la voix est off. Poupée de chiffon, ou projection vidéo bleutée, l’enfant n’a donc ni sa place au village ni sur scène. Il n’a pas plus d’épaisseur que ces fées de conte qui viennent demander l’aumône ou l’hospitalité pour ensuite récompenser ou châtier. C’est peut‑être voulu, mais cela engendre un mouvement de décrochage par rapport à la fable. De plus, la portée allégorique et la poésie du texte jurent un peu avec le reste.

De manière générale, on sent des influences diverses qui font un ménage étrange : celle de la Bible, celle du conte (dans la scène finale), celle du récit réaliste. Cela fait beaucoup. De même, la pièce semblerait presque en comporter deux : l’épreuve / le châtiment. Elle est d’ailleurs assez longue. Et en dépit de la tension forte que fait monter Carole Thibaut, quand l’enfant revient à son point de départ, on tient une fin et on a du mal à replonger. Enfin, si la scénographie dépouillée et le très beau travail sur la lumière créent une belle atmosphère, on passe de tableau en tableau avec des passages au noir un peu systématiques. Insolite et parfois dérangeant, l’Enfant, drame rural a ses étrangetés, mais ne saurait laisser indifférent. 

Laura Plas


L’Enfant, drame rural, de Carole Thibaut

Éditions Lansman

Mise en scène : Carole Thibaut

Avec : Marion Barché, Thierry Bosc, Eddie Chignara, Sophie Daull, Emmanuelle Grangé, Donatien Guillot, Fanny Santer, Boris Terral

Dramaturgie : Mariette Navarro

Création technique : Carole Thibaut et le collectif In vivo (Chloé Dumas, Julien Dubuc, Samuel Sérandour)

Costumes : Magalie Pichard

Collaborations artistiques : Clothilde Maurin, Fanny Zeller

Théâtre de la Tempête • la Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Réservations : 01 43 28 36 36

http://www.la-tempete.fr/index.php5?menu=1&saison=saison+2012+2013&fiche_spectacle=1452&presentation=1&diaporama=1

Du 26 septembre au 27 octobre 2012, du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h 30

Durée : 2 h 20

18 € | 15 € | 12 €

Publié dans : ÎLE-DE-FRANCE | 2012-2013 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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