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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 15:50

 En direct d’Avignon 

 

« L’Échange » : amour,
possession, liberté


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Il est encore des gens pour s’étonner qu’on monte la deuxième version de « l’Échange »de Claudel (1951). Comme si Claudel lui-même, sous l’impulsion de Jean-Louis Barrault, n’avait pas écrit cette seconde version, justement dite « scénique », conscient de ce que la première (1894) ne l’était guère. Pour notre part, nous ne ferons donc nul grief à Xavier Lemaire d’avoir choisi de monter la version de 1951.

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« l’Échange » | © Chantal Depagne-Palazon

On connaît l’intrigue. Après de longues tribulations, Louis Laine et son épouse Marthe se sont installés en Caroline du Sud. Ils habitent une cabane, près de l’eau, sans doute sur la propriété de Thomas Pollock Nageoire, qui a engagé Louis comme gardien. Léchy Elbernon, une actrice, épouse de Pollock, s’intéresse à Louis qui, du coup, accepte une drôle de proposition de son capitaliste de maître.

Une cabane de planches, flanquée d’une balançoire (bel objet scénique), donne sur un ponton qui porte une corde à linge. On n’y accède que par une planche. La mer est toute proche, peut-être vient-elle lécher le ponton. Les champs et la maison du maître sont également à portée. On est au bout du monde et le huis clos est prêt.

La mise en scène, discrète et efficace, est tout entière au service du texte claudélien. Bien sûr, l’Échange, surtout dans cette version, n’est pas le sommet du lyrisme de Claudel. Mais ne boudons pas notre plaisir. C’est bien du Claudel, cette langue magnifique et inspirée que des cuistres voudraient soporifique ou réservée à une élite ! Ici, elle est dite sans la moindre emphase et se veut quotidienne, elle est tout simplement théâtrale, donc efficace et accessible à chacun.

Gaëlle Billault-Danno cynique et cruelle à souhait

Isabelle Andréani, admirable Marthe, est bouleversante en épouse viscéralement attachée à défendre son amour. Son monde est celui de la nature et de l’innocence. On pourrait dire que Louis (Grégori Baquet) est l’archétype de l’homme divisé : venu lui aussi du monde de la nature et de l’innocence, il est celui qui succombe à la tentation. Il cède d’abord à la concupiscence charnelle, incarnée ici par Gaëlle Billault-Danno (Léchy Elbernon), cynique et cruelle à souhait : une belle tête à claques, si séduisante pourtant. Tous deux méritent également d’être salués. Reste le quatrième personnage, Thomas Pollock Nageoire : Xavier Lemaire, le metteur en scène, s’est réservé ce rôle. C’est l’homme de l’autre grande tentation, celle de l’argent. C’est Mammon, l’idole cruelle et cynique, au cœur sec.

Le public a raison de plébisciter cette œuvre où la chair le dispute à l’esprit, où l’innocence est bafouée par le cynisme, où l’homme, trop humain, se déchire lui-même. Claudel a trouvé là de bons interprètes. 

Jean-François Picaut


L’Échange, de Paul Claudel (deuxième version, 1951)

Mise en scène : Xavier Lemaire

Avec : Isabelle Andréani, Grégori Baquet, Gaëlle Billaut-Danno, Xavier Lemaire

La Luna • 1, rue Séverine • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 96 28

Du 8 au 31 juillet 2011 à 10 h 45

Durée : 1 h 40

18 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Jean Dupont 24/07/2011 18:02



Las balançoire n'est pas seulement un bel objet scénique; elle représente Laine qui n'en finit pas de balancer entre nature et innocence, l'homme divisé.



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