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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Ma compagnie, mes créations,
mes emmerdes
Un otni (objet théâtral non identifié) intelligent et amusant s’est posé ce week-end sur la scène du T.G.P. Qu’est-ce que « l’Auto-T.O.C. » ? Une conférence ? Une performance ? Un spectacle ? On ne se hasarderait pas à trancher, mais on a découvert un bel objet de curiosité. Plus, une matière à réflexion.
« l’Auto-T.O.C » | © D.R.
L’Auto-T.O.C. se présente comme une insolite conférence sur… le T.O.C. (Théâtre Obsessionnel compulsif). A priori, nous n’assistons pas à un spectacle à proprement parler. D’ailleurs, le grand plateau de la salle Roger-Blin se voit réduit à une fine bande en avant-scène. Nous voici donc face à une longue table encombrée de livres et de papiers. Trois jeunes femmes, dont les noms nous sont clairement indiqués par des petits panneaux, se relaient pour nous présenter le T.O.C. depuis ses origines universitaires (vraies, fausses images d’archives à l’appui ?), ses productions, ses principes créatifs. Et déjà on éprouve un premier plaisir : celui d’être face à l’intelligence de ces femmes, dont les propos entremêlés donnent vie à un discours d’apparence universitaire. Du didactique ludique ?
Drôle de conférence, tout de même, à la fois méthodique et à sauts et à gambades, où les bruits de papiers de bonbons parasitent le discours. Dès les premières minutes, le spectateur s’interroge et s’amuse. Il n’est visiblement pas le seul. Sur scène, les interprètes ne s’ennuient pas. Petit à petit, des comparses inattendus débarquent et s’incrustent. Les acteurs surtout jouent les mauvais garçons. On se bouscule, on chahute, et l’espace dédié au discours devient espace de jeu dans tous les sens du terme. L’énergie, le plaisir de jouer avec les autres et l’espace (le T.O.C. adapte sa conférence à chacun des lieux où il se produit) sont alors communicatifs.
C’est que l’humour préside. On perçoit le rire jaune des commentaires sur l’expérience vécue à Avignon, on sourit des coups de griffes qui égratignent le système de subvention des troupes ou les organisateurs du Off. Surtout l’Auto-T.O.C., c’est de l’autodérision : satire bien ordonnée commence par soi même. Certains comédiens se caricaturent, les conférencières adoptent une distance souriante au sujet des « obsessions » du groupe. Quelque chose de paradoxal se produit alors dans le public : il se trouve disposé à accepter « ces marottes » (ou principes).
Une bonne partie du monde du spectacle
Pourtant l’Auto-T.O.C. n’est pas qu’un spectacle réflexif, nous parlant d’une compagnie particulière. Dans son miroir se reflète une bonne partie du monde du spectacle. L’air de rien on aborde en effet pendant près d’une heure des problématiques sérieuses et même de sérieux problèmes. Par exemple, comment doit-on faire si on reçoit une offre lucrative mais dépourvue d’intérêt ? À quoi ça sert une école nationale de théâtre ? Faut-il se mettre nu sur scène pour être à la mode ? Comment fait-on pour payer tout le monde ? Quelle place pour ceux qui viennent après la génération de Patrice°Chéreau ou Jean-Pierre Vincent ? Texte ou corps ? Trente euros pour l’un ou quatre euros pour tous ?
C’est édifiant. Ajoutons que la boîte à malices du T.O.C. a un double fond. Le spectacle change de forme tout à coup. La boîte noire du plateau, quant à elle, s’ouvre alors, devient espace de jeu. Nous découvrons ainsi un montage dynamique des pièces qui ont été évoquées lors de la conférence. On vous en laisse la surprise, mais on vous invite à vivre ce moment insolite et très intelligent. ¶
Laura Plas
Les Trois Coups
L’Auto-T.O.C., du T.O.C.
Collectif T.O.C. (Théâtre Obsessionel compulsif) • 140, rue du Faubourg-Saint-Antoine • 75012 Paris
06 24 16 58 03
Site du collectif : www.letoc.blogspot.com
Courriel du collectif : compagnietoc@gmail.com
Metteuse en scène : Mirabelle Rousseau
Avec : Estelle Lesage, Émilie Paillard, Esther Silber, Nicolas Cartier, Matthias Girbig, Étienne Parc, Grégoire Tachnakian
Dramatuge : Muriel Malguy
Régisseuse générale : Esther Silber
Théâtre Gérard-Philipe • 59, boulevard Jules-Guesde • 93200 Saint-Denis
Site du théâtre : www.theatregerardphilipe.com
Réservations : 01 48 13 70 00
Vendredi 16 et samedi 17 septembre et dimanche 18 septembre 2011 à 15 heures
Durée : 45 min
14 € | 10 € | 5 € (si un autre spectacle de La Semaine en compagnie a été acheté)
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