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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Réjouissant !
La compagnie Théâtre du Grabuge donnait récemment « l’Assemblée des femmes », d’après la comédie d’Aristophane, au Sémaphore-Théâtre d’Irigny.
« l’Assemblée des femmes »
© Denis Couvet
Seul auteur de comédies de la Grèce antique, lesquelles n’étaient données qu’à l’occasion des grandes fêtes dionysiaques, Aristophane a pourfendu avec un talent qui ne se démentit pas vingt‑cinq siècles après les travers mais aussi les inventions et débats d’idées de son temps. Paradoxe ! Il moque ce qui nous apparaît encore comme des découvertes incontournables – la démocratie, l’égalité entre les hommes et les femmes. Et sa touche personnelle nous fait encore rire aux éclats alors même que l’humour est si sensible à la culture dont il est issu, si évanescent, si malaisé à partager, dès lors qu’on franchit des frontières d’espace ou de temps. Alors, oui, il faut redécouvrir Aristophane, au même titre que les philosophes et les tragiques grecs, ses têtes de Turc, et merci à l’équipe du Théâtre du Grabuge de nous le rappeler.
Dans l’Assemblée des femmes, Aristophane qui n’était pas le moindre des conservateurs, tourne en ridicule, en vrac, les discussions démocratiques, la prétention des femmes à être des citoyens comme les autres et l’idéal « communiste » d’une stricte égalité entre tous. Diable ! Cela donne une idée plutôt affligeante de la lenteur à laquelle nous avons avancé !
Mais, bien entendu, Aristophane écrit des farces et non des traités politiques. Et ses femmes qui, un matin, décident de prendre le pouvoir, ne sont pas les féministes d’aujourd’hui, loin s’en faut : leur première décision consiste à se déguiser en hommes, la seconde à décider que les vieilles et les laides ont le droit de choisir parmi les hommes les plus jeunes et les plus beaux (ce qui, soit dit en passant est assez révolutionnaire !), etc. Autrement dit, ce ne sont pas des amazones…
Ne boudons pas notre plaisir
Quand le public entre dans la salle, transformée en bureau de vote, le spectacle a déjà commencé. Les trois comédiennes, Cécile Auxire, Anne Geay et Claire Semet, ornées de fausses barbes, portant le pantalon et faisant la grosse voix, haranguent les citoyennes qui entrent et complimentent les spectateurs masculins de s’être si bien déguisés… en hommes ! Puis se livrent à une inspection en règle et traquent le poil aux jambes censé être un indice de bon déguisement. Elles interpellent les retardataires, poursuivent avec véhémence ceux qui quittent subrepticement la salle, distribuent quelques paires de couilles en chiffon, inventent mille et une pitreries très efficaces et mêlent le texte d’Aristophane d’extraits savoureux des penseurs mâles conservateurs d’hier et d’aujourd’hui… Elles sont rejointes dans la seconde partie du spectacle par leurs maris en chemise de nuit qui cherchent leurs habits…
Le spectacle marche bien, la mécanique du rire s’enclenche et dure. Voici un vrai spectacle populaire incisif, joyeux, jubilatoire et bon enfant qui ne va pas chercher midi à 14 heures. ¶
Trina Mounier
Les Trois Coups
L’Assemblée des femmes, d’après Aristophane
Compagnie Théâtre du Grabuge
Mise en scène : Géraldine Bénichou
Dramaturgie : Marine Bachelot
Avec : Cécile Auxire, Marmouget, Anne Geay, Sylvain Bolle-Redat, Gérald Robert‑Tissot, Claire Semet
Scénographie : Amandine Fonfrède
Costumes : Frédérique Fillon
Lumière : Thomas Chazalon
Son : Yannick Vérot
Le Sémaphore-Théâtre d’Irigny • centre culturel Champvillard • rue de Boutan • 69540 Irigny
http://www.irigny.fr/page.asp?id=631&pole=3
Réservations : 04 72 30 47 90
billetterie.semaphore@irigny.fr
Les 11 et 12 octobre 2012 à 20 h 30
Durée : 1 h 30
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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