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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 01:43

Fada dada

 

« Les couleurs et les sons se répondent. » L’intuition baudelairienne prend corps dans « l’Appel de la pompe à feu », écrit et mis en scène par Agathe Thalazac. Ce spectacle complet crée un univers de lumière et de mots, de chant et de danse, foisonnant de poésie et de légèreté. Ce pétulant moment de théâtre musical se veut un hommage à Érik Satie, et plonge dans l’univers chromatique de Kandinsky.

 

Certaines représentations vous laissent interdits de n’avoir pas bien saisi leur propos. C’est un peu le cas pour l’Appel de la pompe à feu, et c’est tant mieux. Je passe sur les détails de l’histoire qui fait se croiser la belle Éva Dumont, la terrifiante Katarina Apostolopoulou et le chevaleresque Thibault Pinson. À leurs côtés, l’austère Slimane Majdi et le créatif Thomas Nucci complètent cette troupe de comédiens-chanteurs, dont le jeu s’est installé au long des représentations.

 

L’essentiel n’est pas dans l’intrigue mais dans l’écriture. Hétéroclite, car Agathe Thalazac cueille les mots et les associe en un bouquet facétieux et lyrique, mêlant l’argot au français soutenu, multipliant les mots-valises, les calembours et les rimes improbables. Extravagante et ironique, car la pièce nous replonge dans la fantaisie du dadaïsme, ravivée par quelques allusions à ses artistes, dont Picabia. Cet opéra lyrique, écrit en 2001 en deux actes pour participer à un concours S.A.C.D., est enfin adapté (en un acte) au Sudden Théâtre et son texte vient d’être édité chez Karthala.

 

« l’Appel de la pompe à feu » | © Benoîte Fanton | wikispectacle

 

Formée aux Beaux-Arts, décoratrice, costumière, créatrice de bijoux et de cartons de tapisserie, Agathe Thalazac a dessiné un décor et des costumes aussi stimulants pour les sens qu’un jeu d’éveil (dans l’air flottent des nuages d’encens). Elle assume s’être inspirée de l’œuvre de Kandinsky, à qui Beaubourg vient de consacrer une exposition : ses traits sont spontanés, francs, alertes et gorgés de couleurs vives, où dominent les jaunes, les bleus et les rouges. À l’école de Kandinsky, le théâtre de Thalazac est pictural avant d’être représentatif.

 

À sa demande, le Vénitien Paolo Furlani s’est mis à l’école de Poulenc et Stravinsky pour composer une musique joyeuse et dissonante, interprétée par un quatuor de piano, clarinette, violoncelle et percussions et les deux chœurs des Sylphes et des Choristes hypocrites. Avec l’humour, omniprésent, sa musique se veut un hommage à Érik Satie. Comme Satie qui dessinait ses partitions et les agrémentait de traits d’esprit, Thalazac et Furlani soignent la forme tout autant que le fond. Ils se jouent des conventions, cultivent l’innocence enfantine. Cette explosion de joie est à conseiller à tous ceux qui ne se prennent pas au sérieux et ne se satisfont pas de la morosité automnale. Aussi délicieuse et colorée qu’un sucre d’orge. 

 

Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Appel de la pompe à feu, d’Agathe Thalazac

Mise en scène : Agathe Lemaire-Thalazac

Avec : Katarina Apostolopoulou (la Mort sur pied), Éva Dumont (Isaure), Slimane Majdi (Pierre Ponce), Thomas Nucci (Satierik), Thibault Pinson (Hercule)

Le chœur des Sylphes : Sylvain Begert, Christophe Charrier, Blaise Poujad

Les Choristes hypocrites : Aïda Asgharzadeh, Amélie Manet, France Renard

L’orchestre : Stefano Bulfon (piano et direction), Fabien Lauer (percussions), Louise Leverd (violoncelle), Lise Schmitt (clarinette)

Scénographie : Agathe Lemaire-Thalazac

Chorégraphie : Camille Olagnier

Costumes : Agathe Lemaire-Thalazac, Corinne Rossi

Musique : Paolo Furlani

Lumières : Aurélien Escuriol

Sudden Théâtre • 14 bis, rue Saint-Isaure • 75018 Paris

Réservations : 08 92 68 36 22 ou www.suddentheatre.fr

Du 15 septembre au 31 octobre 2009 à 21 heures, relâche le dimanche et le lundi

Durée : 1 h 10

27 € | 20 € | 13 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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SPECTATIF 28/12/2009 09:50


Comme un rêve...Une soirée poétique et musicale où les mots jouent avec les notes, les couleurs et les formes. Les costumes et les personnages font et sont l'univers de Satie. le surréalisme
explose et recouvre tout le spectacle. Il y suinte une musique perlée qui tombe des mains des personnages. J'ai cru par moments retrouver les mêmes émotions que dans la maison d'Honfleur,
aujourd'hui Musée Satie. Un grand merci pour ce joli rêve auquel je pense souvent. - vu le 31 octobre2009 -


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