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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 23:01

« Faut que j’évacue,

que j’me lâche »


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Dans un show aux allures de strip-tease, Angela Laurier se lâche, se confie et part dans tous les sens. Ça passe ou ça casse, mais ça ne laisse pas indifférent.

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« l’Angela bête » | © J. Velasco

Une nouvelle fois, après Déversoir et J’aimerais pouvoir rire, Angela Laurier se livre comme on se délivre : des mots sur des maux. Et parce que la vie est en pièces, que la mémoire saute comme un vieux disque, le spectacle a quelque chose de foutraque. Des temps morts coudoient ainsi des fulgurances. Et l’on a du mal d’abord à recoller les morceaux : le blanc fantôme d’une petite fille perdue dans le monde du show-business côtoie un ours et croise les pas d’une contorsionniste qui se plie en quatre pour que le directeur d’un des plus grands cirques du monde s’en mette plein les poches. Facette d’une même vie, grand cri d’animal blessé : l’Angela bête.

Sortant ici les griffes et le grand jeu, Angela Laurier est bien une bête de scène. Elle raconte, s’adresse au public, chante, se métamorphose, expose ses « beaux restes » avec une impudeur qui en impose, y compris à ses jeunes musiciens réjouis de tant d’audace. Mais cette femme ourse, à la peau douce de chat, fait aussi penser à une petite alouette prise au miroir de la scène. La pièce maîtresse de la fine scénographie de Thomas Roquier est d’ailleurs un escalier de comédie musicale dont les marches ont des allures de touches de piano. Quand on le gravit, on attire les regards, on se trouve dans la chaleur de la lumière. Quitter cet escalier, quitter la scène ce serait mourir un peu (ce que montre l’inénarrable et interminable fin du spectacle). Et pourtant, l’escalier ne mène qu’au vide.

De beaux décalages

À l’âge où on quitte parfois la scène, Angela Laurier s’interroge de fait sur toute une vie d’enfant de la balle, d’artiste entraînée à la dure par un gourou d’abord, Michel Conte, puis par le Cirque du Soleil. Elle parle d’âges et de passages. Il y a d’abord celui qui projette une petite fille dans l’adolescence, puis celui qui fait de la bête de foire une femme de scène. L’artiste parle donc beaucoup… mais c’est dans la mise en scène qu’elle est éloquente. On gardera en tête par exemple les premières images du spectacle, saisissantes. La scène contredit alors l’image médiatique qui est projetée au même moment. Le corps se tord en effet sur une musique rock qui dément l’illusion d’une mélodie du bonheur jouée en play-back. Ailleurs, Angela Laurier emploie d’autres décalages, celui de l’humour par exemple, avec la complicité drolatique de ses comparses.

Alors même si on peut être déconcerté, voire agacé parfois, on est touché car l’énergie formidable d’Angela Laurier dynamite nos maisons de poupées. 

Laura Plas


L’Angela bête, d’Angela Laurier

Textes, interprétation, chorégraphie, mise en scène : Angela Laurier

Vidéo, musique, interprète : Manuel Pasdelou

Régie générale, musique, interprétation : Julien Lefeuvre

Musique, interprétation : Xavier Besson et Bertrand Duchemin

Régie plateau : Marion Piry

Régie son : Emmanuel Laffeach

Scénographie, création et régie lumière : Thomas Roquier

Collaboration lumière : Richard Croisé

Costumes : Tifenn Morvan

Œil oblique : Gilles Defacque / Le Prato, Lille

Le Monfort (petite salle, la Cabane) • 106, rue Brancion • 75015 Paris

– Tramway 3, arrêt Brancion

– Métro 13, arrêt Porte-de-Vanves

– Bus : bus lignes 58, 62, 89, 191

Réservations : 01 56 08 33 88

Site du théâtre : www.lemonfort.fr

Du 24 septembre au 19 octobre 2013, du mercredi au samedi à 19 heures et le dimanche à 15 heures, relâche les jeudis

Durée : 1 h 25

25 € | 16 €

Tout public à partir de 10 ans

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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